le Christ a affirmé être la vérité, non la coutume, la mode du temps !

1er Juin 2017 : Saints Justin et Annibale Maria di Francia (Frère Jean-Régis)

 

St Justin est sans doute le plus important des Pères apologistes du IIème siècle. Le terme « apologiste » désigne les antiques écrivains chrétiens qui se proposaient de défendre la nouvelle religion des lourdes accusations des païens et des Juifs, et de diffuser le contenu de la foi dans des termes adaptés à la culture de leur époque. Il naquit aux environs de l’an 100 près de l’antique Sichem, en Samarie, en Terre Sainte ; grâce à ses parents, des païens aisés, il fit des études poussées et il chercha longuement la vérité, se rendant dans diverses écoles de la tradition philosophique grecque. Finalement, – comme lui-même le raconte dans les premiers chapitres de son Dialogue avec Tryphon – un mystérieux personnage, un vieillard rencontré sur la plage, provoqua d’abord en lui une crise, en lui démontrant l’incapacité de l’homme à satisfaire par ses seules forces l’aspiration au divin. Puis il lui indiqua dans les anciens prophètes les personnes vers lesquelles se tourner pour trouver la voie de Dieu et la « véritable philosophie ». En le quittant, le vieillard l’exhorta à la prière, afin que lui soient ouvertes les portes de la lumière. Ce récit reflète l’épisode crucial de la vie de saint Justin : au terme d’un long itinéraire philosophique de recherche de la vérité, il parvint à la foi chrétienne. A trente ans, devenu chrétien, il ne renie pas sa quête philosophique. Elle est, à ses yeux, une préparation de la révélation chrétienne, chaque doctrine contenant une parcelle de la vérité totale qui se trouve dans le Christ. Il commence alors une carrière d’enseignant, fonde des écoles de philosophie à Ephèse puis à Rome. C’est à ce moment-là qu’il compose les trois écrits que nous connaissons. Il adresse courageusement deux apologies aux empereurs païens Antonin puis Marc Aurèle, et met par écrit un dialogue qu’il a eu avec un religieux juif, nommé Tryphon. Essayant de défendre l’attitude civique de ses frères chrétiens et de justifier la religion chrétienne, il parvient à atténuer la persécution lancée par Antonin, mais Marc Aurèle se montre intraitable. Arrêté, saint Justin n’hésite pas à professer sa foi devant le préfet Rusticus et meurt décapité avec six de ses disciples vers 165.

Ce que Saint Justin chercha et vécut, ce rapport entre foi et raison, fut l’un des thèmes les plus chers à Jean-Paul II et au cardinal Ratzinger/Benoit XVI. Dans Fides et ratio, n. 38, Jean-Paul II définit saint Justin comme « pionnier d’une rencontre fructueuse avec la pensée philosophique, même marquée par un discernement prudent », car Justin, « tout en conservant même après sa conversion, une grande estime pour la philosophie grecque, […] affirmait avec force et clarté qu’il avait trouvé dans le christianisme « la seule philosophie sûre et profitable » ». Dans la catéchèse qu’il lui consacra, Benoit XVI fit remarquer que « la figure et l’œuvre de Justin marquent le choix décidé de l’Eglise antique pour la philosophie, la raison, plutôt que pour la religion des païens. En effet, les premiers chrétiens refusèrent tout compromis avec la religion païenne. Dans sa première Apologie, Justin conduisit une critique implacable à l’égard de la religion païenne et de ses mythes, qu’il considérait comme des « fausses routes » diaboliques sur le chemin de la vérité. Justin, et avec lui les autres apologistes, marquèrent la prise de position nette de la foi chrétienne pour le dieu des philosophes contre les faux dieux de la religion païenne. C’était le choix pour la vérité de l’être, contre le mythe de la coutume comme le dit Tertullien avec cette sentence lapidaire et toujours valable :  » le Christ a affirmé être la vérité, non la coutume, la mode du temps « . » Si le Christ est la Vérité, la religion chrétienne ne craint pas la dialogue avec la raison et donc avec le dieu des philosophes. Au contraire les religions païennes étaient guidées par les mythes, les coutumes et donc par l’irrationnel. Le christianisme s’y est donc opposé.

Saint Annibale Maria Di Francia naquît en Sicile en 1851 d’une famille aristocrate. Très jeune, pendant une adoration, il ressent l’urgence de réaliser le commandement évangélique : « Rogate ergo – Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » (Mt 9, 38). Ce verset de l’Evangile devient la lumière de sa vie et la source de son apostolat. Ordonné prêtre, il se consacre à la promotion humaine et spirituelle de l’un des quartiers les plus pauvres de sa ville. En 1887, il fonde la Congrégation des Filles du Divin Zèle, et en 1897 la Congrégation des Rogationnistes du Cœur de Jésus (du mot “Rogate”). Si ces deux congrégations sont au service des petits et des pauvres, Annibale comprend que pour évangéliser, il faut avant tout des prêtres nombreux et saints. Il s’attache donc à bien les former. Il aime dire aux jeunes : « Tombez amoureux de Jésus-Christ. » Il travaille par tous les moyens à la diffusion du “Rogate” en le considérant comme instrument efficace d’évangélisation et de service de charité. Aussi, la mission première des Pères Rogationnistes et des Sœurs Filles du Divin Zèle est de se consacrer de toutes leurs forces à ce que la prière pour les vocations soit « incessante et universelle ». En cela, il est un précurseur. Il institue pour les laïcs l’Union de prière pour les vocations. La communauté des sœurs connaît dans ses premières années de graves difficultés. Le Père Annibale demande l’aide de Mélanie Calvat, la voyante de La Salette, qui accepte pour une année. Il la tiendra pour cofondatrice. C’est lui qui fera son éloge funèbre à la cathédrale d’Altamura et commencera le procès d’information de ses vertus en vue de sa béatification. Son rêve que la prière du “Rogate” devienne universelle se réalise en 1964 avec l’institution de la Journée Mondiale de prière pour les vocations par le Pape Paul VI.

En nos temps marqués par le relativisme, que l’exemple de saint Justin nous stimule. Comme nous le demandions au Seigneur dans la prière d’ouverture, que nous sachions rejeter les erreurs qui nous entourent et qu’en cette prochaine Pentecôte nous devenions des néo-apologistes pour défendre la foi de tout relativisme et exposer son contenu dans un langage compréhensible par nos contemporains. Reprenons à notre compte les dernières paroles du mystérieux vieillard rencontré par saint Justin au bord de la mer : « Prie avant tout pour que les portes de la lumière te soient ouvertes, parce que personne ne peut voir et comprendre, si Dieu et son Christ ne lui accordent pas de comprendre« . En cette neuvaine de mois pour les vocations que nous vivons, que saint Annibale nous guide et nous soutienne dans cette action pastorale missionnaire : que beaucoup de jeunes tombent amoureux de Jésus et entendent ses appels à l’Amour pour le salut des âmes ! Que notre “Rogate” soit incessant.

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