Synode sur la famille : ce que les médias oublient…

Classé dans : Vie de l'Eglise | 0

Les médias voient très souvent l’Eglise comme une sorte de multinationale géante ou d’ONG à taille mondiale, attendant de cette imposante superstructure qu’elle se mettent au diapason de la culture ambiante. Dans ce contexte, le synode sur la famille suscite de nombreuses attentes aussi bien parmi des membres de l’Eglise, que parmi des personnes qui semblent plus éloignées de la pratique et de la foi. Mais toutes ces attentes sont-elles vraiment compatibles avec l’Evangile ?

Ce que les médias oublient….

Il semble bien que les médias qui travaillent l’opinion publique polarisent l’attention des occidentaux sur des questions que le synode ne peut pas résoudre selon leur désidérata, car il en va de la fidélité à la Parole de Dieu… Pensons à la question des de l’accès aux sacrements des personnes divorcées-remariées, ou d’un changement espéré de l’attitude de l’Eglise face à l’homosexualité. De telles attentes révèlent une certaine méconnaissance de ce qu’est un synode, et plus largement de ce qu’est l’Eglise… car l’Eglise n’est pas une assemblée purement humaine, qui devrait se mettre à la remorque de la sociologie, mais un don de Dieu. L’Eglise est d’abord une Oeuvre de Dieu, à laquelle l’homme est appelé à participer, non en se mettant en avant et en dictant à Dieu ses propres désirs mais en suivant notre Maître et Seigneur dans la fidélité à son exemple, à son enseignement et à sa volonté sur nous, tels qu’ils nous sont transmis dans la Parole de Dieu.

Le cardinal Sarah remarquait après le dernier synode qu’ « il était clair que le cœur réel du problème n’était pas et n’est pas seulement la question des divorcés remariés, mais de savoir si la doctrine de l’Eglise doit être considérée comme un idéal inaccessible, irréalisable et donc nécessitant une révision à la baisse pour pouvoir être proposée à la société d’aujourd’hui. Si tel est le cas, il faut nécessairement se demander en clair si l’Evangile est une bonne nouvelle pour l’homme ou un fardeau inutile qui n’est plus envisageable ». La foi « ne peut pas être dévoyée par des considérations dictées par un certain pragmatisme et l’opinion commune. La Révélation indique à l’humanité la voie de la plénitude et de la félicité. Ignorer ce fait signifierait affirmer la nécessité de repenser les fondements mêmes de l’action salvifique de l’Eglise qui se réalise à travers les sacrements ».

Le synode : expression de la collégialité mais sans pouvoir législatif

L’institution du synode des évêques a été demandée par les Pères du Concile Vatican II et mise en place par Paul VI après le concile. Le synode existe pour manifester et vivre concrètement la collégialité du pape et des évêques au service de toute l’Eglise. Cependant, les médias le considèrent trop souvent comme une sorte de parlement législatif sur le modèle des démocraties modernes. Mi-mai 2014 les cardinaux Müller et Ruini ont présenté un volume des interventions de Joseph Ratzinger-Benoît XVI sur l’institution du synode. Ce volume rappelle le caractère consultatif de cet organe, puisque la fonction suprême et délibérative de l’Eglise n’appartient en propre qu’au pape et au collège, c’est à dire à l’ensemble des évêques unis au pape. Ce pouvoir délibératif ne peut pas être concédé à une délégation d’évêques, mais ne peut être éxercé que par tous les évêques. Le synode a donc son importance, mais il n’est pas un Parlement. Le pape François a d’ailleurs souvent redit la nature consultative du synode, répétant que c’est lui-même, qui, comme à la suite de tous les synodes, rédigerait un document magistériel, avec l’aide des interventions des Pères synodaux :

