Voilà les trésors de l’Eglise !

10 août 2017 : Saint Laurent (Fr. Clément-Marie)

Saint Laurent est né vers 220 en Espagne. Ses parents, sont des chrétiens convaincus, qui l’envoient à Saragosse pour y suivre des études de théologie. Là, il fait la connaissance du futur pape Sixte II qui, venu d’Athènes, enseignait dans ce prestigieux centre d’études religieuses. En 357, à l’élection de ce dernier au pontificat, il le suit à Rome où il sera ordonné diacre. Il est chargé en particulier de gérer les biens de l’Eglise de Rome.

L’Empereur Valérien interdit en 257 aux chrétiens de pratiquer leur culte. En 258, la persécution se durcit et le pape Sixte II est surpris le 6 août de la même année à participer à une réunion de chrétiens. Le lendemain, il est jugé et décapité avec quatre diacres. Laurent, désireux de subir le martyre avec Saint Sixte le suit en pleurant, lui disant : « Où allez-vous mon Père sans votre fils ? Où allez-vous Saint Pontife sans votre diacre ? ». Le pape le rassure, lui annonçant sa mort dans trois jours et dans des épreuves bien plus pénibles qu’une simple décapitation. Laurent avait été épargné, dans un premier temps, parce qu’il était le gérant des biens de l’Église de Rome. Le Préfet de Rome espérait donc pouvoir se faire livrer les trésors de l’Église. Lorsqu’il somme Laurent de lui apporter tout ce qui est en sa possession, celui-ci demande un peu de temps : « Notre Église est riche et l’empereur n’a point de trésors aussi précieux qu’elle ; je vous en ferai voir une bonne partie, donnez-moi seulement un peu de temps pour tout disposer. » Il revient alors avec les pauvres, les infirmes, les boiteux, les aveugles et les orphelins de l’Église de Rome, et annonce : « Voilà les trésors de l’Église, que je vous avais promis. J’y ajoute les perles et les pierres précieuses, ces vierges et ces veuves consacrées à Dieu ; l’Église n’a point d’autres richesses. » Cette présentation n’est pas tout à fait du goût du préfet qui, furieux, le condamne à être brûlé vif sur le gril. Saint Laurent a encore le sens de l’humour et un courage extraordinaire : « C’est bien grillé de ce côté, tu peux retourner » dira-t-il au bourreau. Il fut l’un des martyrs les plus célèbres de la chrétienté, ce qui explique son rang de fête dans la liturgie. Au Moyen Age, avec saint Pierre et saint Paul, il était le patron de la Ville éternelle où 34 églises s’élevaient en son honneur. 84 communes françaises portent son nom.

Que peut nous dire ce saint aujourd’hui ? Il nous invite à réfléchir sur la vertu de pauvreté, qui est, comme il l’a puissamment montré, une richesse. Elle n’est pas la pauvreté au sens marxiste, qui se mesure à l’aune du compte en banque… Le Cardinal Sarah, dans son livre  Dieu ou rien, écrivait : « Oui, la pauvreté est une valeur chrétienne. Le pauvre est celui qui sait que, par lui-même, il ne peut pas vivre. Il a besoin de Dieu et des autres pour être, s’épanouir et grandir. A contrario, les riches n’attendent rien de personne. Ils peuvent subvenir à leurs besoins sans faire appel ni à leurs prochains, ni à Dieu. En ce sens, la richesse peut conduire à une grande tristesse et à une vraie solitude humaine, ou à une misère spirituelle effroyable. »[1]

Ce qui fait la richesse de l’Église, ce sont les vertus de ses enfants. Saint Laurent a conduit au Préfet de Rome des infirmes, des orphelins, mais aussi les vierges… des chrétiens désireux de mettre toute leur confiance en Dieu, leur seul bien. Dieu seul suffit.

Dans notre retraite sur la sainteté, le geste de saint Laurent est très éloquent. Notre richesse, c’est notre foi, à condition toutefois qu’elle se traduise dans les actes. « Dieu aime qui donne joyeusement… »

Saint Paul dit également, dans la seconde lettre aux Corinthiens que Jésus Christ, « notre Seigneur, de riche qu’il était s’est fait pauvre pour vous enrichir de sa pauvreté » (2 Co 8, 9). C’est le don de nous-mêmes, dans les actes, qui en nous vidant de nous-mêmes, nous permet de nous remplir de Dieu. Voilà pourquoi en devenant pauvres, c’est-à-dire libres par rapport aux biens matériels, libres par rapport à nous-mêmes et au monde, nous devenons riches de Dieu.

Demandons à Saint Laurent de nous aider dans ce vrai dépouillement. Que Dieu nous accorde, à sa suite, comme le demande l’oraison, « d’aimer ce qu’il a aimé et d’accomplir ce qu’il a enseigné. »

[1] Cardinal Robert SARAH, avec Nicolas DIAT, Dieu ou rien ; Entretien sur la foi, Fayard, 2015, pages 200-202

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