Les chartreux : témoins de l’absolu

Vendredi 6 octobre 2017 : Saint Bruno (Fr. Joseph)

Un appel intérieur exigeant

Bruno naît à Cologne entre 1030 et 1035, dans une famille noble. Il commence ses études dans sa ville natale, à la collégiale de Saint-Cunibert, et fait ensuite des études de philosophie et de théologie à Reims et, peut-être aussi à Paris.

Des dons intellectuels évidents

Membre du chapitre cathédral de Reims, il devient, en 1056, « écolâtre », c’est-à-dire directeur des études, poste qu’il conservera pendant une vingtaine d’années. Ses dons intellectuels et sa qualité spirituelle exercent une influence profonde. Un de ses étudiants deviendra même le pape Urbain II.

Mais l’Eglise de Reims connaît quelques turbulences. L’évêque, Manassès de Gournay, est suspecté d’avoir trafiqué son élection et de faire main basse sur certains biens ecclésiastiques. L’évêque qui n’ignorait pas l’opposition de Bruno, tente d’abord de se le concilier, et le désigne même comme chancelier du Chapitre. Cependant Bruno, résiste à l’évêque cupide, qui est finalement chassé de son siège.

L’appel du désert

Beaucoup pensent alors à Bruno pour lui succéder. Mais il refuse, car il est travaillé par un appel intérieur. Il veut poursuivre dans la solitude sa recherche spirituelle, loin des bruits du monde.

Sa détermination est renforcée par un événement rapporté par les historiens chartreux. Un des docteurs de l’université de Paris, le chanoine Raymond Diocrès, renommé pour sa science et pour son apparente rectitude de vie, vient à mourir. Or durant les funérailles, il se lève trois fois de son cercueil et se dit condamné par le juste jugement de Dieu.

Ainsi, au début des années 1080, Bruno se décide pour une vie de solitude et de pauvreté. Deux amis adhèrent à son projet et ils s’installent dans les environs de Troyes, en un lieu appelé Sèche-Fontaine, non loin de l’abbaye de Molesmes, dirigée par saint Robert que Bruno admire beaucoup.

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Mais ce n’était pas encore, si près de l’abbaye, la vraie vie érémitique. Sur le conseil de Robert de Molesme, Bruno se rend, avec six compagnons auprès du saint évêque Hugues de Grenoble qui les accueille avec bienveillance. Ce dernier avait eu un songe où « Dieu construisait une demeure pour sa gloire et sept étoiles montraient le chemin ». L’évêque conduit alors le petit groupe en plein massif de la Chartreuse.

Une vie austère

Les ermites s’installent au fond d’une vallée étroite, entourée de montagnes impressionnantes. L’hiver est long, la terre aride, la solitude garantie. Les moines vont construire de petites cabanes individuelles en bois et une chapelle en pierre pour cette nouvelle forme de vie érémitique. Seuls les offices de matines et vêpres et les messes des dimanches et fêtes les réunissent à l’église, le reste du temps est consacré à la prière personnelle, à la lecture et à la copie de manuscrits. Les frères convers, chargés des tâches matérielles, vivent en contrebas des ermitages des moines.

Le départ

Mais Bruno est bientôt arraché de ce qui était l’idéal de sa vie, car en 1090, l’un de ses anciens élèves est devenu le pape Urbain II, et celui-ci l’appelle à Rome comme conseiller. Ce départ faillit marquer la fin de la chartreuse, mais les compagnons de Bruno se ressaisissent bientôt et continuent leur vie érémitique sous la houlette d’un prieur, Landuin.

« Tout est achevé »

Par la suite, le pape Urbain désire confier à Bruno l’archevêché de Reggio en Calabre, mais c’est la solitude que désire Bruno. Voilà que le comte Roger de Sicile lui offre un terrain boisé au lieu dit La Torre. Urbain II autorise alors Bruno à s’y installer pour continuer la vie ascétique inaugurée en Chartreuse. Il fonde un autre monastère à San Stefano in Bosco et c’est là qu’après avoir fait devant les frères sa confession générale, il rend son âme à Dieu, le 6 octobre 1101. Deux mois avant, il avait reçu du pape Pascal II la confirmation de l’autonomie de ses ermites : l’œuvre que Dieu lui demandait de faire était achevée.

Un don pour l’Eglise

On peut relever la sagesse de saint Bruno qui a su apporter le soutien de la vie fraternelle à l’austérité de l’érémitisme. Saint Bruno avait un charisme personnel : il savait unir une soif intense de la rencontre de Dieu dans la solitude, avec une capacité exceptionnelle de se faire des amis, et de faire naître parmi eux un courant d’intense affection. Ce don, qui doit être l’héritage de chartreux, est aussi un don pour l’Eglise.

Les Chartreux sont des témoins de l’absolu. Leur témoignage est spécialement utile aux hommes d’aujourd’hui, souvent profondément troublés par le tourbillon des idées et l’instabilité qui caractérisent la culture moderne. Pour l’Eglise elle-même, en tant qu’elle est absorbée dans les difficultés du labeur apostolique, les solitaires sont un appel à s’appuyer sur l’Amour indéfectible de Dieu.

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