Peut-être sommes-nous trop habitués ??

13 avril 2017 : Jeudi Saint (Fr. Paul)

Nous voici arrivés au seuil de l’heure de Jésus. L’heure qu’il a tant désirée et tant redoutée. Cette heure nous dit saint Jean est l’heure de l’amour jusqu’à la fin, jusqu’au plein achèvement. « Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout ». La dernière parole de Jésus en croix sera « c’est achevé ». Jésus nous a aimé jusqu’à l’achèvement, jusqu’au bout. Pour chacun et chacune d’entre nous Jésus se donne totalement par amour, afin de nous purifier et de nous rendre apte à participer au banquet éternel du Ciel.

Dans quelques instants Jésus lavera les pieds de ses apôtres. Ce geste est l’expression de l’entière mission du Fils de Dieu qui s’est abaissé jusqu’à la condition de l’esclave pour nous purifier de nos péchés. Jésus dépose ses vêtements comme au calvaire et prend un linge qu’il se noue à la ceinture, comme sur la croix. Il prend sur lui notre propre humiliation. Saint Pierre en est scandalisé: “ Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais !”. Peut-être sommes-nous trop habitués à voir chaque année Jésus renouveler ce geste. Au fond, peut-être sommes-nous trop habitués à nous laisser laver les pieds par Jésus dans le sacrement de la confession. Trop habitués à la présence réelle de Jésus dans le dépouillement de son Eucharistie. En tant de tabernacles, Jésus, comme un esclave prisonnier, accepte la solitude et parfois les irrévérences. Il endure en silence voulant être toujours disponible, prêt à se donner à nous, à nous écouter, à nous consoler.

La réaction de saint Pierre traduit aussi notre propre difficulté à saisir le vrai visage de Dieu : nous voudrions que Dieu triomphe de ses ennemis par la puissance de son bras. Nous aimerions un Dieu fort et victorieux, mais sans la croix. Ce soir Jésus nous rappelle que la seule vraie puissance constructrice en ce monde est la force de l’amour souffrant qui triomphe par la croix. Demandons ce soir au cœur de Jésus de nous apprendre à embrasser la logique de Dieu, à nous laisser purifier par lui – qu’il nous apprenne à aimer divinement.

Ce soir Jésus institue le sacerdoce et le Saint Sacrement de sa présence réelle et substantielle parmi nous. Le sacerdoce, disait le saint Curé d’Ars, c’est l’amour du Cœur de Jésus. Dans le Saint Sacrement Jésus se rend présent avec son corps, son sang, son âme et sa divinité. C’est vraiment Jésus en personne que nous adorons et que nous avons l’immense grâce de pouvoir recevoir dans la communion. Comment l’accueillons-nous ? Lors d’une homélie d’ordination à Munich, le cardinal Ratzinger rapportait ce fait réel concernant des chrétiens d’Europe de l’Est dans la persécution communiste athée. Leurs églises avaient été détruites, leurs prêtres tués, toute manifestation extérieure de foi interdite et réprimée. Ils se retrouvaient en cachette pour prier. Il arrivait qu’ils se réunissent dans le cimetière. Ils disposaient sur la tombe du prêtre assassiné l’étole sacerdotale. Ils récitaient ensemble les prières de la messe, comme ils pouvaient. Mais au moment des paroles de la consécration, ils se taisaient laissant place à un terrible silence que brisaient seulement des sanglots étouffés. Ils n’avaient plus personne pour prononcer les paroles que seul le prêtre peut prononcer. Oh combien ils aspiraient à entendre à nouveau les paroles de la consécration et de l’absolution !

Ce témoignage nous fait réfléchir sur la grandeur du don que Jésus nous donne dans le sacerdoce. Grâce au sacrement reçu, le prêtre peut donner ce que Dieu seul peut donner. Par son agir in persona Christi il rend présent Jésus lui-même dans son Église. Ce soir remercions Jésus du fond du cœur pour le don du sacerdoce, de l’Eucharistie et des autres sacrements. Prions-le de nous envoyer des prêtres et des prêtres qui soient des saints. Prions pour tous les prêtres du monde, pour qu’ils soient fidèles au don qu’ils ont reçu.  Prions aussi en réparation pour les prêtres infidèles et pour ceux qui ont abandonné leur sacerdoce. Le cœur de Jésus souffre certainement beaucoup de ces abandons, comme il a beaucoup souffert de l’éloignement et de la perdition de Judas. En ces jours saints, ayons une grande compassion pour le cœur de Jésus qui est sensible à nos acceptations ou refus de la grâce. Mais tous les prêtres ne sont pas infidèles et nous voulons ce soir remercier le Cœur de Jésus pour tous ceux qui se donnent sans compter à leur mission, malgré les contradictions et les difficultés, puissent Jésus et la Vierge Marie les bénir et leur donner la force pour leur mission !

En nos temps nous parlons beaucoup de la miséricorde et c’est une bonne chose. Dieu veut faire miséricorde et nous souhaitons que tous les hommes s’ouvrent à sa miséricorde. Mais savons-nous à notre tour avoir compassion de celui qui nous fait miséricorde ? Devant les trahisons des amis de Jésus ne disons-nous pas trop facilement : mais Dieu est miséricordieux … dans le fond ce n’est pas si grave. Ne courrons-nous pas le risque de réduire notre Dieu une sorte de machine à pardonner sans sensibilité, ni cœur ? Ne nous sommes-nous pas fabriqués une image d’un Dieu insensible à la sainteté ou à la perversion de ses créatures ? Le grand oublié de nos discours sur la miséricorde, sur l’intégration de ceux qui ne vivent pas selon les commandements de Dieu ne serait-il pas Jésus lui-même ? Les terribles événements de la Passion dans laquelle nous entrons ce soir sont là pour nous rappeler que ce n’est pas pour rire que Jésus nous a aimés, que la grâce qu’il nous a si chèrement obtenue n’est pas une grâce à bon marché.

Face à une telle générosité, reprenons, dans notre prière au reposoir l’interrogation du Psalmiste: “comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ?” Laissons l’Esprit-Saint lui-même nous inspirer la réponse dans le secret de notre cœur et soyons généreux pour répondre aux appels à l’Amour de Jésus.

En notre année de la justice sainteté, vivons ce Triduum avec le grand souci d’accompagner Jésus pas à pas dans son amour et sa souffrance à la suite de la Vierge Marie, du Père et de Mère Marie-Augusta dont nous rappelons aujourd’hui la Pâque le jeudi saint 11 avril 1963. Terminons avec cette recommandation qu’elle nous a laissée : “Mes enfants très chers, méritez, méritez; aimez Notre-seigneur comme Il nous aime, d’un amour grand, généreux, d’un amour de croix. Offrez, offrez vous cœurs ; brûlez, brûlez du feu de l’amour et du zèle. Soyez pour Jésus des confidents, des apôtres, des amis : Il n’en trouve pas parce que c’est sur la Croix qu’Il parle, qu’Il sauve, qu’il souffre”.

 

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