Ne soyez qu’un, une seule supplique, un seul esprit, une seule espérance dans l’amour

17 octobre 2017 : Saint Ignace d’Antioche (Fr. Jean Régis)

 

En Saint Ignace d’Antioche, nous vénérons une grande personnalité de l’Eglise naissante : patriarche d’Antioche, martyr et Docteur de l’Église. Il est né vers 25 et mort vers 107. L’Évangile que propose la liturgie pour cette mémoire est celui du grain de blé, sans doute en référence au martyre d’Ignace et de ce qu’il a écrit en marchant vers le supplice : « Je vais à la mort avec joie. Laissez-moi servir de pâture aux lions et aux ours. Je suis le froment de Dieu. » Cependant, nous avons fait le choix de prendre un autre évangile. Après la Transfiguration, Jésus est à Capharnaüm avec ses disciples qui lui demandent qui est le plus grand dans le Royaume des cieux. Jésus place un enfant au milieu d’eux, le bénit et leur dit : « Si vous ne devenez pas comme cet enfant, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux ». Selon la Tradition (les visions d’Anne-Catherine Emmerich l’atteste également) cet enfant n’est autre qu’Ignace qui a dû en être profondément marqué : il gardera toujours cet esprit d’enfance. Devenu disciple de saint Jean, il deviendra le troisième évêque d’Antioche, après saint Pierre et Evodius. L’empereur romain passant par Antioche, Ignace est accusé de susciter des troubles, et il est condamné à mourir à Rome. Le voyage durera plusieurs mois, et Ignace, traversant de nombreuses Eglises d’Asie Mineure, leur adressera des lettres. « En accomplissant son voyage à travers l’Asie, nous dit Eusèbe de Césarée, sous la surveillance sévère des gardes, dans toutes les villes où il s’arrêtait, à travers des prédications et des avertissements, Ignace renforçait les Eglises. Surtout, il exhortait, avec la plus grande vigueur, à se garder des hérésies, qui commençaient alors à se multiplier, et recommandait de ne pas se détacher de la tradition apostolique : « Fuyez les plantes parasites et vénéneuses de l’hérésie, elles produisent un fruit mortel… mais soyez comme des rameaux de l’arbre de la croix… C’est par cette croix que le Christ dans sa Passion vous appelle, vous qui êtes ses membres. La tête ne peut être engendrée sans les membres, et Dieu nous promet cette union, lui qui est lui-même union ». » Ces lettres qui nous sont parvenues de l’Eglise du premier siècle sont un trésor précieux. En lisant ces textes, on sent la fraîcheur de la foi de la génération qui avait encore connu les Apôtres et on perçoit également dans ces lettres l’amour ardent d’un saint. Benoit XVI soulignait dans la catéchèse qu’il lui consacra : « Aucun Père de l’Eglise n’a exprimé avec autant d’intensité qu’Ignace l’ardent désir d’union avec le Christ et de vie en Lui. Ignace supplie les chrétiens de Rome de ne pas empêcher son martyre, car il est impatient d’être « uni au Christ ». Et il explique : « Il est beau pour moi de mourir en allant vers Jésus Christ, plutôt que de régner jusqu’aux confins de la terre. Je le cherche lui, qui est mort pour moi, je le veux lui, qui est ressuscité pour moi… Laissez-moi imiter la Passion de mon Dieu ! » On peut saisir dans ces expressions ardentes d’amour le « réalisme » christologique prononcé, typique de l’Eglise d’Antioche, plus que jamais attentive à l’incarnation du Fils de Dieu et à son humanité véritable et concrète. L’irrésistible aspiration d’Ignace vers l’union au Christ donne naissance à une véritable « mystique de l’unité ». Pour Ignace, l’unité est avant tout une prérogative de Dieu qui, existant dans trois personnes, est Un dans l’unité absolue. Il répète souvent que Dieu est unité, et que ce n’est qu’en Dieu que celle-ci se trouve à l’état pur et originel. L’unité à réaliser sur cette terre de la part des chrétiens n’est qu’une imitation, la plus conforme possible à l’archétype divin. D’une manière générale, on peut percevoir dans les Lettres d’Ignace une sorte de dialectique constante et féconde entre les deux aspects caractéristiques de la vie chrétienne : d’une part, la structure hiérarchique de la communauté ecclésiale, et de l’autre, l’unité fondamentale qui lie entre eux les fidèles dans le Christ. Par conséquent, les rôles ne peuvent pas s’opposer. Au contraire, l’insistance sur la communauté des croyants entre eux et avec leurs pasteurs est continuellement reformulée à travers des images et des analogies éloquentes : la cithare, la corde, l’intonation, le concert, la symphonie. La responsabilité particulière des évêques, des prêtres et des diacres dans l’édification de la communauté est évidente. C’est d’abord pour eux que vaut l’invitation à l’amour et à l’unité. « Ne soyez qu’un, une seule supplique, un seul esprit, une seule espérance dans l’amour ; accourez tous à Jésus Christ comme à l’unique temple de Dieu, comme à l’unique autel ; il est un, et procédant du Père unique, il est demeuré uni à Lui, et il est retourné à Lui dans l’unité« . Ignace, le premier dans la littérature chrétienne, attribue à l’Eglise l’adjectif de « catholique », c’est-à-dire « universelle » : « Là où est Jésus Christ« , affirme-t-il, « là est l’Eglise catholique« . Et c’est précisément dans le service d’unité à l’Eglise catholique que la communauté chrétienne de Rome exerce une sorte de primat dans l’amour : « A Rome, celle-ci préside, digne de Dieu, vénérable… Elle préside à la charité, qui reçoit du Christ la loi et porte le nom du Père« . Comme on le voit, Ignace est véritablement le « docteur de l’unité » : unité de Dieu et unité du Christ (au mépris des diverses hérésies qui commençaient à circuler et divisaient l’homme et Dieu dans le Christ), unité de l’Eglise, unité des fidèles « dans la foi et dans la charité, par rapport auxquelles il n’y a rien de plus excellent« . » N’oublions pas que c’est par la prière longue et fréquente que se fortifie l’attachement amoureux à la divine personne de Jésus. Or Il veut avec nous une union étroite, intense, parfaite. Avec l’aide de Saint Ignace, grandissons dans notre union à Jésus en développant aussi cet esprit d’enfance évangélique qui nous fait petits enfants confiants et aimants devant le Père céleste.

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