Les époux chrétiens et le refus du politiquement correct par fidélité à leur baptême

Récollection de Foyers du premier trimestre 2017. Famille Missionnaire de Notre-Dame.
Les valeurs chrétiennes de la France.

2e enseignement

Notre première causerie ne pouvait pas tout dire sur la vocation et la mission de la France. Ce que nous avons approfondir devrait nous aider à mieux comprendre le plan de Dieu sur la Fille aînée de l’Eglise et à désirer être fidèles aux promesses de notre baptême. En cette deuxième causerie, nous voudrions vous aider à vivre votre mission d’époux chrétiens avec discernement, courage et détermination. Nous nous trouvons, en notre temps, en présence de deux conceptions opposées de l’identité de la France. Pour nous, comme nous l’avons dit explicitement, la France est chrétienne. Elle a été façonnée, c’est un fait, par l’évangile, les commandements de Dieu, la vie chrétienne selon l’Esprit, la liberté libérée par le Christ, la fraternité chrétienne universelle, l’égalité de l’homme et de la femme dans la diversité et la complémentarité de leurs charismes respectifs. Comment agir en chrétien dans une France, profondément marquée par l’idéologie libérale qui a défiguré l’amour, désacralisé la vie et déconstruit la Famille ? Le titre de cette deuxième causerie est tout un programme : le refus du politiquement correct.

Qu’appelons-nous « politiquement correct » ?

Si l’on recherche la définition de cette expression sur internet, on trouve ceci : «cette expression est apparue aux Etats-Unis (politically correct) à la fin du XXe siècle, pour dénoncer ou se moquer d’une attitude qui cherche à n’offenser ni dénigrer aucune minorité. Elle est utilisée pour qualifier une façon socialement acceptable de s’exprimer. En français, le « politiquement correct » est une forme de langage ou de discours normatif qui cherche à ne déplaire à personne, à ne froisser aucune susceptibilité, en particulier dans les groupes ou catégories minoritaires perçues comme désavantagées, et à éviter de faire sentir à quiconque sa différence comme une infériorité ou un motif d’exclusion. Les mots considérés comme offensants ou péjoratifs sont remplacés par d’autres exempts de préjugés et le recours à l’euphémisme, à des périphrases, à des circonlocutions. Le langage « politiquement correct » est utilisé, par exemple, en matière de races, d’ethnies, de cultures, de religions, de sexes, d’infirmités, de classes sociales, de tendances sexuelles… Synonymes : langue de bois, bien-pensance, conformisme, novlangue, noyer le poisson ».

Jésus : que votre oui soit oui, que votre non soit non (Mt 5, 37)

Benoît XVI, le 11 juin 2012 à Rome, parlait aux catholiques de la Ville éternelle du « oui » à la vérité. Il commentait les questions posées par le célébrant à celui qui allait être baptisée : «Pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu, rejetez-vous le péché ?». Aujourd’hui, disait Benoît XVI, « liberté et vie chrétienne vont dans des directions opposées » et il semble qu’« être chrétien est un esclavage » alors que la liberté consisterait à « s’émanciper de la foi chrétienne et de Dieu ». En réalité, cette « apparente liberté dans l’émancipation de Dieu » devient immédiatement «esclavage des multiples dictatures du temps», qu’il faut suivre pour « rester à la hauteur » du temps. «Pour échapper au pouvoir du péché, rejetez-vous ce qui conduit au mal ?», deuxième interrogation : Benoît XVI définissait le «pouvoir du péché comme «un type de culture, une façon de vivre où ce n’est pas la vérité qui compte mais l’apparence, l’effet, la sensation», une culture où « la vérité ne compte pas, et où même si apparemment on veut révéler toute la vérité, seules priment la sensation et l’esprit de calomnie et de destruction ». Cette culture, poursuivait Benoît XVI, « ne cherche pas le bien », et « le mensonge y est revêtu des habits de la vérité ». Elle recherche seulement « le bien-être matériel » et elle « nie Dieu ». La renonciation du baptême est donc «renonciation à un type de culture qui est anti-culture, contre le Christ et contre Dieu ». Etre baptisé, c’est «s’émanciper, se libérer de cette culture». La décision du baptême « dure toute la vie », elle est ce «non» à la culture dominante, réalisé chaque jour, « en dépit des sacrifices ». Le chrétien dit «non», soulignait Benoît XVI, parce qu’il dit «oui», un «oui» fondamental, « le «oui» de l’amour et de la vérité ». C’est ce que montre la troisième renonciation – «rejetez-vous Satan qui est l’auteur du péché?» : il y a, explique-t-il, un «oui» à Dieu et un «non» au pouvoir du Malin « qui veut se faire Dieu de ce monde » alors qu’«il est seulement l’adversaire». Puisse ce lumineux commentaire de Benoît XVI nous aider à vivre en ce monde où sévit une anti-culture contre le Christ et contre Dieu ! Que notre oui soit oui, que notre non soit non ! Que notre oui soit à Dieu et notre non au pouvoir du Malin ! Avec la grâce de Dieu c’est possible !

Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (Ac 5, 29)

            Nous connaissons bien ce passage des Actes des apôtres. Pierre et les apôtres comparaissent devant le Sanhédrin. Le grand prêtre les interrogea : « Nous vous avions formellement interdit d’enseigner en ce nom-là. Or voici que vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine! Vous voulez ainsi faire retomber sur nous le sang de cet homme-là! » Pierre répondit alors, avec les apôtres: « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommesNous sommes témoins de ces choses, nous et l’Esprit Saint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent. » En entendant cela, ils frémissaient de rage et projetaient de les faire mourir. Les martyrs de tous les temps ont obéi à Dieu comme les apôtres. Ils ont préféré être mis à mort plutôt que renier Jésus et l’évangile ! Les martyrs du vingtième siècle dont nous avons parlé, dans la dernière récollection, sont nos modèles pour ne pas nous laisser trahir l’évangile par le « politiquement correct ». Imitons les martyrs !

Le 1er juin 1980, Saint Jean-Paul II disait aux jeunes à Paris : « Sauvegardez à tout prix en vous et autour de vous le domaine sacré de l’esprit ! Vous savez que dans le monde contemporain, il existe encore, hélas, des systèmes totalitaires qui paralysent l’esprit, portent gravement atteinte à l’intégrité, à l’identité de l’homme, en le réduisant à l’état d’objet, de machine, en le privant de sa force de rebondissement intérieur, de ses élans de liberté et d’amour… Démasquez les slogans, les fausses valeurs, les mirages, les chemins sans issue! Je vous souhaite l’esprit de recueillement, d’intériorité. Chacun et chacune de vous, à son niveau, doit favoriser le primat de l’esprit et même contribuer` à remettre en honneur ce qui a valeur d’éternité plus encore que d’avenir. En vivant ainsi, croyants ou non-croyants, vous êtes tout proches de Dieu. Dieu est Esprit ! Vous valez aussi ce que vaut votre cœur. Quel que soit l’usage qu’en font les humains, le cœur – symbole de l’amitié et de l’amour – a aussi ses normes, son éthique. Faire place au cœur dans la construction harmonieuse de votre personnalité n’a rien à voir avec la sensiblerie ni même la sentimentalité. Le cœur, c’est l’ouverture de tout l’être à l’existence des autres, la capacité de les deviner, de les comprendre. Une telle sensibilité, vraie et profonde, rend vulnérable. C’est pourquoi certains sont tentés de s’en défaire en se durcissant. Aimer, c’est donc essentiellement se donner aux autres. Loin d’être une inclination instinctive, l’amour est une décision consciente de la volonté d’aller vers les autres. Pour pouvoir aimer en vérité, il faut se détacher de bien des choses et surtout de soi, donner gratuitement, aimer jusqu’au bout. Cette dépossession de soi – œuvre de longue haleine – est épuisante et exaltante. Elle est source d’équilibre. Elle est le secret du bonheur. Jeunes de France, levez plus souvent les yeux vers Jésus-Christ! Il est l’Homme qui a le plus aimé, et le plus consciemment, le plus volontairement, le plus gratuitement! Méditez le testament du Christ: “Il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime”. Contemplez l’Homme-Dieu, l’homme au cœur transpercé! N’ayez pas peur! Jésus n’est pas venu condamner l’amour mais libérer l’amour de ses équivoques et de ses contrefaçons. C’est bien Lui qui a retourné le cœur de Zachée, de la Samaritaine, et qui opère aujourd’hui encore, par le monde entier, de semblables conversions. Il me semble que, ce soir, le Christ murmure à chacun et à chacune d’entre vous: “Donne moi ton cœur! … Je le purifierai, je le fortifierai, je l’orienterai vers tous ceux qui en ont besoin: vers ta propre famille, vers ta communauté scolaire ou universitaire, vers ton milieu social, vers les malaimés, vers les étrangers qui vivent sur le sol de France, vers les habitants du monde entier qui n’ont pas de quoi vivre et se développer, vers les plus petits d’entre les hommes. L’amour exige le partage!”. Jeunes de France, c’est l’heure plus que jamais de travailler la main dans la main à la civilisation de l’amour, selon l’expression chère à mon grand prédécesseur Paul VI. Quel chantier gigantesque! Quelle tâche enthousiasmante!…Je souhaite qu’avec le Christ vous reconnaissiez Dieu comme la source et la fin de votre existence. Voilà les hommes et les femmes dont le monde a besoin, dont la France a besoin. Vous aurez personnellement le bonheur promis dans les Béatitudes et vous serez, en toute humilité et respect des autres, et au milieu d’eux, le ferment dont parle l’Evangile. Vous bâtirez un monde nouveau; vous préparerez un avenir chrétien. C’est un chemin de croix, oui, c’est aussi un chemin de joie, car c’est un chemin d’espérance. Avec toute ma confiance et toute mon affection j’invite les jeunes de France à relever la tête et à marcher ensemble sur ce chemin, la main dans la main du Seigneur. “Jeune fille, lève-toi! Jeune homme, lève-toi!” (discours de Jean-Paul II aux jeunes 1er juin 1980). Ces paroles de Saint Jean-Paul II ne s’adressent pas seulement aux jeunes. En ce début d’année 2017, elles nous concernent tous ! L’âme de la France est en danger, il est temps de nous lever, de prendre la main de Jésus, de relever la tête et de marcher ensemble sur le chemin de la reconstruction de la France chrétienne.

