Pour éclairer, la chandelle doit se consumer…

4 novembre 2017 : Saint Charles Borromée (Fr. Jean-Régis)

 

Saint Charles Borromée, que nous fêtons en ce jour, a vécu en une période bien difficile pour l’Eglise. En effet, vingt ans avant sa naissance eut lieu la révolte de Luther contre l’Eglise entrainant le terrible schisme protestant qui blesse encore actuellement l’unité de l’Eglise. C’était une époque sombre parsemée d’épreuves pour la communauté chrétienne, pleine de divisions et de convulsions doctrinales, d’affaiblissement de la pureté de la foi et des mœurs, de mauvais exemples de la part du clergé

Charles est de famille noble et, étant le second de famille, une bonne carrière ecclésiastique lui est promise : tonsuré à 8 ans, à 12 ans il reçoit le titre d’abbé commanditaire de plusieurs abbayes. Mais déjà à cet âge, animé du désir de suivre le Christ pauvre, il refuse de garder ses bénéfices pour lui. Il les donne aux pauvres. Le Pape Pie IV, son oncle, l’appelle à Rome dès son élection en 1559. Ayant discerné en lui des capacités pour gouverner, il le nomme cardinal alors qu’il n’a que 22 ans et en fait son bras droit (aujourd’hui, nous dirions qu’il le nomme secrétaire d’Etat, ce qui équivaut au rang de premier ministre). Charles va prendre une part active aux dernières sessions du concile de Trente, concile si décrié à tort aujourd’hui. Mais la mort subite de son frère ainé en 1562 le bouleverse profondément. Il se pose la question d’abandonner la carrière ecclésiastique pour prendre la succession de chef de famille, mais il y renonce. Il dira que la mort de son frère l’a touché au plus vif et lui a fait toucher la misère humaine. Dès lors, il bannit de sa vie toute chose superflue. Il est ordonné prêtre puis évêque à 25 ans et devient archevêque de Milan. Malgré son jeune âge, il va devenir un évêque exemplaire et zélé, déployant tous ses efforts pour traduire en acte l’enseignement et les directives du Concile de Trente devenant ainsi un vrai réformateur de l’Eglise comme le fut saint Grégoire le Grand ou plus tard saint Pie X, comprenant que l’Eglise n’est véritablement « ré-formée » que si elle retourne à ses origines en effectuant une réappropriation consciente de la tradition apostolique et une revalorisation purificatrice de ses institutions à la lumière de l’Evangile. Il réside dans son diocèse, se consacrant totalement à l’Église ambrosienne : il la visitera de long en large à trois reprises convoquant six synodes provinciaux et onze synodes diocésains. Saint Charles Borromée est célèbre surtout pour les nombreux séminaires diocésains qu’il ouvre sous l’impulsion du Concile de Trente pour la formation d’une nouvelle génération de prêtres. Il a à cœur de former un clergé saint, priant et instruit. Les prêtres de son entourage, soumis à une discipline stricte, forment une véritable communauté, les heures de prières étant marquées, et personne ne s’absentant alors sans permission. L’archevêque transforme le service du culte dans sa cathédrale et y met à la fois la régularité et la magnificence. Ainsi, apparaît un renouveau de vie chrétienne dans tout le diocèse. Il sait être très ferme pour réformer certains ordres religieux et va même jusqu’à supprimer ceux qui refusent de se réformer. Cela lui vaut d’être victime d’un attentat dont il échappe de peu. Il fait construire des hôpitaux et destine les richesses de sa famille au service des pauvres. En 1576, lorsque la peste dévaste Milan, il demeure avec son peuple visitant et réconfortant les malades. Sa devise tenait en un seul mot : « Humilitas ». L’humilité le pousse, comme le Seigneur Jésus, à renoncer à lui-même pour se faire le serviteur de tous. « Pour éclairer, la chandelle doit se consumer,  » dit-il à ceux qui lui prêchent le repos. Il meurt prématurément à l’âge de 46 ans. Son cœur repose à Rome dans l’église Saint-Charles au « Corso » qui lui est consacrée. C’est un détail très éloquent qui témoigne combien ce cardinal et pasteur de l’Église ambrosienne à Milan a été en même temps serviteur des causes universelles de l’Église. Il est véritablement un modèle de pasteur exemplaire par sa charité, sa doctrine, son zèle apostolique, et surtout, par sa prière : « Les âmes, disait-il, se conquièrent à genoux« .

Qu’il nous aide et éclaire aussi tous nos pasteurs pour mettre en acte l’œuvre du grand Concile Vatican II qui est en pleine continuité avec le concile de Trente. Certains dans l’Eglise cherchent à opposer ces deux conciles. Les conciles de Trente et Vatican II ne s’opposent pas. Le Magistère vivant de l’Eglise ne peut se développer vraiment que dans la pleine continuité et non dans la rupture. Vouloir une rupture, ne pas tenir compte de la Tradition et du Magistère bimillénaire blesse et affaiblit plus l’Eglise qu’elle n’en est source de renouveau. Demandons-lui également au cours de cette messe d’intercéder pour le réveil, la bonne formation et la croissance des vocations au sacerdoce et à la vie religieuse.

L’office des lectures nous propose l’homélie que Saint Charles B prononça lors son dernier synode : « il faut être attentif sans cesse au Maître intérieur qui est dans notre cœur… l’oraison mentale doit précéder toutes nos actions, les accompagner et les suivre. » Il nous invite à garder dans nos âmes la flamme de l’amour divin. Que saint Charles Borromée nous aide à acquérir ce recueillement, cette vie intérieure intense qu’il demandait à ses prêtres et ainsi nous pourrons être, chacun à notre place, les vrais réformateurs dont le monde et l’Eglise ont besoin pour qu’advienne la civilisation de l’Amour.

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