L’Église croit comme si elle n’avait qu’une seule âme et un même cœur !

Mercredi 28 juin 2017 : Saint Irénée (Fr. Joseph)

Dans les grandes figures de l’Eglise des premiers siècles, il y a l’éminente personnalité de saint Irénée de Lyon. Nous connaissons sa vie grâce à son propre témoignage qui nous est parvenu à travers l’évêque historien, Eusèbe de Césarée, dans l’Histoire ecclésiastique. Irénée naquit selon toute probabilité à Smyrne (aujourd’hui Izmir, en Turquie), vers 135-140, où, encore jeune, il alla à l’école de l’Evêque Polycarpe, lui-même disciple de l’Apôtre Jean. Il est ensuite allé en Gaule, et nous le trouvons dans la ville de Lyon, en 177, au nombre du collège des prêtres. C’est cette année-là qu’il fut envoyé à Rome, porteur d’une lettre de la communauté de Lyon au Pape Eleuthère. La mission romaine permit à Irénée d’échapper à la persécution de Marc-Aurèle, dans laquelle au moins 48 martyrs trouvèrent la mort, parmi lesquels l’Evêque de Lyon lui-même, Pothin, âgé de 90 ans, mort des suites de mauvais traitements en prison. A son retour, Irénée fut élu Evêque de la ville. Il se consacra alors entièrement au ministère épiscopal, qui se conclut vers 202-203, peut-être par le martyre.

Irénée s’est attaché à défendre la vraie foi contre les hérésies et il a beaucoup écrit dans ce but. Les deux œuvres qui nous sont parvenues de lui s’intitulent Contre les hérésies et la prédication apostolique (que l’on peut considérer comme le plus ancien « catéchisme de la doctrine chrétienne »). A l’époque l’Eglise était menacée par la gnose. Les gnostiques affirmaient que la foi enseignée dans l’Eglise était destinée aux personnes simples, incapables de comprendre les choses difficiles; au contraire, les initiés, les intellectuels, auraient la connaissance profonde, et auraient formé un christianisme élitiste, intellectuel. Mais l’œuvre d’Irénée son va bien au-delà du rejet de l’hérésie: on peut dire qu’il est le premier grand théologien de l’Eglise, et qu’il a créé la théologie systématique; lui-même parle du système de la théologie, c’est-à-dire de la présentation organique et structurée de toute la foi.

Au centre de la doctrine d’Irénée, il y a la question de la « règle de la foi » sur laquelle il est bon d’insister. Pour Irénée, la « règle de la foi » est le Credo des Apôtres : ce dernier donne la clé pour interpréter l’Evangile. Le symbole des apôtres est une sorte de synthèse de l’Evangile, nous aide à comprendre ce qu’il veut dire, et la façon dont nous devons lire l’Evangile lui-même.

L’Evangile prêché par Irénée est celui qu’il a reçu de Polycarpe, Evêque de Smyrne, et l’Evangile de Polycarpe remonte à l’Apôtre Jean, dont Polycarpe était le disciple. Le véritable enseignement n’est donc pas celui inventé par les intellectuels au-delà de la foi simple de l’Eglise. Le véritable Evangile est celui enseigné par les Evêques qui l’ont reçu des Apôtres à travers une chaîne ininterrompue. Seule cette foi est apostolique, elle vient des Apôtres, et à travers eux, elle vient de Jésus et de Dieu Lui-même.

Irénée souligne aussi le rôle prééminent de l’Eglise de Rome pour la règle de la foi. l’Eglise de Rome tire son origine des saints Pierre et Paul, qui ont été les piliers du Collège apostolique. Toutes les Eglises doivent être en accord avec l’Eglise de Rome, en reconnaître en elle la mesure de la véritable tradition apostolique, de l’unique foi commune de l’Eglise.

Soulignons deux points présentés par saint Irénée comme critère et caractéristique de l’authentique tradition apostolique qui nous assurent d’être dans la vraie foi :

a) La Tradition apostolique est « publique« , et non pas privée ou secrète, comme le prétendaient les gnostiques. Pour Irénée, il ne fait aucun doute que le contenu de la vraie foi est celle transmise par les Apôtres et garantie par leurs successeurs que sont les évêques.

Nous pouvons dire que nous avons aujourd’hui un exposé magistral du contenu de la foi dans le catéchisme de l’Eglise catholique qui a été écrit durant le pontificat de Jean Paul II avec l’autorité de l’ensemble des évêques en communion avec le Pape, et en puisant dans la grande tradition de l’Eglise.

b) La Tradition apostolique est « unique« . Alors que le gnosticisme s’est divisé en de multiples sectes, la Tradition de l’Eglise est unique dans ses contenus fondamentaux et elle crée ainsi une unité à travers les peuples et les cultures. Il y a une phrase très précieuse de saint Irénée dans le livre Contre les hérésies: « L’Eglise, bien que disséminée dans le monde entier, préserve avec soin [la foi des Apôtres], comme si elle n’habitait qu’une seule maison; elle croit dans ces vérités, comme si elle n’avait qu’une seule âme et un même cœur; elle proclame, enseigne et transmet en plein accord ces vérités, comme si elle n’avait qu’une seule bouche. Les langues du monde sont différentes, mais la force de la tradition est unique et la même: les Eglises fondées dans les Germanies n’ont pas reçu ni ne transmettent de foi différente, pas plus que celles fondées dans les Espagnes, ou encore parmi les Celtes ou dans les régions orientales, ou en Egypte ou en Libye ou dans le centre du monde » (1, 10, 1-2). Cela reste très valable aujourd’hui : la foi et la morale qui lui est connexe ne peuvent être que les mêmes aussi bien en Allemagne et dans l’île de Malte qu’en Pologne et en Pologne en Espagne et aux USA.

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