Aller à contre-courant et être fiers de le faire !

Notre Pape François disait, le dimanche 23 juin 2013 avant l’angélus : « Combien de personnes paient cher leur engagement pour la vérité ! Combien d’hommes justes préfèrent aller à contre-courant pour ne pas renier la voix de la conscience, la voix de la vérité, des personnes droites qui n’ont pas peur d’aller à contre-courant ! Et nous, nous ne devons pas avoir peur ! N’ayez pas peur d’aller à contre-courant. Quand on veut vous voler votre espérance, quand on vous propose ces valeurs qui sont avariées, des valeurs comme un mauvais repas et quand un repas est mauvais, il nous fait mal, ces valeurs nous font mal. Nous devons aller à contre-courant ! Et vous, les jeunes, vous êtes les premiers. Allez à contre-courant et ayez cette fierté d’aller justement à contre-courant. En avant, soyez courageux et allez à contre-courant ! Et soyez fiers de le faire ! » Ces paroles du Pape François, comme celles de Jean-Paul II, ne s’adressent pas seulement aux jeunes. Nous n’avons pas le droit d’être inertes, passifs, mous, non réactifs alors que la France est en train d’être totalement déconstruite ! Allons à contre-courant et soyons fiers de le faire pour Jésus, pour la Vérité, pour l’évangile, pour Dieu notre Père, fondement ultime de la Loi naturelle, pour rebâtir la France dans la fidélité aux promesses de son baptême !

Les valeurs non négociables selon Benoît XVI

L’expression « valeurs non négociables » a été utilisée, pour la première fois, par Benoît XVI, le 30 mars 2006, dans un discours aux participants au congrès promu par le Parti Populaire Européen : «En ce qui concerne l’Eglise catholique, l’objet principal de ses interventions dans le débat public porte sur la protection et la promotion de la dignité de la personne et elle accorde donc volontairement une attention particulière à certains principes qui ne sont pas négociables. Parmi ceux-ci, les principes suivants apparaissent aujourd’hui de manière claire:

– la protection de la vie à toutes ses étapes, du premier moment de sa conception jusqu’à sa mort naturelle;

– la reconnaissance et la promotion de la structure naturelle de la famille – comme union entre un homme et une femme fondée sur le mariage – et sa défense contre des tentatives de la rendre juridiquement équivalente à des formes d’union radicalement différentes qui, en réalité, lui portent préjudice et contribuent à sa déstabilisation, en obscurcissant son caractère spécifique et son rôle social irremplaçable;

– la protection du droit des parents d’éduquer leurs enfants.

