Pourquoi évangéliser si on peut être sauvés sans le baptême?

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Benoit XVI développe les conséquences d’une crise de la mission liée au relativisme. Il nous rappelle la nécessité de travailler au Salut des âmes, de « s’insérer dans l’être-pour de Jésus »…

Il y a plusieurs semaines, a été publié un entretien de notre pape émérite Benoit XVI avec le théologien jésuite Jacques Servais, dans le cadre d’un congrès théologique organisé à Rome en octobre 2015 : « Par la foi. Doctrine de la justification et expérience de Dieu dans la prédication de l’Eglise ». Avec sa finesse et sa profondeur habituelles, Benoit XVI y aborde plusieurs thèmes comme la Miséricorde, la question du salut des non baptisés et la nécessité de la Mission…

Nous en reprendrons quelques extraits significatifs dans quelques articles…

Voir ici la traduction intégrale en français sur le site Benoit-et-moi…

«Dans la seconde moitié du siècle dernier, la conscience que Dieu ne peut pas laisser aller en perdition tous les non baptisés et que même une félicité purement naturelle n’est pas pour eux une vraie réponse à la question de l’existence humaine – cette conscience a été pleinement affirmée.
S’il est vrai que les grands missionnaires du XVIe siècle étaient encore convaincus que ceux qui ne sont pas baptisés sont à jamais perdus, ce qui explique leur engagement missionnaire, dans l’Eglise catholique d’après Vatican II, une telle conviction a été définitivement abandonnée.
De là découle une double crise profonde.
D’un côté, cela semble enlever toute motivation à un futur engagement missionnaire. Pourquoi devrait-on essayer de convaincre les gens d’accepter la foi chrétienne quand ils peuvent se sauver aussi sans elle? Mais un problème émergea, même pour les chrétiens: le caractère obligatoire de la foi et de sa forme de vie devint incertain et problématique.
S’il y en a qui peuvent se sauver aussi par d’autres moyens, finalement, la raison pour laquelle le chrétien est lié aux exigences de la foi chrétienne et à sa morale n’est plus évidente. Mais si la foi et le salut ne sont plus interdépendants, même la foi devient non motivée.
Ces derniers temps, plusieurs tentatives ont été formulées en vue de concilier la nécessité universelle de la foi chrétienne avec la possibilité de se sauver sans elle.

…Encore moins acceptable est la solution proposée par les théories pluralistes de la religion, pour lesquelle toutes les religions, chacune à sa manière, seraient des moyens de salut et en ce sens doivent être considérés comme équivalentes dans leurs effets. La critique de la religion, du type de celle exercée par l’Ancien Testament, par le Nouveau Testament et par l’Église primitive est dans son essence plus réaliste, plus concrète et plus vraie, dans son examen minutieux des diverses religions. Une réception aussi simpliste n’est pas proportionnelle à la grandeur de la question.

Rappelons récemment en particulier Henri de Lubac et avec lui d’autres théologiens qui ont mis l’accent sur le concept de substitution vicaire (sostituzione vicaria). Pour eux « l’être pour » du Christ serait une expression de la figure fondamentale de l’existence chrétienne et de l’Eglise en tant que telle.
Il est vrai que de cette façon, le problème n’est pas complètement résolu, mais il me semble que c’est en réalité l’intuition essentielle qui touche l’existence du chrétien individuel.

Le Christ, en tant qu’unique, a été et est, pour tous, et les chrétiens, qui dans l’image grandiose de Paul constituent son corps dans ce monde, participent à cet « être-pour ».
Chrétiens, pour ainsi dire, on ne l’est pas pour soi-même, mais plutôt, avec Lui, pour les autres. Cela ne signifie pas une sorte de billet spécial pour entrer dans la béatitude éternelle, mais la vocation de construire l’ensemble, le tout.

Ce dont la personne humaine a besoin pour le salut, c’est l’ouverture intime à Dieu, l’attente intime et l’adhésion à Lui, et cela signifie, vice versa que nous, avec le Seigneur que nous avons rencontré, allons les autres et essayons de leur rendre visible l’avènement de Dieu dans le Christ.

Je pense que, dans la situation actuelle, ce que le Seigneur a dit à Abraham devient de plus en plus clair et compréhensible pour nous, à savoir que dix justes auraient suffi pour permettre la survie d’une ville, mais que celle-ci se détruit elle-même dans le cas où ce petit nombre de justes n’est pas atteint. Il est clair que nous devons réfléchir à l’ensemble de la question».

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