La mission est féconde quand elle est une émanation de la vie intérieure

Vendredi 1er septembre 2017 : Saint Gilles (Fr. Joseph)

D’origine grecque, Gilles (✝ 720) vécut en ermite dans les forêts près de Nîmes dans le Gard où il fonda une abbaye qui prit son nom : Saint Gilles du Gard. Son culte est florissant au Moyen-âge. Une légende qui n’est certainement pas totalement exacte rapporte certains éléments. Nous la suivons pour en retirer des fruits.

La légende de saint Gilles

Depuis trois ans qu’il était au désert, ne faisant qu’adorer Dieu, Gilles n’avait pas vu un homme. Il ne mangeait que peu ou pas et sa santé défaillait.

Or, un jour qu’il était dans sa cabane de feuillages, priant selon 1’ordinaire, il entendit du bruit dans les fourrés et il vit devant lui paraître une biche sauvage qui, sans crainte, s’avançait vers lui. Elle était étrangement belle, beige clair. Ses pis étaient pleins de lait. Elle entra dans la cabane et se coucha aux pieds de l’ermite. Et Gilles comprit que Dieu la lui envoyait et il prit son lait. Depuis la biche vint chaque jour soutenir l’ermite dans sa retraite en le nourrissant de son lait. Et cela dura de longs mois, peut-être des années.

Or, en ce temps-là, le maître du pays était Flovent, duc de Provence et de Gascogne, prince puissant. C’était un homme fort courtois, honnête chrétien et bon chevalier qui avait une passion : la chasse, et son équipage était des plus beaux, avec ses éperviers, ses vautours, ses gerfauts, et les chiens de sa meute.

Or le duc Flovent était à Montpellier, quand pour distraire ses vassaux, il les invita tous à une grande chasse. On partit avec deux meutes : l’une prit deux cerfs et l’autre quatre. Mais c’était une biche que voulait le duc Flovent. Sa colère commençait à monter quand le veneur, celui qui dirige les chiens, signala la plus belle, la plus élégante des biches jamais vue. Tout l’équipage s’élança après elle. Mais plus de biche. Le veneur est bien confondu et le duc se moque de lui. Mais le veneur jure que le lendemain il rapportera la bête. Or le lendemain la même scène se reproduit : on aperçut la bête qui brusquement disparut. Cependant, le 3ème jour, on vit la biche qui broutait paisiblement dans un pré dégagé et tous les chiens partirent après elle. La biche bondit, traversant les lieux les plus escarpés et, comme elle disparait dans un fourré, un chasseur la tira d’une flèche. L’endroit était bien difficile d’accès, le chasseur ayant écouté, comprit que la biche n’était pas allée plus loin. Il se hâta vers le duc pour le prévenir de sa prise.

Flovent et sa suite s’approchèrent non sans peine de l’endroit, ils découvrirent une cabane de feuillages. Et là, ils trouvèrent un homme exsangue, qui avait encore un grand trait d’arc planté dans la poitrine et qui les regardait doucement. A ses pieds était étendue la biche.

Aussitôt, s’agenouillant, Flovent s’écria : « Saint ermite Gilles, homme de Dieu, nous ne te voulions aucun mal ! » L’ermite lui répondit : « Crois-tu donc que, sur la terre, tu n’aies qu’à pourchasser les bêtes et à leur donner la mort ? Seigneur duc, je te le demande, ne viens plus chasser par ici, ni poursuivre celle qui me nourrit ! »

A ces mots, Flovent fit retour sur lui-même. En entendant le nom de Dieu prononcé par les lèvres d’un saint, il se mit à pleurer. N’était-il pas vrai qu’il ne pensait guère au Seigneur, tout occupé à chasser les bêtes ? Et, ayant fait soigner l’ermite, il s’en retourna tout pensif.

Mais il revint souvent. Le soir, en secret, tout seul. Chaque fois il apportait quelque présent, que Gilles, doucement, l’obligeait à reprendre. Flovent finit par demander à saint Gilles : « Que devrai-je faire pour que Dieu accepte une offrande ? » Il lui répondit : « Avec tes bijoux et ton or, fais construire une abbaye afin qu’un peuple de moines y prie nuit et jour pour toi, tes sujets et la paix de la chrétienté ! » Flovent lui rétorqua : « J’accepte, à une condition, que tu sois abbé de ce couvent. »

Le pauvre ermite Gilles fut bien surpris et il eut bien du mal à se décider. Le souci d’innombrables âmes, comme le porte un Père Abbé, lui paraissait si lourd ! Mais tandis qu’il hésitait encore, voici que sa biche qui était près de lui, se leva et, à pas lents elle s’en alla. A trois reprises le saint 1’appela, mais elle ne tourna même pas la tête. Il comprit alors que le temps de la solitude était pour lui achevé et il accepta l’offre du duc Flovent. C’est ainsi que sortit de terre une abbaye que, sur le moment, on nomma Saint-Pierre, mais qu’aujourd’hui nous appelons Saint-Gilles.

Réflexions

Saint Gilles est un témoin de la primauté de la vie intérieure. Il est aussi un témoin de la vie intérieure authentique qui conduit à se donner à la mission pour l’éducation des cœurs et le salut des âmes.

Saint Gilles est aussi un témoin de la façon dont un saint exerce la mission. Sans éclat, sans fard, le seul fait de prononcer le Nom de Dieu a touché le duc Flovent. La mission est féconde quand elle est une émanation de la vie intérieure.

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