Prêts à n’importe quel genre de mort…

17 juin 2017 : Saint Modeste et André (Fr. Joseph)

La persécution menée par les Boxers

En 1900, de violents troubles éclatent en Chine sous l’impulsion de l’impératrice-régente Ts’eu-hi, intrigante et rétrograde, persuadée qu’en dehors de la Chine le monde n’est peuplé que de sauvages. Le jeune empereur Kuang-Hsu, comprenant la situation, fomente un complot contre la régente, mais il est dénoncé et séquestré jusqu’à la fin de ses jours.

L’impératrice se livre à des surenchères de xénophobie, encourageant les bandes de Boxers chinois, membres d’une secte fanatique aidés par l’armée régulière, qui massacrent des milliers d’étrangers et près de 30 000 chrétiens.

Si l’on regarde la carte des missions catholiques de l’époque en Chine, on voit que le Chine a été confiée par régions à différents ordres religieux. Même s’il y a déjà des prêtres séculiers autochtones, l’essentiel du travail missionnaire reste à la charge des religieux.

Saint Modeste Andlauer (jésuite)

Modeste Andlauer est alsacien, né en 1847 à Rosheim au pied de la Montagne Sainte-Odile. Après 4 ans de grand séminaire, il entre chez les Jésuites. Ordonné prêtre, il enseigne dans les collèges d’Amiens, de Lille puis de Brest.

Il part en Chine en 1881, c’est un homme timide, humble jusque dans son courage pourtant inébranlable. Partisan dans l’apostolat des méthodes éprouvées et traditionnelles, il a le culte du travail bien fait, de ces petites occupations que ne guette aucune gloire.

Atteint de violents accès de fièvre, il redoute les médecins chinois. Il écrit : « Ils pratiquent volontiers l’acupuncture, qui consiste à enfoncer des aiguilles dans les parties malades du corps. Un médecin malhabile peut vous piquer à mort. Bien que, comme apôtres, nous devions désirer mourir martyrs, j’avoue que ce genre de martyre m’eût semblé bien dur. » De fait le Bon Dieu lui épargna l’acupuncture… Modeste sut pourtant, le soir du 19 juin 1900, « être prêt à n’importe quel genre de mort« .

Non loin de lui œuvre également un autre jésuite, le Père Rémy Isoré. C’est la persécution des Boxers. Devant le danger, les deux missionnaires se rencontrent pour discuter de la situation. Mais les Boxers sont là et les deux prêtres savent que leur fin est proche : ils passent la nuit en prière. Ils s’enferment dans la petite chapelle de leur communauté pour y faire leurs dernières prières, agenouillés au pied de l’autel. Les Boxers ayant défoncé le portail se précipitent sur eux et les transpercent de leurs lances, tandis que leur sang jaillit sur l’autel. C’était le 19 juin 1900.

Le lendemain, leurs têtes sont suspendues sur les portes des remparts de la petite localité, pour indiquer aux chrétiens le sort qui les attend s’ils ne retournent à leur religion ancestrale. Les chrétiens sont réunis sur la place publique. Les Boxers disent: « Si vous allez à droite, c’est que vous êtes chrétiens. Si vous allez à gauche, vous serez sauvés. » Une trentaine de Chinois choisirent d’aller à droite, partageant le sort réservé aux martyrs.

Un mois plus tard, le 20 juillet 1900, d’autres jésuites sont massacrés ainsi que 52 martyrs chinois (âgés de 9 à 79 ans) béatifiés, et plusieurs milliers d’autres croyants.

Saint André Bauer (franciscain)

André Bauer est franciscain. En 1898, le père François Fogolla, franciscain de la province de Bologne et missionnaire dans le Shanxi, effectue une longue tournée en Europe en compagnie de séminaristes chinois. A Paris, il apprend qu’il est nommé coadjuteur du vicaire apostolique du Shanxi, et il est consacré évêque le 24 août 1898. C’est alors que le jeune cuisinier du couvent parisien, André Bauer, un frère non-prêtre originaire de Guebwiller, demande à repartir avec lui. Mgr Fogolla a également rencontré Marie de la Passion, la fondatrice des Franciscaines Missionnaires de Marie, et, du coup, 7 sœurs (3 françaises, 2 italiennes, une belge et une hollandaise) se lancent dans l’aventure missionnaire. On embarque à Marseille, le 12 mars 1899.

Mais le groupe des Boxers menace directement la vie des missionnaires. André Bauer écrit : « Nous sommes entourés de rebelles, deux fois déjà, nous avons été menacés par des affiches qui portaient cette inscription : “Mort aux européens, mort aux chrétiens”. Quant à moi, je mets ma confiance en Dieu. Si dans sa miséricorde, il voulait m’accorder la grâce de mourir martyr, je désirerais que ce fût sur la croix, comme Jésus et saint André. Mais je n’en suis pas digne. Je veux, du moins, travailler à ma perfection et devenir un saint, un grand saint. » Le Seigneur l’exauce car au soir du 9 juillet 1900, le gouverneur de la région, favorable aux Boxers, fait exécuter trois franciscains italiens (dont deux évêques), deux français (dont André Bauer), les sept franciscaines, cinq séminaristes chinois tertiaires, ainsi que neuf serviteurs et familiers de la mission de Taiyan-Foo, tertiaires également. C’est la Famille franciscaine, dans ses divers états de vie et ses différentes nationalités, qui recueille la palme du martyre.

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