Ces principes ne sont pas des vérités de foi, même si ils reçoivent un éclairage et une confirmation supplémentaire de la foi; ils sont inscrits dans la nature humaine elle-même et ils sont donc communs à toute l’humanité. L’action de l’Eglise en vue de leur promotion n’est donc pas à caractère confessionnel, mais elle vise toutes les personnes, sans distinction religieuse. Inversement, une telle action est d’autant plus nécessaire que ces principes sont niés ou mal compris, parce cela constitue une offense contre la vérité de la personne humaine, une blessure grave infligée à la justice elle-même ».

            Dans Sacramentum Caritatis du 22 février 2007, Benoît XVI ajoutait cette autre valeur non négociable : la promotion du bien commun sous toutes ses formes. Il précisait : «les hommes politiques et les législateurs catholiques, conscients de leur grave responsabilité sociale, doivent se sentir particulièrement interpellés par leur conscience, justement formée, pour présenter et soutenir des lois inspirées par les valeurs fondées sur la nature humaine. Les Évêques sont tenus de rappeler constamment ces valeurs; cela fait partie de leur responsabilité à l’égard du troupeau qui leur est confié ».

            Au cours de l’Audience générale du 16 juin 2010, Benoît XVI enseignait : « Lorsque la loi naturelle et la responsabilité qu’elle implique sont niées, on ouvre de façon dramatique la voie au relativisme éthique sur le plan individuel et au totalitarisme de l’Etat sur le plan politique. La défense des droits universels de l’homme et l’affirmation de la valeur absolue de la dignité de la personne présupposent un fondement. Ce fondement n’est-il pas la loi naturelle, avec les valeurs non négociables qu’elle indique? Le vénérable Jean-Paul II écrivait dans son encyclique Evangelium vitae des paroles qui demeurent d’une grande actualité: «Pour l’avenir de la société et pour le développement d’une saine démocratie, il est donc urgent de redécouvrir l’existence de valeurs humaines et morales essentielles et originelles, qui découlent de la vérité même de l’être humain et qui expriment et protègent la dignité de la personne: ce sont donc des valeurs qu’aucune personne, aucune majorité ni aucun Etat ne pourront jamais créer, modifier ou abolir, mais que l’on est tenu de reconnaître, respecter et promouvoir».

Dans ses vœux à la Curie Romaine, le 22 décembre 2012, Benoît XVI disait enfin : « Dans le dialogue avec l’État et avec la société, l’Église n’a certainement pas de solutions toute faites à chaque question. Avec les autres forces sociales, elle luttera en faveur des réponses qui correspondent le plus à la juste mesure de l’être humain. Elle doit défendre avec la plus grande clarté ce qu’elle a identifié comme valeurs fondamentales, constitutives et non négociables, de l’existence humaine. Elle doit faire tout son possible pour créer une conviction qui ensuite puisse se traduire en action politique.

Saint Thomas More est, peut-être, l’homme politique chrétien qui est le parfait modèle de la fidélité aux valeurs non négociables. Très vite, il s’est révélé un des plus grands juristes et un des humanistes les plus cultivés de son temps. L’amitié d’Erasme et la publication de « L’Utopie » (une vision humoristique d’une république idéale) le placèrent au premier rang de la nouvelle culture et des aspirants à un renouveau religieux. Avec cela son réalisme, sa clairvoyance souriante le firent reconnaître du roi Henri VIII d’Angleterre comme un magistrat exceptionnel. D’où sa promotion aux fonctions de Lord-chancelier du Royaume. Mais les années de rêve dans sa résidence de Chelsea, au milieu d’une nombreuse famille, débordante de gaieté, de ferveur et d’hospitalité, ne se prolongèrent pas longtemps. Ni sa lucide intégrité ni sa foi éclairée ne lui permirent de suivre Henri VIII dans le schisme où les errements conjugaux du roi allaient s’engager. Sir Thomas More, fidèle à la foi catholique, bien qu’ayant renoncé à ses hautes fonctions pour garder sa liberté de jugement, paiera de sa tête cette fidélité à l’indissolubilité du lien matrimonial. Saint Thomas More est aussi un modèle de sérénité dans les contrariétés et les oppositions : « On me reproche de mêler boutades, facéties et joyeux propos aux sujets les plus graves. Avec Horace, j’estime qu’on peut dire la vérité en riant. Sans doute aussi convient-il mieux au laïc que je suis de transmettre sa pensée sur un mode allègre et enjoué, plutôt que sur le mode sérieux et solennel, à la façon des prédicateurs ».

