Notre-Dame des Douleurs, modèle de compassion

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Homélie pour Notre-Dame des douleurs 2015

Après avoir célébré la Croix glorieuse, l’Eglise nous invite à contempler Notre-Dame des douleurs. Cette mémoire, dans la continuité avec la Fête liturgique d’hier, ne doit pas être vécue dans l’esprit du Samedi-Saint qui est un jour de deuil. Aujourd’hui, nous ne vivons pas un jour de deuil, un jour de jeûne, mais nous célébrons le martyre du Cœur immaculé de Marie. Le 15 août dernier, nous avons célébré les glorieux martyrs de notre temps en disant que le martyre des 21 jeunes coptes et des 30 jeunes éthiopiens n’était pas une défaite mais une victoire : la victoire de l’Amour sur la haine, du pardon qui désarme les injustes agresseurs. Le sang des martyrs est semence de chrétiens. Le sang des très nombreux martyrs de notre temps prépare le grand renouveau de l’Eglise et du monde. L’Eglise, en ce jour, nous invite à comprendre que ces martyrs du sang ont été précédés et aidés par le martyre héroïque de la Vierge Marie, la Mère de Jésus et notre Mère. Saint Bernard a compris la profondeur de ce martyre :

« Qui donc es-tu, frère, de d’où vient ta sagesse, pour que tu puisses t’étonner davantage de la compassion de Marie que de la passion du Fils de Marie ? Lui a pu mourir dans son corps, et elle, n’aurait-elle pas pu mourir avec Lui dans son cœur ? Voilà dans la passion du Christ ce qu’a accompli une charité telle que personne n’en a éprouvé de plus grande ; et voici dans la compassion de Marie ce qu’a accompli une charité qui, après celle de Jésus, n’a pas son pareil ».

En cette année de la vie consacrée et en ce jour où commence à Rome le grand rassemblement des jeunes consacrés autour du Saint-Père, comprenons l’importance de la compassion à l’école de Notre-Dame des douleurs. Puisse le Cœur de Jésus trouver en ses consacrés de vrais consolateurs. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus méditait, chaque jour, la Passion ou une partie de la Passion. Marthe Robin, Mère Marie Augusta ont puisé dans la contemplation de l’agonie ou de la flagellation le courage et l’énergie pour accomplir la Volonté de Dieu. Demandons au Cœur douloureux et immaculé de Marie la grâce d’une union toujours plus grande à Jésus et à sa Croix et n’oublions jamais la première homélie de notre Pape François : ou l’on chemine avec Jésus et avec sa Croix, ou l’on chemine avec le démon et la mondanité ! Le renouveau de la vie consacrée passe par la redécouverte de la place centrale de la Croix, éclairée bien sûr par la Résurrection de Jésus ! La Croix sans la Résurrection n’a pas de sens, c’est évident. La mémoire de l’Eglise va, à présent, garder un autre enseignement lumineux que celui de Saint Bernard pour la mémoire liturgique du 15 septembre : l’homélie de Benoît XVI à Lourdes, le 15 septembre 2008. J’ai eu la grâce de concélébrer à cette Messe et j’ai été très frappé par cette homélie qui nous permet de mieux vivre cette mémoire de Notre-Dame des douleurs et de ne pas en faire un second Samedi Saint. Benoît XVI a eu l’audace de parler du sourire de Marie, parce qu’elle est aujourd’hui dans la joie et la gloire de la Résurrection.

Les larmes qui étaient les siennes au pied de la Croix se sont transformées en un sourire que rien n’effacera tandis que sa compassion maternelle envers nous demeure intacte. L’intervention secourable de la Vierge Marie au cours de l’histoire l’atteste et ne cesse de susciter à son égard, dans le peuple de Dieu, une confiance inébranlable : la prière du Souvenez-vous exprime très bien ce sentiment. Marie aime chacun de ses enfants, portant d’une façon particulière son attention sur ceux qui, comme son Fils à l’heure de sa Passion, sont en proie à la souffrance ; elle les aime tout simplement parce qu’ils sont ses fils, selon la volonté du Christ sur la Croix. Dans le sourire de la plus éminente de toutes les créatures, tournée vers nous, se reflète notre dignité d’enfants de Dieu, cette dignité qui n’abandonne jamais celui qui est malade. Ce sourire, vrai reflet de la tendresse de Dieu, est la source d’une espérance invincible. Nous le savons malheureusement : la souffrance endurée rompt les équilibres les mieux assurés d’une vie, ébranle les assises les plus fermes de la confiance et en vient parfois même à faire désespérer du sens et de la valeur de la vie. Il est des combats que l’homme ne peut soutenir seul, sans l’aide de la grâce divine. Quand la parole ne sait plus trouver de mots justes, s’affirme le besoin d’une présence aimante : nous recherchons alors la proximité non seulement de ceux qui partagent le même sang ou qui nous sont liés par l’amitié, mais aussi la proximité de ceux qui nous sont intimes par le lien de la foi.

Qui pourraient nous être plus intimes que le Christ et sa sainte Mère, l’Immaculée ? Plus que tout autre, ils sont capables de nous comprendre et de saisir la dureté du combat mené contre le mal et la souffrance. Je souhaiterais dire, humblement, à ceux qui souffrent et à ceux qui luttent et sont tentés de tourner le dos à la vie : tournez-vous vers Marie ! Dans le sourire de la Vierge se trouve mystérieusement cachée la force de poursuivre le combat contre la maladie et pour la vie. Auprès d’elle se trouve également la grâce d’accepter, sans crainte ni amertume, de quitter ce monde, à l’heure voulue par Dieu. Oui, quêter le sourire de la Vierge Marie n’est pas un pieux enfantillage… En cette manifestation toute simple de tendresse qu’est un sourire, nous saisissons que notre seule richesse est l’amour que Dieu nous porte et qui passe par le coeur de celle qui est devenue notre Mère. Quêter ce sourire, c’est d’abord cueillir la gratuité de l’amour ; c’est aussi savoir provoquer ce sourire par notre effort pour vivre selon la Parole de son Fils Bien-aimé, tout comme un enfant cherche à faire naître le sourire de sa mère en faisant ce qui lui plaît ».

La deuxième dimension de la vie consacrée est le ministère de la compassion envers tous ceux qui souffrent. Participons au sourire de Marie, soyons des instruments de consolation !

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