Doctor universalis : de la philosophie à la théologie, de la physique à la chimie, de l’astronomie à la minéralogie, de la botanique à la zoologie…

Mercredi 15 novembre 2017 : Saint Albert le Grand (Fr. Joseph)

Saint Albert le Grand, Docteur de l’Eglise, est l’un des plus grands maîtres de la théologie médiévale. Le titre de «grand» indique l’étendue et la profondeur de sa doctrine, qu’il associa à la sainteté de sa vie. Déjà ses contemporains lui attribuaient des titres d’excellence ; l’un de ses disciples le définit comme «merveille et miracle de notre temps».

Il naît en Allemagne au début du XIIIe siècle, et tout jeune encore, il se rend en Italie, à Padoue, pour étudier. Il fréquente une église desservie par les dominicains, qu’il rejoindra par la suite. Albert a pris cette décision progressivement. Le rapport intense avec Dieu, une profonde dévotion mariale, l’exemple de sainteté des frères dominicains, l’écoute des sermons du Bx Jourdain de Saxe, successeur de saint Dominique, l’ont aidé à surmonter ses doutes, et aussi à vaincre les résistances familiales. Il reçut l’habit religieux des mains du Bx Jourdain de Saxe.

Après son ordination sacerdotale, ses supérieurs le destinèrent à l’enseignement. On lui demanda d’ouvrir une université de théologie à Cologne, qui devint sa ville d’adoption. Il avait à Paris un élève exceptionnel, Thomas d’Aquin, qu’il emmena avec lui à Cologne. Entre ces deux grands théologiens s’instaura un rapport d’estime et d’amitié réciproque. C’est à leur collaboration que l’on doit l’accueil et la christianisation de la philosophie d’un auteur de l’antiquité païenne : Aristote. Après la mort de saint Thomas, saint Albert éclaircit la pensée de Thomas d’Aquin, qui avait rencontré des objections et même fait l’objet de condamnations totalement injustifiées.

Très savant, saint Albert était avant tout un religieux. Elu provincial de la «Province Teutonique» des dominicains, qui comprenait un vaste territoire du centre et du nord de l’Europe, il se distingua par son zèle, visitant les communautés et en rappelant constamment ses frères à la fidélité, aux enseignements et aux exemples de saint Dominique.

Ses qualités n’échappèrent pas au pape, Alexandre IV, qui le voulut à ses côtés pour bénéficier de ses conseils théologiques. Puis le Pape le nomma évêque de Ratisbonne, un grand diocèse, qui traversait une période difficile. Bien que cette tâche ne corresponde pas du tout à ses aspirations, de 1260 à 1262, il accomplit ce ministère avec un dévouement inlassable, réussissant à apporter la paix dans la ville, à réorganiser les paroisses et les couvents, et à donner une nouvelle impulsion aux activités caritatives.

Dans les années 1263-1264, Albert, envoyé par le pape Urbain IV, prêche en Allemagne et en Bohême, pour retourner ensuite à Cologne et reprendre sa mission d’enseignant et de chercheur. Il se prodigua au cours du IIe Concile de Lyon, en 1274, convoqué par le pape Grégoire X pour l’union avec les Orthodoxes séparés depuis 1054.

Il mourut dans la cellule de son couvent à Cologne en 1280, et il fut très vite vénéré par ses confrères. Sa culture a quelque chose de prodigieux, il s’est occupé non seulement de philosophie et de théologie, mais également de toute autre discipline alors connue, de la physique à la chimie, de l’astronomie à la minéralogie, de la botanique à la zoologie. C’est pour cette raison qu’il est également appelé «Doctor universalis».

Retenons trois éléments de la vie de saint Albert

1) Saint Albert sut cultiver à la fois l’étude des sciences naturelles et celle de la théologie. La nature était pour lui comme un grand livre où Dieu nous parle, c’est pourquoi les sciences naturelles ne pouvaient s’opposer à la Révélation. Combien de scientifiques, dans le sillage de saint Albert, ont mené leurs recherches inspirés par l’émerveillement et la gratitude face au monde qui, à leurs yeux de chercheurs et de croyants, apparaissait comme l’œuvre d’un Créateur sage et aimant ! Notre monde a besoin de tels scientifiques.

2) Saint Albert sut aussi concilier philosophie et théologie. A son époque, la connaissance de beaucoup d’œuvres d’un philosophe grec païen préchrétien était en train de se répandre. Il s’agissait d’Aristote, qui avait usé de la raison avec un génie exceptionnel. Or ses œuvres arrivaient en Occident, présentées par des commentateurs arabes, qui l’avaient interprétée, au moins sur certains points, de façon inconciliable avec la foi chrétienne. D’où la grave question de savoir si la raison et la foi entraient ou non en conflit. Eh bien l’un des grands mérites de saint Albert est d’avoir étudié les œuvres d’Aristote, convaincu que tout ce qui est vraiment rationnel est compatible avec la foi. Ainsi la raison et la foi apparaissent comme les deux ailes de la connaissance, l’une étant au service de l’autre. Le monde et l’Eglise ont aujourd’hui besoin de philosophes et de théologiens qui soient pleinement au service de la vérité.

3) Enfin retenons l’esprit religieux de saint Albert le Grand, se donnant à n’importe quelle mission, même ne convenant pas à ses goûts.

Enfin, citons une prière écrite par lui qui exprime son cœur profondément religieux : «Seigneur Jésus-Christ, écoutez la voix de notre douleur. Nous crions vers vous pour n’être pas séduits par de vaines paroles tentatrices sur la noblesse de la famille, le prestige de l’Ordre, le brillant de la science

 

Laissez un commentaire