La Vérité est vérité : il n’existe pas de compromis !

24 juin 2017 : Naissance de Saint Jean-Baptiste (Fr. Paul)

Excepté la Vierge Marie, Saint Jean-Baptiste est l’unique saint du calendrier romain dont on célèbre la naissance, parce qu’il fut étroitement  lié au mystère de l’Incarnation. On l’appelle le précurseur de Jésus, c’est-à-dire celui qui a couru (du latin precursus est) en avant de Jésus pour lui ouvrir la voie, pour préparer les cœurs à sa venue. Ainsi l’avait déjà exprimé son père Zacharie dans son cantique que nous chantons chaque matin aux Laudes : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant le Seigneur, pour lui préparer les voies, pour donner à son peuple la connaissance du salut par la rémission de ses péchés » (Lc 1, 76-77). Sa vie, comme celle de Jésus a été une véritable course toute consacrée au salut des âmes. Il naît six mois avant Jésus. Sa naissance, annoncée par l’ange Gabriel à la Vierge Marie est le signe que « rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1, 37). Dieu a réalisé ce qui était humainement impossible : qu’une femme stérile et avancée en âge donne naissance à un fils. En ce jour, prions pour tous les époux qui souffrent de la longue attente d’un enfant qui n’arrive pas. Le nom même des parents de Jean-Baptiste, Élisabeth (« Dieu a prêté serment ») et Zacharie («Le Seigneur s’est souvenu ») nous rappellent que Dieu n’abandonne jamais ceux qui se confient en lui.

Le choix du nom « Jean » pour l’enfant étonne l’entourage. Personne dans la famille de Zacharie ne porte ce nom. Il est très rare dans l’Ancien Testament. Le choix du nom « Jean » n’est donc pas lié à la parenté, mais à sa signification (« Dieu fait grâce »). Dieu a fait grâce à Zacharie et à Élisabeth en leur accordant la naissance d’un fils, mais plus encore le nom de Jean annonce l’entrée dans un temps nouveau, dans le temps de la grâce avec la naissance de Jésus le Sauveur. Depuis le péché originel, notre humanité était comme stérile, incapable de transmettre la vie de la grâce. Par l’Incarnation, la mort et la Résurrection de Jésus, Dieu a fait grâce à l’humanité en accordant à l’Église d’enfanter des fils et des filles de Dieu par le baptême. Jean-Baptiste s’est défini lui-même plus tard comme étant « la voix de celui qui crie dans le désert : Rendez droit le chemin du Seigneur » (Jn 1, 23). Il a couru en avant de Jésus pour annoncer la venue du temps de la grâce, le temps du pardon des péchés. Au Jourdain, par le baptême qu’il administrait, il préparait les cœurs par la pénitence à adhérer à la personne de celui qui seul a le pouvoir de remettre les péchés : Jésus, le Fils de Dieu (Jn 1, 34). Aussi l’essentiel de sa mission se résume dans ces paroles : « voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1,20).

Où Jean-Baptiste a-t-il appris tout cela ? D’où lui vient sa connaissance du mystère de Jésus ? C’est très certainement par son intense vie de prière et par un don spécial de l’Esprit Saint qu’il a eu cette révélation. Dans le récit que saint Luc nous donne la Visitation nous lisons : « dès qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, l’enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint » (Lc 1, 41). La profession de foi d’Élisabeth : « comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? (Lc 1, 43) est partagée en quelque sorte par l’enfant qu’elle porte en elle et qui exulte en présence de la Mère de Dieu et du Fils qu’elle porte en elle. La lecture du prophète Isaïe que nous avons entendue s’applique parfaitement à Jésus mais aussi, par participation, à Jean-Baptiste : « J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom. Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m’a caché à l’ombre de sa main ; il a fait de moi une flèche acérée, il m’a caché dans son carquois » (Is 49, 1-2). Dès le sein de sa mère, Jean-Baptiste a été caché sous l’ombre de la main de Dieu. Le geste de l’imposition de la main signifie dans la liturgie des sacrements le don particulier du Saint Esprit.

Jean-Baptiste a été aussi un homme de prière. Dès son enfance il se trouve dans les lieux déserts, lieux de la tentation, mais aussi lieux de la dépendance totale et de la proximité avec Dieu. Il fut aussi un guide de la prière pour ceux qui l’approchaient comme en témoigne la demande des disciples à Jésus : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples » (cf. Lc 11, 1).

La course de Jean-Baptiste en avant de Jésus a été couronnée par la palme du martyre. Comme Jésus, il sera mis violemment à mort avant 33 ans pour avoir dit la vérité en dénonçant l’adultère du roi Hérode. Saint Bède, moine du IXe siècle, a écrit : « Saint Jean donna sa vie pour [le Christ], même si l’on ne lui ordonna pas de renier Jésus-Christ, on lui ordonna uniquement de taire la vérité[1] ». Jean-Baptiste n’a pas tu la vérité et ainsi, il est mort pour le Christ qui est la Vérité, disait Benoît XVI. Et il ajoutait : « Précisément pour l’amour de la vérité, il ne fit pas de compromis et n’eut pas peur d’adresser des paroles fortes à ceux qui avaient égaré la voie de Dieu […] son exemple nous rappelle à nous, chrétiens de notre temps, qu’aucun compromis n’est possible avec l’amour du Christ, avec sa Parole, avec sa Vérité. La Vérité est Vérité, il n’existe pas de compromis. La vie chrétienne exige, pour ainsi dire, le « martyre » de la fidélité quotidienne à l’Évangile, c’est-à-dire le courage de laisser le Christ grandir en nous et de le laisser orienter notre pensée et nos actions. Mais cela ne peut avoir lieu dans notre vie que si notre relation avec Dieu est solide[2] ».

Aujourd’hui et demain auront lieu des ordinations de prêtres et de diacres dans divers lieu. Confions à l’intercession du Cœur Immaculé de Marie ceux qui sont ordonnés et tous les pasteurs de l’Église, afin qu’à la suite de saint Jean-Baptiste, grâce à une profonde vie de prière et assistés par le don de l’Esprit-Saint, ils soient toujours courageux pour annoncer avec fidélité, charité et sans compromis la vérité de l’Évangile qui ouvre aux hommes la voie du salut et du seul vrai bonheur.

[1] cf. Hom. 23 : ccl 122, 354.

[2] Benoît XVI, Audience générale du 29 août 2012.

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