« Et, comme j’ai osé vous le dire au début, il était nécessaire de vivre tout cela avec tranquillité, avec une paix intérieure également parce que le synode se déroule cum Petro et sub Petro, et la présence du Pape est une garantie pour tous…. l’Eglise est du Christ — elle est son Epouse — et tous les évêques, en communion avec le Successeur de Pierre, ont la tâche et le devoir de la protéger et la servir, non pas en  maîtres mais en serviteurs. Le Pape, dans ce contexte, n’est pas le seigneur suprême mais plutôt le suprême serviteur — le «servus servorum Dei»; le garant de l’obéissance et de la conformité de l’Eglise à la volonté de Dieu, à l’Evangile du Christ et à la Tradition de l’Eglise, en mettant de côté tout arbitraire personnel, tout en étant — par la volonté du Christ lui-même — le «Pasteur et Docteur suprême de tous les fidèles» (Can. 749) et bien que possédant  «dans l’Eglise le  pouvoir ordinaire, suprême, plénier, immédiat et universel» (cf. Cann. 331-334) ». Discours de conclusion du synode

Il nous appartient donc de faire une totale confiance dans le pape François, qui est aujourd’hui le successeur de Pierre. Nous avons l’assurance qu’Il est le gardien du dépôt révélé et que l’Eglise ne peut errer dans la foi.

Expression de l’Eglise universelle, et pas seulement occidentale

Le synode a été voulu par le concile Vatican II comme un moyen concret pour les évêques de vivre la collégialité dans l’Eglise universelle. C’est dire que le synode est là aussi pour permettre aux évêques non occidentaux de pouvoir prendre la parole et exposer leurs joies et leurs difficultés. Or, ces joies et difficultés ne sont pas les mêmes que dans notre occident sécularisés. Par exemple, l’indissolubilité du mariage est quelque chose  de « connaturel » à l’âme africaine. Polariser le débat sur des problèmes uniquement occidentaux, c’est voler le débat… C’est ce que répète, entre autres, le cardinal Sarah :

« Pourquoi les pays occidentaux ne veulent-ils pas accueillir l’Asie ou l’Afrique avec leurs richesses et leurs valeurs culturelles propres ? Pourquoi penser qu’il n’y a que la manière ou la vision occidentale de l’homme, du monde, de la société, qui soit bonne, juste, universelle ? L’Église doit se battre pour dire non à cette nouvelle colonisation… Au Synode d’octobre prochain, nous allons, je l’espère, aborder la question du mariage de façon avant tout positive, en cherchant à promouvoir la famille et les valeurs qu’elle porte. Les évêques africains interviendront pour soutenir ce que Dieu demande à l’homme sur la famille et accueillir ce que l’Église a toujours enseigné. »

Fidélité à la Parole de Dieu et Miséricorde

Un précédent synode sur la famille avait donné lieu à l’exhortation apostolique du pape Jean Paul II Familiaris Consortio, où St Jean Paul II avait réaffirmé l’enseignement de Jésus et de l’Eglise sur la famille. Il est clair que ce synode ne pourra pas contredire ce texte du Magistère mais le développer dans la continuité en réaffirmant, selon les termes du cardinal Sarah : « Notre souci est d’encourager, de mettre en valeur, de protéger la beauté de la famille. Sans la famille il n’y a pas de société ni d’Église. Ni même d’avenir. La famille est le lieu où l’on apprend à servir les autres, à les aimer, à leur parler, à les supporter. C’est aussi là que se transmettent les valeurs, la culture, la foi ».  Mais le pape François insiste aussi sur la compassion à l’égard des familles divisées, et ce synode doit se pencher sur les blessures de la famille, non pour  changer la doctrine du Christ, ce qui est impossible, mais pour témoigner de la miséricorde de Dieu dans la vérité et la charité. Dans l’audience du 5 août, le pape François est revenu sur cette question :

