Le courage de contredire les orientations dominantes est aujourd’hui particulièrement urgent pour un évêque

2 mai 2017 : Saint Athanase (Fr. Clément-Marie)

Sans hésiter, et sans risque d’exagération, on peut dire que l’on fête aujourd’hui l’un des plus grands saints de l’Église, un très grand évêque. Il semble lointain dans le temps, mais en réalité il nous est très proche. Il est l’une de ces constellations dont parlait Benoît XVI, qui nous éclairent encore aujourd’hui de la lumière de leur sainteté.

Saint Athanase est né vers l’an 300. Son époque est donc celle de la fin de la persécution violente contre l’Église, puisque l’édit de Milan sera signé en 313. Mais cette paix extérieure va être ébranlée par une tempête bien plus dangereuse, une tempête intérieure à l’Église : l’hérésie arienne. Par cette hérésie, le prêtre Arius, lui aussi d’Alexandrie, va faire de Jésus un être exceptionnel, intermédiaire entre Dieu et les hommes, mais va nier sa divinité. Athanase, prodigieusement intelligent, nourri de culture grecque, était diacre lorsqu’il accompagna l’évêque d’Alexandrie au concile de Nicée en 325. Il y contribua à la condamnation de son compatriote Arius et à la formulation des dogmes de l’Incarnation et de la Sainte Trinité. Devenu lui-même évêque d’Alexandrie en 328, âgé d’à peine 30 ans, il fut, dès lors et pour le reste de sa vie, en butte à la persécution des ariens, semi-ariens et anti-nicéens, de plus en plus nombreux en Égypte et dans l’Église entière, tant en Orient qu’en Occident. Ces ariens étaient soutenus par les empereurs. Ainsi, Athanase dut défendre la foi contre les empereurs, les gouverneurs de provinces, mais aussi, selon l’expression de l’ancien martyrologe romain, « contre un nombre infini d’évêques » qui s’étaient laissé séduire par l’arianisme. Saint Athanase sera même condamné par le Pape, Libère, qui, par faiblesse devant les pressions, rallia confusément la cause arienne, et déclara Athanase « séparé de la communion romaine ».[1] Ainsi, saint Athanase a gardé la foi, presque seul contre tous ! Pas cependant tout à fait seul : en occident, saint Hilaire de Poitiers menait le même combat de la foi, et quelques autres, comme saint Eusèbe de Verceil… Mais bien peu d’évêques ont alors gardé la foi… Athanase sera cinq fois exilé. Sur les quarante-cinq années de son épiscopat, il en passa dix-sept en exil…

Saint Athanase fut donc un adversaire de l’hérésie arienne, oui, mais parce qu’il était un passionné du Christ dans son mystère de l’Incarnation. Quel équilibre impressionnant chez lui entre la divinité clairement affirmée de Jésus, et son insistance sur son humanité et sa proximité avec chacun de nous. Son œuvre doctrinale la plus célèbre est le traité sur l’incarnation du Verbe, le Logos divin qui s’est fait chair en devenant comme nous pour notre salut. C’est là qu’il a écrit la célèbre et lapidaire formule : « Dieu s’est fait homme pour que nous devenions Dieu. » Il écrivit également : « L’homme ne serait pas sauvé si le Christ n’était pas pleinement Dieu. » Saint Athanase fut donc un grand intellectuel, mais dont la science et la connaissance n’avait qu’un but, qui est très bien exprimé dans l’oraison de ce jour : « Accorde-nous de te connaître toujours mieux pour t’aimer davantage» On ne peut évidemment pas aimer vraiment Jésus si on ne le connaît pas.

Saint Athanase était également un contemplatif ; il fut un ami de saint Antoine d’Égypte, dont il nous a laissé une biographie qui est une référence. Saint Athanase a toujours admiré et promu, en grand spirituel qu’il était, le monachisme et la vie érémitique.

Après avoir mentionné ses cinq exils, le texte de l’ancien martyrologe conclut ainsi : « Enfin, après bien des combats et des triomphes qu’il remporta par sa patience, il rentra dans son Église et s’endormit dans la paix du Christ la quarante-neuvième année de son épiscopat, en 373. » Soulignons que l’Église copte orthodoxe l’appelle l’« Apostolique », le « Phare de l’Orient » et la « Colonne de la foi ».

Nous voudrions souligner combien le courage de saint Athanase en a fait un homme libre. Un mois avant sa renonciation, Benoît XVI ordonnait ses derniers évêques en la solennité de l’Épiphanie. Voici ce qu’il leur disait : « Le courage de contredire les orientations dominantes est aujourd’hui particulièrement urgent pour un évêque. Il doit être valeureux. (…) La crainte de Dieu libère de la crainte des hommes. Elle rend libres ! (…) L’approbation des opinions dominantes (…) n’est pas le critère auquel nous nous soumettons. Le critère c’est Lui seul : le Seigneur. »[2] Et ailleurs il avait dit : « Le ministère épiscopal suppose que l’on soit disposé à souffrir. Quiconque y verrait avant tout un honneur ou une position influente passerait à côté de l’essentiel. Sans la disposition à la souffrance, on ne peut remplir cette charge convenablement. »[3]

Voilà ce qu’a vécu saint Athanase, et voilà pourquoi il est un saint si actuel, une étoile qui nous éclaire encore. Qu’il intercède pour notre Église. Qu’il soit pour nos évêques et pour nous tous un modèle de courage, et qu’il garde en tous les chrétiens la foi en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme.

[1] Lettre Studens Paci ; cf. aussi la lettre  Pro deifico, dans laquelle le Pape Libère confirme à des évêques la condamnation d’Athanase : « vous l’aviez condamné justement… » ; et il redit rejeter « de [sa] communion Athanase… »

[2] BENOÎT XVI, Homélie pour l’Épiphanie, 6 janvier 2013

[3] Joseph RATZINGER, Appelés à la communion, Fayard, 1991, pages 88-89

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