Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus…

Dimanche 1er octobre 2017– 26ème dimanche TO (Fr. Clément-Marie)

« Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume des cieux ! » Voilà une phrase de Jésus qui a de quoi nous surprendre. Qu’est-ce que cela signifie ? Faut-il en conclure que le péché est le lieu de notre rencontre avec Dieu ? Faut-il en conclure que l’Église est une Église de pécheurs, et que le Royaume des cieux sera lui aussi un royaume de pécheurs ? Non, sinon nous serions protestants. Et c’est une grave erreur de Luther que d’avoir fait croire que nous pouvons être justes tout en vivant consciemment dans le péchésimul justus et peccator. Pourtant cette parole de Jésus est très belle. Mais encore nous faut-il la lire jusqu’au bout : « Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. Tandis que vous, après avoir vu cela, vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à sa parole. » Mais que disait alors Jean-Baptiste ? Voici ce qu’il disait aux foules : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc des fruits de conversion. (…) Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu » (Lc 3, 7. 9 ; cf. aussi Mt 3, 2-12). Ainsi donc, ces paroles de Jésus, lues jusqu’au bout, insistent sur la nécessité de la conversion. Sans quoi nous n’entrerons pas dans le Royaume des cieux.

Si les publicains et les prostituées nous précèdent dans le Royaume des cieux, c’est donc dans la mesure où ils se sont convertis… Et cela, alors, nous remplit de joie ! « Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion » (Lc 15, 7). Oui, combien nous partageons cette joie de Dieu. Nous ne sommes pas jaloux que les ouvriers de la dernière heure reçoivent autant que les ouvriers de la première heure – ou même plus. Au contraire. Quelle joie que la conversion de sainte Marie-Magdeleine, de saint Augustin, de Charles de Foucauld ! Quelle joie que la conversion du bon larron,  de l’assassin de Maria Goretti, ou de Jacques Fesh dans sa prison… Oui, nous partageons cette joie de Dieu, qui est immense pour un pécheur qui se convertit. Lisons bien, cependant : pour un pécheur qui se convertit. Pas pour un pécheur qui reste pécheur. C’est-à-dire pour un pécheur qui abandonne son péché, et vit désormais selon la Loi de Dieu. Car là est bien la condition pour entrer dans le royaume, que nous soyons arrivés à la première heure ou à la onzième : faire la volonté du Père en travaillant à sa vigne. Jésus le dit aujourd’hui dans cette belle parabole. C’était déjà la conclusion du sermon sur la montagne : « Ce n’est pas en me disant : « Seigneur, Seigneur ! » qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux » (Mt 7, 21).

Ainsi, dire que personne ne peut être condamné pour toujours est une grave erreur. L’évangile, nous dit le contraire. Jésus nous présente à de nombreuses reprises la porte du Royaume qui se ferme pour ceux qui n’accomplissent pas la volonté de Dieu (cf. par exemple Lc 13, 24-28). Les apôtres eux aussi transmettront cet enseignement exigeant du Fils de Dieu. On ne peut pas parler d’une porte du Royaume qui serait ouverte toujours et pour tous. Ce faisant, on tromperait les âmes en les laissant s’installer dans le péché. Et l’on porterait ainsi la responsabilité de la perte éternelle d’âmes. L’évangile ne connaît pas l’idée de la porte toujours ouverte, même pour ceux qui ne se convertissent pas ! Au contraire, Jésus nous parle à la fois de la joie de la conversion et de la responsabilité qui est la nôtre pour mettre en œuvre cette conversion : il faut faire la volonté du Père. Et pour cela, le conseil de saint Paul en ce dimanche est le cœur de toute la vie chrétienne : « Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus… » Lui a été pleinement fils, en accomplissant cette volonté du Père. Non seulement il nous montre le chemin, mais il nous donne sa grâce pour le suivre sur ce chemin. Regardons Jésus, et suivons-le.

C’est cette voie toute simple de l’Évangile qu’a mise en œuvre sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, que nous fêtons en ce jour. Dans les dernières lignes qu’elle écrivit, quelques semaines avant sa mort, elle disait : « Je n’ai qu’à jeter les yeux dans le saint évangile, aussitôt je respire les parfums de la vie de Jésus et je sais de quel côté courir… » Nous commémorons également la vénérable Délia, fondatrice des Sœurs Missionnaires de l’Immaculée Conception, morte le 1er octobre 1941. Elle aussi avait compris que l’unique but de la vie est l’imitation de Jésus par la poursuite de la sainteté : « Courage ! Confiance ! Allons de l’avant, mieux que jamais, dans l’unique nécessaire : le grand travail de notre sanctification ! »

Nous commençons aujourd’hui le mois du rosaire, durant lequel nous vivrons le centième anniversaire du 13 octobre 1917, dernière apparition de la Vierge Marie à Fatima. Cette prière du rosaire n’a d’autre but que de nous faire contempler Jésus pour l’imiter, avec l’aide de la Vierge Marie. Que Notre Dame du rosaire nous aide à avoir en nous ces dispositions qui sont dans le Christ Jésus, et à demander à Notre-Seigneur avec le psaume de ce jour : « Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve. »

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