Quoi ? Revenir. Où ? À Dieu le Père. Quand ? Maintenant ! Comment ? De tout votre cœur, en priant, jeûnant et en aimant.

1er mars 2017 : Carême – Mercredi des Cendres  (Fr. Clément-Marie)

« Maintenant, revenez à moi de tout votre cœur… » Cette première phrase de la liturgie de la parole de ce mercredi des Cendres est un résumé de tout ce qu’est le Carême. Dans une phrase, le mot le plus important est toujours le verbe, qui en donne le sens. « Revenez… » Voilà la grâce du Carême, la grâce des quarante jours : revenir. Nous avons quarante jours pour revenir. Revenir, cela signifie que nous sommes partis. Mais alors, revenir d’où, et revenir où ? Rappelons-nous le peuple d’Israël. Il était parti en Égypte, où il n’était pas libre. Les Hébreux avaient quitté leur terre, et ils étaient devenus esclaves en Égypte. Alors Dieu a envoyé Moïse pour les libérer et les faire revenir dans la terre promise. Ils ont mis quarante ans à parcourir le désert pour revenir à la liberté, et passer enfin le fleuve du Jourdain. Nous, nous avons quitté, par notre péché, la bonne terre dans laquelle Dieu nous avait semés. Et, par notre habitude, nous nous sommes installés « en Égypte », c’est-à-dire dans le mal, loin de Dieu. Alors Dieu a envoyé son Fils pour nous libérer et nous faire revenir. Nous avons quarante jours pour parcourir le désert, pour revenir à notre liberté d’enfants de Dieu et nous préparer à repasser le Jourdain en renouvelant dans la nuit de Pâques les promesses de notre baptême. Voilà ce qu’est la grâce des quarante jours : la grâce de revenir, de tout notre cœur. Pour cela, plusieurs attitudes sont nécessaires, qui nous sont décrites dans les lectures : d’abord pleurer. Pleurer, c’est-à-dire reconnaître notre péché, et le regretter, « de tout notre cœur ». Et puis ces trois grandes œuvres demandées par Jésus dans l’évangile – et en ce 500ème anniversaire de la Réforme, il n’est pas inutile de rappeler que Jésus nous demande des œuvres. Jeûner, c’est-à-dire faire des petits sacrifices pour montrer à Dieu qu’il est plus important que tout le reste, et pour nous rappeler à nous-mêmes que « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Prier, c’est-à-dire rencontrer souvent Dieu. Au moins chaque jour dans un moment réservé pour cela. Faire l’aumône, c’est-à-dire partager, aimer concrètement ceux qui vivent autour de nous.

« Revenez à moi… » Qui est ce « à moi » ? Dieu, bien sûr. Mais Dieu qui est père, et un père qui nous aime. Dans l’évangile, Jésus nous dit : « Ton père voit ce que tu fais dans le secret, il te le rendra. » On entend souvent cette phrase avec crainte. En réalité, elle exprime d’abord l’amour immense de ce père qui regarde, qui cherche ce que nous faisons de bien en secret, pour nous rendre, dans son amour, tout ce que nous aurons fait de bien en priant, en jeûnant, en exerçant l’amour. Oui, revenons sans crainte à ce père si plein d’amour pour nous, et qui n’attend que notre retour.

Il reste encore une précision importante. Dieu dit : « Maintenant, revenez à moi de tout votre cœur. » Quand ? Maintenant. Pas demain, il sera peut-être trop tard. Saint Paul insiste lui aussi, quand il nous demande de nous laisser réconcilier avec Dieu. Il ajoute : « C’est maintenant le temps favorable. C’est maintenant le jour du salut ! » Dans l’art chrétien, le corbeau est souvent le symbole du Démon, parce qu’il crie en disant : « Cras ! Cras ! », ce qui en latin signifie : « Demain ! demain ! ». Nous ne devons pas remettre à plus tard. Le temps est court. C’est aussi ce que nous rappelle en ce mercredi le signe des cendres. Nous allons recevoir ces cendres sur nos fronts, pour nous rappeler ce que nous oublions si souvent : nous ne sommes pas faits pour cette terre : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. » Ce signe nous donnera une force spirituelle pour répondre à cette autre demande de Jésus, que nous entendons aussi en recevant les cendres au début de ce Carême : « Convertissez-vous, et croyez à l’Évangile ! »

Voilà cet appel très complet de Dieu : « Maintenant, revenez à moi de tout votre cœur. » Cet appel répond à toutes nos questions : quoi, où, quand, comment ! Quoi ? Revenir. Où ? À Dieu le Père. Quand ? Maintenant ! Comment ? De tout votre cœur, en priant, jeûnant et en aimant. Donc nous savons tout… Il ne nous reste plus qu’à nous lancer dans ces quarante jours, comme autrefois Élie. Mais parce que Dieu sait que nous sommes faibles et que le chemin est long, il nous donne aujourd’hui encore le pain du ciel. Comme Élie, nous le recevons, et à chacun de nous Dieu dit à nouveau : « Lève-toi, mange, car autrement le chemin serait trop long pour toi. » En recevant cette communion, mettons-nous en route dès maintenant en ce Carême, et faisons ensuite comme Élie : « Il se leva, mangea et but, et, avec la force que lui donna cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à la montagne de Dieu » (1 R 19, 8).

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