Saint Ephrem, « lyre de l’Esprit-Saint »

9 juin 2017 : St Ephrem le syrien (Fr Michel)

– C’est aujourd’hui saint Éphrem le Syrien qui retient notre attention. Il est le représentant le plus emblématique du christianisme de langue syriaque. Né en 306, il se forma avec son évêque et devint diacre dans l’Église de Nisibe, vivant la virginité et la pauvreté. En raison de l’occupation perse, il quitte sa ville, en 363, pour se réfugier à Édesse, aujourd’hui en Turquie.

– Il associa une vocation de théologien à l’art poétique. Son talent, qui fait de lui le poète le plus renommé de l’époque patristique, lui permit d’approfondir la réflexion théologique à travers l’usage de paradoxes, d’images et de symboles, souvent empruntés à l’Écriture.

– Ses hymnes écrites pour le chant liturgique méditent les mystères de la vie du Christ ; elles ont en même temps une forte valeur catéchétique, qui favorise, dans le peuple, l’intériorisation de la foi de l’Église.

– Honoré par la tradition chrétienne du titre de « lyre de l’Esprit Saint », Éphrem est une belle figure de serviteur. Il resta diacre toute sa vie, remplissant son ministère liturgique, manifestant l’amour du Christ, qu’il a chanté de façon inégalable, et se dépensant dans la charité envers ses frères, à qui il a permis de mieux connaître le contenu de la Révélation. Il mourut en 373, ayant contracté la lèpre auprès des malades dont il prenait soin.

Saint Ephrem nous a laissé un grand héritage théologique. Si nous voulons aborder sa doctrine, nous devons insister dès le début sur ceci : sur le fait qu’il fait de la théologie sous une forme poétique. La poésie lui permet d’approfondir la réflexion théologique. Il privilégie largement les images contrastantes, car elles lui servent à souligner le mystère de Dieu.

Citons quelques passages en espérant qu’ils puissent nourrir votre prière. Tout d’abord, sur la nativité du Christ. Devant la Vierge, qu’il a magnifiquement louée, Ephrem manifeste son émerveillement avec un ton inspiré :

« Le Seigneur vint en elle pour se faire serviteur.

Le Verbe vint en elle pour se taire dans son sein.

La foudre vint en elle pour ne faire aucun bruit.

Le pasteur vint en elle et voici l’Agneau né, qui pleure sans bruit.

Car le sein de Marie a renversé les rôles :

Celui qui créa toutes choses est entré en possession de celles-ci, mais pauvre.

Le Très-Haut vint en Elle (Marie), mais il y entra humble.

La splendeur vint en elle, mais revêtue de vêtements humbles.

Celui qui dispense toutes choses connut la faim.

Celui qui étanche la soif de chacun connut la soif.

Nu et dépouillé il naquit d’elle, lui qui revêt (de beauté) toutes choses» (Hymne De Nativitate 11, 6-8)

Ensuite sur le lien entre Adam (au paradis) et le Christ (dans l’Eucharistie) :

« Ce fut en fermant avec l’épée du chérubin, que fut fermé le chemin de l’arbre de la vie.

Mais pour les peuples, le Seigneur de cet arbre s’est donné comme nourriture lui-même dans l’oblation (eucharistique).

Les arbres de l’Eden furent donnés comme nourriture au premier Adam.

Pour nous, le jardinier du Jardin en personne s’est fait nourriture pour nos âmes.

En effet, nous étions tous sortis du Paradis avec Adam, qui le laissa derrière lui.

A présent que l’épée a été ôtée là-bas (sur la croix) par la lance nous pouvons y retourner » (Hymne 49, 9-11)

Enfin, pour parler de l’Eucharistie, Ephrem se sert de deux images : la braise ou le charbon ardent, et la perle.

Le thème de la braise est tiré du prophète Isaïe (cf. 6, 6). C’est l’image du séraphin, qui prend la braise avec les pinces, et effleure simplement les lèvres du prophète pour les purifier ; le chrétien, en revanche, touche et consume la Braise, qui est le Christ lui-même :

« Dans ton pain se cache l’Esprit qui ne peut être consommé ;

dans ton vin se trouve le feu qui ne peut être bu.

L’Esprit dans ton pain, le feu dans ton vin : voilà une merveille accueillie par nos lèvres.

Le séraphin ne pouvait pas approcher ses doigts de la braise, qui ne fut approchée que de la bouche d’Isaïe ;

les doigts ne l’ont pas prise, les lèvres ne l’ont pas avalée ; mais à nous, le Seigneur a permis de faire les deux choses.

Le feu descendit avec colère pour détruire les pécheurs, mais le feu de la grâce descend sur le pain et y reste.

Au lieu du feu qui détruisit l’homme, nous avons mangé le feu dans le pain et nous avons été vivifiés ».

(Hymne De Fide 10, 8-10).

Rendons grâce pour notre foi, nourrie de tant de dons que l’Esprit Saint a suscités dans l’Histoire de l’Eglise et qui nous permet de célébrer le Christ dans une unique et indivisible Tradition. Ayons une pensée pour nos frères de Syrie et des pays alentour qui souffrent des persécutions. Que leur foi reste vive et puisse convertir ceux qui n’ont pas encore été « saisis par le Christ » et l’amour de son Sacré-Cœur.

sources : audience de Benoît XVI du 28 novembre 2007

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