Juxta Crucem…

15 septembre 2017 – Notre Dame des Douleurs (Fr. Clément-Marie)

 

Deux évangiles sont proposés pour cette mémoire de Notre Dame des Douleurs. Deux évangiles qui se rejoignent, et qui n’en font qu’un : la prophétie de Syméon annonçant le glaive de douleur, et la Vierge Marie auprès de la Croix de son Fils. L’évangile, repris par la séquence que nous avons méditée, nous dit que la Vierge Marie se tenait « Près de la Croix – juxta Crucem ». Le terme latin juxta exprime une proximité très grande. Par là, saint Jean ne nous donne pas seulement une indication historique ou géographique. Mais il nous décrit l’attitude spirituelle profonde de la Vierge Marie. Son âme est « tout près de la Croix – juxta Crucem ». Cela signifie qu’elle a accueilli la Croix. Qu’elle l’a embrassée, elle aussi. Qu’elle dit oui à la Croix de son Fils et oui à la Croix pour elle-même. Qu’elle accepte cette collaboration à la Rédemption, qui, selon le concile, est en elle « absolument sans pareille ».[1] Elle est, selon une expression du Cardinal Ratzinger, « en quelque sorte co-crucifiée ».[2] Elle a ainsi, d’une manière unique, complété en sa chair ce qui manquait aux souffrances du Christ (cf. Col 1, 24). Bien qu’elle soit la Mère, elle a pourtant exercé, à la suite de son Fils, l’obéissance. Et ainsi conduite à la perfection, elle est devenue notre mère dans l’ordre de la grâce.

Pourquoi se tient-elle si près de la Croix ? Parce que la Croix est la source de toute fécondité, donc aussi de toute gloire. C’est pourquoi nous avons célébré hier la fête de la Croix glorieuse.

Aujourd’hui, nous contemplons avec respect la souffrance de la Vierge Marie. Mais pas tout à fait comme le samedi saint. De même que le vendredi saint et la fête de la Croix glorieuse insistent sur des dimensions complémentaires du même mystère, ainsi aujourd’hui, nous contemplons l’immense fécondité de la souffrance de la Vierge Marie, unie à celle de son Fils. La Vierge Marie au pied de la Croix est « le prototype toujours actuel de ce qu’est l’Église, elle est devenue son image vivante. La place de l’Église est auprès de la Croix de Jésus-Christ : dans la communion avec lui, dans la communion de la Croix ; la fécondité ne peut naître que de là. »[3]

Ainsi, l’attitude de la Vierge Marie qui se tient debout au plus près de la Croix doit être celle de l’Église. Elle vit des périodes de souffrance, mais cette souffrance portera du fruit et sera source de fécondité, si elle est vécue tout près de la Croix de Jésus, unie à sa souffrance rédemptrice.

Enfin, cette mémoire de Notre Dame des Douleurs nous fait contempler la compassion de la Vierge Marie. Elle compatit à la souffrance de son Fils. Elle compatit aussi à la souffrance des enfants que son Fils lui a confiés sur la Croix. Au Puy du Fou, est représentée une Pietà, sur le modèle de celle de Michel-Ange, où la Vierge Marie tient dans ses bras un soldat de la première guerre mondiale, mort. C’est une représentation assez saisissante et très touchante, qui montre combien la compassion de la Vierge Marie traverse les siècles et rejoint dans l’aujourd’hui de leur souffrance tous ceux qui vivent la Croix. La Vierge Marie porte dans ses bras et sur ses genoux les souffrances d’aujourd’hui, de chacun de ses enfants à chaque époque, avec son cœur de Mère. Donc les nôtres aussi.

Confions-lui toutes les souffrances de notre monde et de notre Église. Demandons-lui la grâce de nous tenir comme elle tout près de la Croix de Jésus, dans la confiance en son infinie fécondité. La Vierge Marie nous montre ainsi le chemin pour comprendre avec notre cœur combien la Croix est précieuse. Que Notre Dame des Douleurs nous aide à méditer cette conviction de Mère Marie-Augusta et du Père : « La Croix, c’est l’amour. L’amour, c’est la Croix. La Croix, l’amour, c’est la vie éternelle. »

[1] Lumen Gentium, nº 61

[2] Joseph RATZINGER, Enseigner et apprendre l’amour de Dieu ; le sacerdoce, 2016 Parole et Silence, page 103

[3] Joseph RATZINGER, Enseigner et apprendre l’amour de Dieu ; le sacerdoce, 2016 Parole et Silence, page 103

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