Secours des chrétiens, priez pour nous !

Samedi 7 octobre 2017 – Notre Dame du Rosaire (Fr. Clément-Marie)

Nous sommes en 1571. L’Église est secouée depuis 50 ans par les erreurs de Luther, et vient de réagir à sa propre tiédeur par le concile de Trente, qui a pour premier but une rénovation spirituelle par une fidélité renouvelée à l’héritage traditionnel de la foi. En cette année 1571, à ces difficultés intérieures de l’Église, vient s’ajouter une grave menace extérieure : l’invasion des Turcs musulmans. Depuis le début du XVIe siècle, les Turcs pratiquent des razzias et des exactions sur les rives de la Méditerranée occidentale. Débarquant sur les côtes italiennes, provençales ou espagnoles, ils pillent les villes du littoral et emmènent certains habitants en esclavage. Ils s’avancent désormais pour conquérir l’ensemble de la Méditerranée, après avoir pris l’île de Chypre en 1570. Personne ne considérait l’arrivée, planifiée, massive et conquérante, de l’Islam comme une chance pour l’Europe, mais plutôt comme une menace pour sa civilisation. Le Pape de l’époque était un saint – saint Pie V – et il a vu avec lucidité et réalisme l’incompatibilité radicale entre l’Islam conquérant et le christianisme, qui avait façonné la culture européenne. Ce saint pape eut alors le courage d’appeler les souverains à prendre leurs responsabilités politiques et militaires pour préserver la civilisation européenne en danger. Mais il a aussi et surtout pris des mesures spirituelles, en demandant aux chrétiens de prier le rosaire pour être protégés, sûr de l’intercession infaillible de la Vierge Marie si le peuple chrétien répondait avec foi à cette demande. Le sultan turc Soliman, qui menaçait de ses armées les terres chrétiennes, avoua d’ailleurs, en parlant de Pie V : « Je crains plus les prières de ce pape que tous les efforts de leurs armes. » Plusieurs souverains d’Europe se liguèrent donc à l’appel du Pape pour constituer une flotte. Notons que la France fut la grande absente de l’alliance, son roi Charles IX s’étant refusé à combattre, par souci de conserver ses relations commerciales avec la «Sublime Porte».

La bataille de Lépante se déroule donc ce 7 octobre 1571, et elle est une grande victoire : la flotte turque est détruite, et un coup d’arrêt définitif est porté à l’expansion ottomane vers l’Europe. Le soir de la bataille, le pape saint Pie V va brusquement de son bureau à la fenêtre, où il semble contempler un spectacle. Puis il se retourne et dit aux prélats qui l’entourent : « Allons rendre grâce à Dieu : notre armée est victorieuse. » La nouvelle de la victoire ne parviendra officiellement à Rome que 19 jours plus tard, le 26 octobre, confirmant ainsi la révélation faite au pape. Notons que cette bataille est restée dans les traités d’histoire militaire comme un tournant dans la stratégie navale, par celle qui fut mise en œuvre ce jour-là.

En commémoration de la bataille de Lépante, Pie V ajouta aux litanies de la Sainte Vierge, une invocation supplémentaire : « Secours des chrétiens, priez pour nous » ; et il ordonna l’institution de la fête de Notre-Dame des Victoires que Grégoire XIII fera ensuite célébrer, sous le nom de fête du Rosaire, chaque premier dimanche d’octobre dans toutes les églises. Clément XII étendra la fête du Saint-Rosaire à l’ensemble de l’Église catholique latine en 1716 et saint Pie X en fixera la fête le 7 octobre en 1913. Au sein du peuple catholique, la victoire de Lépante contribua ainsi au rapide essor de la prière du Rosaire. Saint Pie V, qui avait un grand amour pour cette prière a dit que, par le rosaire, « les fidèles ont commencé à s’échauffer dans la méditation, à s’enflammer dans la prière, puis sont devenus d’autres hommes ; les ténèbres de l’hérésie se sont dissipées, et la lumière de la foi catholique a brillé de tout son éclat. »[1] Le rosaire est donc une prière tout à fait d’actualité !

Cette fête de Notre Dame du rosaire est donc une fête pleine d’espérance pour nous aujourd’hui. La victoire de Lépante est la victoire de l’humilité, la victoire de la Vierge Marie qui s’est servi des petits, qui ont simplement invoqué Jésus par Marie, joignant à l’action la prière contemplative du rosaire. Ainsi, la victoire de Lépante est une annonce réconfortante du triomphe du Cœur Immaculé de Marie.

En ce 7 octobre, nous vivons aussi le premier samedi du mois, et nous nous préparons à ce 13 octobre, centenaire de la dernière apparition de Fatima et du miracle du soleil. C’est ce 13 octobre 1917 que la Vierge Marie s’est présentée ainsi : « Je suis Notre-Dame du Rosaire. Que l’on continue toujours à réciter le chapelet tous les jours. » Accueillons cette demande, et faisons nôtre cette invocation très actuelle des litanies de la sainte Vierge : « Notre Dame, secours des chrétiens, priez pour nous ! »

[1] LEON XIII, Supremi Apostolatus Officio, encyclique sur le rosaire

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