            L’option préférentielle pour les pauvres et le Pape François

            La Stampa, en janvier 2015, publiait cet extrait du livre «le Pape François. Cette économie qui tue» : « L’attention portée aux pauvres se trouve dans l’Évangile et dans la tradition de l’Église, ce n’est pas une invention du communisme et il ne faut pas l’idéaliser» : c’est ainsi que le Pape François explique la continuité, dans la tradition ecclésiale, du «choix préférentiel pour les pauvres». Une «attention qui a ses origines dans l’Évangile- répète t’il- documentée déjà lors des premiers siècles du christianisme» : Il suffit de citer les premiers Pères de l’Église, du II ou III° siècle. Leurs homélies ne peuvent pas se définir comme «marxistes», car lorsque «l’Église invite à vaincre la globalisation de l’indifférence, elle est loin de tout intérêt politique et de toute idéologie». Elle est «uniquement empreinte de la parole de Jésus» et «veut offrir sa contribution à la construction d’un monde où l’on se protège et où l’on prend soin l’un de l’autre ». Et à propos de la globalisation, le Pape François en souligne les zones d’ombre et de lumière : «d’un côté, elle a aidé de nombreuses personnes à se soustraire de la pauvreté, en amenant à «une croissance de la richesse mondiale en termes absolus» mais de l’autre côté, la globalisation «a condamné tant d’autres personnes à mourir de faim», provoquant une augmentation «des disparités» et la naissance de « nouvelles pauvretés ». C’est un système économique et social qui met au centre l’argent et le transforme en une idole et réduit les hommes et les femmes à de «simples instruments», provoquant «de profonds déséquilibres». C’est-à-dire que ce qui prédomine dans la culture, dans la politique et dans la sociologie, c’est «le rejet» de ce qui ne sert pas : les enfants, les jeunes, les personnes âgées. La culture du rejet amène à refuser les enfants, même par voie de l’avortement». L’option préférentielle pour les pauvres et le combat contre la mondialisation de l’indifférence font partie des valeurs non négociables. S’engager en politique, ce n’est pas seulement servir son pays, le développer économiquement. C’est aussi servir l’humanité et désirer qu’elle devienne la famille des Nations, comme l’avait rappelé Jean-Paul II devant les responsables des Nations à l’ONU. L’humanité ne pourra être famille des Nations que si l’option préférentielle pour les pauvres devient réalité et programme vécu pour tous les pays riches.

