Non recuso laborem !

11 novembre 2017 : Saint Martin (Fr. Martin)

            Martin reçut son nom de son père, officier dans l’armée romaine et fervent partisan de la religion païenne. « Martinus », cela voulait dire: « le petit dieu Mars ». Une façon pour son père de dire toute son ambition pour son fils : en faire un vaillant guerrier au service de l’empereur et de l’empire romain. Et effectivement, saint Martin va devenir un vaillant guerrier, mais pour servir le Roi du Ciel et son Église… Né en Pannonie (l’actuelle Hongrie) en 316, il suivit son père en Italie, à Pavie, où, tout jeune adolescent, des camarades chrétiens l’instruisirent de la foi chrétienne. Son cœur en fut si touché qu’il décida de s’attacher à Jésus coûte que coûte. Bien qu’élevé dans le paganisme, il ne se plaisait que dans l’assemblée des fidèles, où il se rendait souvent malgré l’opposition de ses parents.

            Dès l’âge de quinze ans, il fut enrôlé dans les armées romaines, et alla servir en Gaule. La Providence guidait les événements pour qu’il devienne un jour le grand Apôtre de la Gaule. On connaît bien l’épisode d’Amiens, où le soldat rencontre un pauvre grelottant de froid, presque nu, par un hiver rigoureux. Martin n’a pas un sou sur lui ; mais il se rappelle la parole de l’Évangile : « J’étais nu, et vous m’avez habillé ». Lui qui aspire tant au baptême s’adresse alors au pauvre mendiant: « Mon ami, je n’ai sur moi que mon manteau». Et taillant alors avec son épée son manteau en deux parts, il en donna une au mendiant. Précision importante : la moitié de la cape des officiers était considérée comme appartenant à l’armée, l’autre comme appartenant au soldat. Martin a donc tout donné… La nuit suivante, il vit en songe Jésus-Christ vêtu de cette moitié de manteau et disant à ses anges : « C’est Martin, encore simple catéchumène, qui m’a ainsi couvert. »

            C’est aussi le temps où les grandes invasions germaniques se préparent ; les Barbares sont aux portes de l’empire. Martin participe à la campagne sur le Rhin contre les Alamans. Mais après dix ans de bons et loyaux services à l’empereur, il veut désormais combattre sous un autre étendard, celui du Christ. Il va trouver l’empereur, celui qu’on appelle Julien l’Apostat parce qu’il a rejeté la foi chrétienne dans laquelle il a été élevé… L’empereur l’accuse de lâcheté. Pour prouver qu’il n’est pas un lâche et qu’il croit à la protection divine, il propose de partir en première ligne au combat le lendemain, sans autre arme que sa foi. Il demande seulement à l’empereur de le laisser enfin libre s’il en réchappe. L’empereur, qui ne croit pas aux miracles, le prend au mot, convaincu que Martin y laissera sa vie. Mais le lendemain, contre toute attente, les Barbares renoncent au combat. L’empereur y voit un signe et laisse la liberté à saint Martin.

S’ouvre alors une nouvelle période dans la vie de saint Martin, la plus belle : il peut enfin se faire baptiser et rejoint en Gaule saint Hilaire, ce défenseur intrépide de la foi en la divinité de Jésus, dans ce IVe siècle déchiré par l’arianisme. Saint Hilaire l’ordonne prêtre, mais Martin sent monter en lui un autre appel, l’appel à la vie érémitique, pour se rapprocher toujours plus du Seigneur. Pourtant, beaucoup viennent le trouver, beaucoup viennent lui demander de les aider à se consacrer totalement au Christ. Il fonde alors le monastère de Ligugé. C’est le début de la vie religieuse en Occident, un siècle avant saint Benoît. Avec saint Martin, les moines sont à la fois contemplatifs et actifs : ils ont d’abord une vie de prière intense ; mais ils évangélisent aussi les campagnes, apportant la lumière du Christ dans les ténèbres du paganisme.

            L’année 371 marque une nouvelle étape dans la vie de saint Martin : l’évêque Lidoire vient de mourir ; les habitants veulent choisir Martin. Mais ils savent bien que ce dernier n’aspire aucunement à l’épiscopat. Alors, ils lui tendent un piège ; lui dont le cœur est si compatissant, ne sera pas difficile à convaincre : on vient le trouver, en lui demandant, lui qui a déjà fait tant de miracles, guéri tant de malades, de venir redonner la santé à une bonne chrétienne qui était sur le point de mourir. Martin, dans sa charité et sa pureté de cœur, est tombé dans le piège : arrivé à Tours, la foule accourt et l’accueille aux cris de « Martin évêque !!! » C’était l’époque où les évêques étaient élus par acclamation de la foule. Martin se soumet en comprenant que c’est la volonté de Dieu. Mais s’il accepte la charge d’évêque, il en refuse résolument les honneurs : il veut continuer sa vie religieuse, et fonde un nouveau monastère à Marmoutier, avec pour règle la pauvreté, la mortification et la prière. Il se donnera sans compter jusqu’au dernier souffle de sa vie : à Dieu dans sa prière, à ses moines dans sa vie religieuse, à son diocèse dans sa charge épiscopale. Épuisé, sa charité le pousse encore à Candes-sur-Loire, à l’ouest de Tours, pour résoudre un litige entre des clercs. Désireux de rejoindre le Christ, mais soucieux d’accomplir la mission que Jésus lui a confiée, il s’écrit: « Non recuso laborem ». Son intervention ramène la paix des cœurs, mais sa mission est désormais accomplie : Martin meurt en 397 à Candes, sur un lit de cendre. Sulpice Sévère nous a rapporté ces dernières paroles: « Laissez-moi, mes frères, regarder le ciel plutôt que la terre, afin que mon esprit s’oriente vers le chemin qu’il va prendre pour rejoindre le Seigneur ».

            Nous le prions bien sûr pour notre pays, la France, particulièrement en ce 11 novembre… Nous le prions aussi pour la fidélité de tous les religieux. Nous lui demandons de nous partager sa foi limpide et forte pour porter à tant de nos frères égarés dans les ténèbres du péché la lumière de la foi ; et de nous communiquer à chacun l’amour ardent qui brûlait son cœur pour Jésus et le salut des âmes.

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