Sauver l’Afrique par l’Afrique

10 octobre 2017 : les saints martyrs franciscains et Saint Daniele Comboni (Fr. Jean-Régis)

 

Les premiers martyrs franciscains missionnaires au Maroc

En ce 10 octobre, le missel franciscain célèbre les 5 proto-martyrs de l’Ordre des Franciscains partis annoncer l’Evangile au Maroc en 1227. C’est saint François lui-même qui les envoya prêcher l’Évangile aux Maures. Pour se rendre au Maroc, ils passèrent par l’Andalousie en habit séculier, et se présentèrent dans la mosquée de Séville, où ils prêchèrent l’Évangile. Ils allèrent ensuite trouver le roi de la part de Jésus-Christ pour l’exhorter à renoncer au mahométisme. Ce prince les fit mettre en prison, et ayant appris que leur dessein était de passer en Afrique, il les fit conduire sur un vaisseau qui partait pour le Maroc en compagnie de l’infant du Portugal, Don Pedro. Étant arrivés dans ce pays, ils allèrent trouver le roi à Marrakech et lui parlèrent de Jésus-Christ. Ce prince les fit chasser de la ville et comme ils revinrent, il les fit mettre dans un cachot. En étant sortis, ils continuèrent à prêcher, on les arrêta, on les fit fouetter cruellement, et enfin le roi leur fendit lui-même la tête à tous les cinq avec son cimeterre. Ils moururent le 16 janvier de l’an 1220, et furent les premiers martyrs franciscains du temps même de saint François. Leur sacrifice ne fut pas vain. C’est devant leurs reliques qu’un certain Antoine de Lisbonne se décida à entrer chez les frères mineurs et il deviendra plus tard saint Antoine de Padoue.

Saint Daniel Comboni

Quelques 600 ans plus tard, naquit Daniele Comboni à Limone sul Garda (Brescia – Italie) en 1831, dans une famille de paysans au service d’un riche seigneur de la région. Son père Louis et sa mère Dominique sont très attachés à Daniele, le quatrième de huit enfants presque tous morts en bas âge. Ils forment une famille unie, riche de leur foi et de valeurs humaines, mais pauvre en moyens économiques. Dès l’époque de sa formation à la vie sacerdotale dans l’Institut fondé par le Serviteur de Dieu Nicola Mazza, Daniele se sentit appelé à donner sa vie pour l’annonce de l’Évangile en terre d’Afrique. Ordonné prêtre en 1854, il part trois ans plus tard pour le Soudan. Le choc initial est rude : climat, pauvreté. En assistant à la mort en Afrique d’un jeune compagnon missionnaire, au lieu de se décourager, il se sent encore plus intérieurement confirmé dans sa décision de continuer sa mission : « Ou l’Afrique ou la mort » dit-il. Pour cette grande entreprise du « salut des âmes les plus abandonnées du monde », il est prêt à tout, même s’il doit revenir en Italie momentanément pour raison de santé.

En 1864, alors qu’il était en prière sur la tombe de St Pierre à Rome, Daniele est frappé par une illumination fulgurante qui le pousse à élaborer son fameux «Plan pour la régénération de l’Afrique», un projet missionnaire qui peut être synthétisé en une phrase : « Sauver l’Afrique par l’Afrique », fruit de sa confiance sans limites dans les capacités humaines et religieuses des peuples africains. Il est aussi conforté dans ce don de lui-même par une parole que lui avait dite le Pape Pie IX : « Labora sicut bonus miles Christi pro Africa » (Travaille en bon soldat du Christ pour l’Afrique). Plusieurs fois, il revient d’Afrique en Europe et, aidé par sa connaissance des langues, il visite plusieurs pays européens pour faire connaître la mission de l’Afrique Centrale. La modernité et l’audace de son œuvre s’exprimèrent dans la préparation et la formation des futurs prêtres, dans une infatigable animation missionnaire par des écrits et des prédications, la fondation deux Instituts – les Missionnaires Comboniens du Cœur de Jésus pour les hommes et les Sœurs missionnaires appelées « Pieuses Mères de la Négritude » – exclusivement consacrés à la mission « ad gentes », en luttant pour l’abolition de la terrible traite des esclaves et en travaillant activement « pour la régénération par elle-même de l’Afrique ». Entre temps, il assiste au Concile Vatican I comme théologien et fait signer par 70 Pères conciliaires une pétition en faveur de l’évangélisation de l’Afrique Centrale. Les souffrances ne lui sont pas épargnées, ni les calomnies, mais il reçoit la croix avec un esprit de foi. Évêque de Khartoum en 1877, il affronte avec ses missionnaires la sécheresse et la famine des années 1877-78 qui réduisent de moitié la population locale et épuisent le personnel et l’activité missionnaire.

En 1880, avec toujours le même courage, Mgr Comboni revient en Afrique, pour la huitième et dernière fois, à côté de ses missionnaires, décidé à continuer la lutte contre la plaie de l’esclavage et à consolider l’activité missionnaire avec les africains eux-mêmes. L’année suivante, éprouvé par la fatigue, les morts fréquentes et récentes de ses collaborateurs, l’amertume des accusations et des calomnies, le grand missionnaire tombe malade. Le 10 octobre 1881, à l’âge de cinquante ans, marqué par la croix qui jamais ne l’a abandonné, il meurt à Khartoum parmi ses gens.

Les saints que nous honorons avec joie aujourd’hui nous rappellent la vocation missionnaire de chaque baptisé. Chaque chrétien est envoyé en mission, mais pour être d’authentiques témoins du Christ, il faut constamment tendre à la sainteté. Que la Reine des Saints, Étoile de la nouvelle évangélisation, nous illumine du ciel. Nous nous adressons à elle avec confiance, en particulier au cours de ce mois d’octobre, consacré au Rosaire et aux missions. Notre-Dame, Reine des Missions, priez pour nous !

Laissez un commentaire