            Saint Vincent de Paul, quoique prêtre, peut être présenté à tous les laïcs comme baptisé engagé pour l’option préférentielle pour les pauvres. Monsieur Vincent n’oubliera jamais que, quand il était petit, il gardait les porcs dans la campagne landaise. Il en rougissait à l’époque et s’il voulut devenir prêtre, ce fut surtout pour échapper à sa condition paysanne. Plus tard, non seulement il l’assumera, mais il en fera l’un des éléments de sa convivialité avec les pauvres et les humiliés. A 19 ans, c’est chose faite, il monte à Paris parce qu’il ne trouve pas d’établissement qui lui convienne. Le petit pâtre devient curé de Clichy un village des environs de Paris, aumônier de la reine Margot, précepteur dans la grande famille des Gondi. Entre temps, il rencontre Bérulle qui lui fait découvrir ce qu’est la grâce sacerdotale et les devoirs qui s’y rattachent. Il appellera cette rencontre « ma conversion ». Il renonce à ses bénéfices, couche sur la paille et ne pense plus qu’à Dieu. Dès lors son poste de précepteur des Gondi lui pèse. Il postule pour une paroisse rurale à Châtillon-les-Dombes et c’est là qu’il retrouve la grande misère spirituelle et physique des campagnes françaises. Sa vocation de champion de la charité s’affermit. Rappelé auprès des Gondi, il accepte et enrichit son expérience comme aumônier des galères dont Monsieur de Gondi est le général. Ami et confident de saint François de Sales, il trouve en lui l’homme de douceur dont Monsieur Vincent a besoin, car son tempérament est celui d’un homme de feu.  Pour les oubliés de la société (malades, galériens, réfugiés, illettrés, enfants trouvés) il fonde successivement les Confréries de Charité, la Congrégation de la Mission (Lazaristes) et avec sainte Louise de Marillac, la Compagnie des Filles de la Charité. Plus que l’importance de ses fondations, c’est son humilité, sa douceur qui frappe désormais ses contemporains. Auprès de lui chacun se sent des envies de devenir saint. Il meurt, assis près du feu, en murmurant le secret de sa vie: « Confiance! Jésus! ». Ajoutons à Saint Vincent, Sainte Jeanne Jugan et Sainte Mère Térésa ! Ste Jeanne Jugan a été la Fondatrice des Petites Sœurs des Pauvres (morte en 1879). « Dieu me veut pour lui », répondit-elle à un jeune homme qui la demandait en mariage. Elle avait alors dix-huit ans et était employée de maison depuis deux années. Elle avait perdu son père, disparu en mer à Cancale alors qu’elle n’avait que quatre ans. Ayant fait, dès son enfance, l’expérience de la pauvreté, elle fut confrontée à une misère plus grande encore lorsqu’elle vint travailler à Saint Servan. Durant l’hiver de 1839, elle accueillit chez elle, dans son petit logement, une femme âgée, aveugle et paralysée qui survivait seule dans un taudis. D’autres jeunes femmes s’associèrent à elle et, en 1842, elles s’appelèrent: ‘Les servantes des pauvres’. Pauvres elles-mêmes, la quête fut leur ressource essentielle et l’occasion de demander aux personnes aisées de partager leurs biens avec les pauvres que Jeanne appelait les ‘membres souffrants de Jésus-Christ’. Dans l’homélie de sa canonisation, le 11 octobre 2009, Benoît XVI disait : « ‘Regardez le pauvre avec compassion, disait-elle, et Jésus vous regardera avec bonté, à votre dernier jour’. Ce regard de compassion sur les personnes âgées, puisé dans sa profonde communion avec Dieu, Jeanne Jugan l’a porté à travers son service joyeux et désintéressé, exercé avec douceur et humilité du cœur, se voulant elle-même pauvre parmi les pauvres. Jeanne a vécu le mystère d’amour en acceptant, en paix, l’obscurité et le dépouillement jusqu’à sa mort. Son charisme est toujours d’actualité, alors que tant de personnes âgées souffrent de multiples pauvretés et de solitude, étant parfois même abandonnées de leurs familles. L’esprit d’hospitalité et d’amour fraternel, fondé sur une confiance illimitée dans la Providence, dont Jeanne Jugan trouvait la source dans les Béatitudes, a illuminé toute son existence. Cet élan évangélique se poursuit aujourd’hui à travers le monde dans la Congrégation des Petites Sœurs des Pauvres, qu’elle a fondée et qui témoigne à sa suite de la miséricorde de Dieu et de l’amour compatissant du Cœur de Jésus pour les plus petits. Que sainte Jeanne Jugan soit pour les personnes âgées une source vive d’espérance et pour les personnes qui se mettent généreusement à leur service un puissant stimulant afin de poursuivre et de développer son œuvre! ». Inutile de présenter la vie et l’œuvre de Sainte Mère Térésa, l’héroïque sainte de la charité ! Saint Damien de Molokai (Joseph de Veuster) mérite, lui aussi, d’être présenté comme le saint de l’option préférentielle pour les pauvres ! Dans son ardeur missionnaire, le jeune religieux belge s’adresse directement au supérieur général et obtient la permission de partir, à la place de son frère tombé malade, dans la mission nouvellement fondée aux îles Hawaï. Il s’embarque avant même son ordination sacerdotale qui lui sera conférée à Honolulu. Le gouvernement avait regroupé d’autorité tous les lépreux de l’archipel dans l’île Molokaï, le Père Damien est choisi parmi d’autres volontaires pour assurer une présence sacerdotale dans cet enfer de désespoir et de misère morale. Il organise alors la vie religieuse, sociale et fraternelle dans cette île mise au ban de la société. Il se solidarise avec les lépreux (il aimait dire: « nous les lépreux ») et même, malgré ses précautions, il est atteint à son tour par la maladie. “Qu’il est doux de mourir comme un enfant du Sacré-cœur”, disait-il à son dernier jour. Il avait souhaité que ce fut le jour de Pâques; ce fut le Lundi Saint, 15 avril 1889. Saint Damien a été canonisé par Benoît XVI, le même jour que Jeanne Jugan. Voici un extrait de l’homélie le concernant : « Nous nous souvenons devant cette noble figure que c’est la charité qui fait l’unité: elle l’enfante et la rend désirable. À la suite de saint Paul, saint Damien nous entraîne à choisir les bons combats (cf. 1 Tim 1, 18), non pas ceux qui portent la division, mais ceux qui rassemblent. Il nous invite à ouvrir les yeux sur les lèpres qui défigurent l’humanité de nos frères et appellent encore aujourd’hui, plus que notre générosité, la charité de notre présence servante ». Oui, là où les Saints passent Dieu passe avec eux, disait Jean-Paul II ! Les Saints nous tracent la route, suivons-les et imitons-les !

