L’homme moderne a besoin de la Miséricorde

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Il y a plusieurs semaines, a été publié un entretien de notre pape émérite Benoit XVI avec le théologien jésuite Jacques Servais, dans le cadre d’un congrès théologique organisé à Rome en octobre 2015 : « Par la foi. Doctrine de la justification et expérience de Dieu dans la prédication de l’Eglise« . Avec sa finesse et sa profondeur habituelles, Benoit XVI y aborde plusieurs thèmes comme la Miséricorde, la question du salut des non baptisés et la nécessité de la Mission…

Nous en reprendrons quelques extraits significatifs dans quelques articles…

Voir ici la traduction intégrale en français sur le site Benoit-et-moi…

« Pour l’homme d’aujourd’hui, par rapport à l’époque de Luther et à la perspective classique de la foi chrétienne, les choses se sont dans un certain sens inversées, autrement dit ce n’est plus l’homme qui croit qu’il a besoin de la justification devant Dieu, mais il est plutôt de l’avis que c’est Dieu qui doit se justifier à cause de toutes les choses horribles présentes dans le monde, et face à la misère de l’être humain, toutes choses qui en dernière analyse dépendraient de lui. A ce propos, je trouve qu’il est significatif qu’un théologien catholique assume de manière même directe et formelle une telle inversion: le Christ n’aurait pas souffert pour les péchés des hommes, mais il aurait même, pour ainsi dire, effacé les fautes de Dieu. Encore que pour l’instant, la plupart des chrétiens ne partagent pas une inversion aussi drastique de notre foi, on peut dire que tout cela révèle une tendance sous-jacente de notre temps.

Cependant, à mon avis, il continue d’exister, d’une autre façon, la perception que nous avons besoin de la grâce et du pardon. Pour moi, le fait que l’idée de la miséricorde de Dieu devienne de plus en plus centrale et dominante – à partir de Sœur Faustina, dont les visions, à bien des égards, reflètent profondément l’image de Dieu propre à l’homme d’aujourd’hui et son désir de la bonté divine – est un « signe des temps ». Le Pape Jean-Paul II était profondément imprégné par cette impulsion, même si cela n’émergeait pas toujours explicitement.
Mais ce n’est certainement pas par hasard que son dernier livre, qui a vu le jour immédiatement avant sa mort, parle de la miséricorde Dieu. A partir des expériences dans lesquelles, dès les premières années de s vie, il put constater toute la cruauté des hommes, il affirme que la miséricorde est l’unique vraie et ultime réaction efficace contre la puissance du mal.

Seulement là où est la miséricorde finit la cruauté, finissent le mal et la violence. Le Pape François est totalement en accord avec cette ligne. Sa pratique pastorale s’exprime justement dans le fait qu’il nous parle continuellement de la miséricorde de Dieu. C’est la miséricorde qui nous pousse vers Dieu, tandis que la justice nous fait peur devant lui. À mon avis, cela met en évidence que sous la patine de la sûreté de soi et de sa propre justice, l’homme d’aujourd’hui cache une profonde connaissance de ses blessures et de son indignité face à Dieu. Il est en attente de la miséricorde. …Les hommes, au fond d’eux-mêmes, attendent que le Samaritain vienne à leur aide, qu’il se penche sur eux, verse de l’huile sur leurs blessures, prenne soin d’eux et les emmène à l’abri. En fin de compte, ils savent qu’ils ont besoin de la miséricorde de Dieu et de sa délicatesse.

Dans la dureté du monde dominé par la technique, où les sentiments ne sont plus rien, l’attente d’un amour qui est donné gratuitement augmente pourtant. Il me semble que dans le thème de la miséricorde divine s’exprime d’une manière nouvelle ce que signifie la justification par la foi. A partir de la miséricorde de Dieu, que tout le monde recherche, il est possible encore aujourd’hui d’interpréter depuis le début le noyau fondamental de la doctrine de la justification et de le faire apparaître encore dans toute son importance».

 

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