Avec cette catéchèse, nous reprenons notre réflexion sur la famille. Après avoir parlé, la dernière fois, des familles blessées à cause des incompréhensions des conjoints, je voudrais aujourd’hui porter notre attention sur une autre réalité : comment prendre soin de ceux qui, suite à l’échec irréversible de leur lien matrimonial, ont entrepris une nouvelle union. L’Eglise sait bien qu’une telle situation contredit le Sacrement chrétien. Toutefois, son regard de maîtresse puise toujours à un cœur de mère ; un cœur qui, animé par l’Esprit Saint, cherche toujours le bien et le salut des personnes. (…) Ce sont eux (les enfants) qui souffrent le plus, dans ces situations. Du reste, comment pourrions-nous recommander à ces parents de faire tout leur possible pour éduquer leurs enfants à la vie chrétienne, en leur donnant l’exemple d’une foi convaincue et pratiquée, si nous les tenions à distance de la vie de la communauté, comme s’ils étaient excommuniés ? Il faut faire en sorte de ne pas ajouter d’autres poids à ceux que les enfants, dans ces situations, doivent déjà porter ! Malheureusement, le nombre de ces enfants et de ces jeunes est véritablement élevé. Il est important qu’ils sentent l’Eglise comme une mère attentive à tous, toujours disposée à l’écoute et à la rencontre. D’où l’invitation répétée des pasteurs à manifester ouvertement et avec cohérence la disponibilité de la communauté à les accueillir et à les encourager, afin qu’ils vivent et développent toujours plus leur appartenance au Christ et à l’Eglise à travers la prière, l’écoute de la Parole de Dieu, la participation fréquente à la liturgie, l’éducation chrétienne des enfants, la charité et le service aux pauvres, l’engagement en vue de la justice et de la paix.

et voici l’intégralité de ce que disait Benoît XVI lors de la rencontre des familles à Milan, à ce sujet  :

En réalité, ce problème des divorcés remariés est une des grandes souffrances de l’Église d’aujourd’hui. Et nous n’avons pas de recettes simples. La souffrance est grande et nous pouvons seulement aider les paroisses, chacun à aider ces personnes à supporter la souffrance de ce divorce. Je dirais que naturellement, la prévention est très importante, c’est-à-dire approfondir dès le début le fait d’être amoureux en une décision profonde, mûre ; et aussi, l’accompagnement pendant le mariage afin que les familles ne soient jamais seules mais soient vraiment accompagnées sur leur chemin. Et nous devons dire à ces personnes, – comme vous avez dit – que l’Église les aime, mais elles-mêmes doivent voir et sentir cet amour. Cela m’apparaît être une grand tâche d’une paroisse, d’une communauté catholique, de faire réellement tout ce qu’il y a de possible pour qu’elles se sentent aimées, acceptées ; qu’elles ne sont pas « en dehors » même si elles ne peuvent recevoir l’absolution et l’Eucharistie : elles doivent voir que même ainsi, elles vivent pleinement dans l’Église. Même si l’absolution dans la Confession n’est pas possible, un contact permanent avec un prêtre, avec un guide de l’âme, est très important pour qu’elles puissent voir qu’elles sont accompagnées et guidées. Et puis, il est aussi très important qu’elles sentent que l’Eucharistie est vraie et qu’elles y participent si elles entrent vraiment en communion avec le Corps du Christ. Même sans la réception « corporelle » du sacrement, nous pouvons être spirituellement unis au Christ dans son Corps. Et faire comprendre cela est important. Que réellement elles trouvent la possibilité de vivre une vie de foi, avec la Parole de Dieu, avec la communion de l’Église et puissent voir que leur souffrance est un don pour l’Église, parce qu’elles servent ainsi à tous pour défendre aussi la stabilité de l’amour, du mariage ; et que cette souffrance n’est pas seulement un tourment physique et psychique, mais qu’elle est aussi une souffrance dans la communauté de l’Église pour les grandes valeurs de notre foi. Je pense que leur souffrance, si elle est réellement intérieurement acceptée, est un don pour l’Église. Elles doivent le savoir, qu’ainsi elles servent l’Église, elles sont dans le cœur de l’Église. 

Il nous appartient donc de beaucoup prier pour ce synode, pour que, sans s’embourber dans des voies sans issues, les discussions synodales puissent être de véritables aides pour notre pape en vue de redire la beauté du plan de Dieu sur la famille et être témoin de miséricorde dans la vérité auprès des familles éprouvées, en ce monde qui a tant besoin d’entendre la voix de l’Eglise.

Laissez un commentaire