            Conclusion : le refus du politiquement correct par fidélité à notre baptême.

Nous n’avons pas répondu à toutes vos attentes en cette deuxième causerie, mais il était important de mieux comprendre quelles étaient les valeurs non négociables pour Benoît XVI et quelle est la priorité de la mission de l’Eglise pour notre Pape François aujourd’hui. Le refus du politiquement correct par fidélité à notre baptême, c’est tout simplement le refus du rejet de Dieu et de ses commandements, qui défigure la France, Fille aînée de l’Eglise et l’Europe aux racines chrétiennes. L’engagement politique des époux chrétiens dont nous parlerons dans la troisième causerie doit trouver son fondement dans la Loi naturelle, explicitement révélée par Dieu sur le Mont Sinaï et écrite sur les tables des 10 commandements. Nous pouvons être chrétiens et républicains. La laïcité ne doit, en aucune manière, justifier peur et tiédeur. Nous ne devons pas avoir honte de Jésus, nous ne devons pas rougir d’être chrétiens ! Ne feignons pas d’être des agnostiques, ne laissons pas croire que nous sommes d’accord avec les lois qui ont défiguré l’amour humain, désacralisé la vie et déconstruit la famille. Nous devons être cohérents dans nos paroles et nos actes. Si nous ne le sommes pas, nous ne sommes pas fidèles aux promesses de notre baptême. Gardons en mémoire l’invitation de Saint Jean-Paul II : relevons la tête et à marchons ensemble, la main dans la main du Seigneur : “Jeune fille, lève-toi! Jeune homme, lève-toi!”. Gravons en nos mémoires les valeurs non négociables définies par Benoît XVI : défense de la vie de sa conception à son terme naturel ; défense de la famille, issue du mariage d’un homme et d’une femme ; droit des parents d’éduquer leurs enfants selon leurs convictions ; promotion du bien sous toutes ses formes. La renonciation du baptême, disait Benoît XVI, est renonciation à un type de culture qui est anti-culture, contre le Christ et contre Dieu. Etre baptisé, c’est s’émanciper, se libérer de cette anti-culture. La décision du baptême, qui dure toute la vie, est ce «non» à la culture dominante, réalisé chaque jour, en dépit des sacrifices. Le chrétien dit «non», parce qu’il dit «oui», un «oui» fondamental, « le «oui» de l’amour et de la vérité ». Merci Benoît XVI d’avoir si bien éclairé notre route ! Notre Pape François, quant à lui, nous invite à aller à contre-courant et à être fiers de le faire et à ne pas oublier l’option préférentielle pour les pauvres. Nous devons aider les responsables politiques du monde entier à mettre l’homme et non l’argent au centre des décisions politiques. Nous devons dire un « non » ferme à la culture du rejet et à la mondialisation de l’indifférence. Merci au Pape François de nous appeler à mettre en pratique ces valeurs non négociables de l’évangile et à témoigner de la joie de l’évangile. Jean-Paul II, interprète autorisé de Vatican II, avait dit que l’homme est la route de l’Eglise parce que Jésus s’était, par Son Incarnation, uni à tout homme. Demandons à la Vierge Marie et à Saint Joseph les grâces pour refuser le politiquement correct, obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes et être les témoins de l’évangile de la Vérité, de la Vie, de la Justice et de l’Amour. N’ayons pas peur, Jésus est avec nous !

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