Eglise et réformes selon Joseph Ratzinger

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Le pape François est en train de mener courageusement une réforme dans l’organisation de la Curie Romaine. Certaines voix en profitent pour s’élever et demander des réformes « radicales » pour faire « évoluer l’Eglise » et la faire entrer dans le moule du monde moderne. A l’heure où l’on entend beaucoup parler de réformes dans l’Eglise, les travaux de Joseph Ratzinger sur l’Eglise sont très précieux, comme des approfondissements sur ce qu’est l’Eglise et ce que doivent viser les réformes au sein de l’Eglise. Le théologien allemand rappelait que « la plupart des questions débattues sur l’Eglise de nos jours sont d’ordre pratique : quelle est la responsabilité de l’évêque? …A quoi sert la papauté? …Comment les évêques et le pape doivent-ils collaborer? Quelle est la place des laïcs dans l’Eglise? Pour répondre convenablement à ces problèmes pratiques, nous devons préalablement poser la question de fond : Qu’est-ce que l’Eglise? …Seule une réponse correcte à cette question fondamentale peut nous offrir une chance de trouver une réponse appropriée aux problèmes particuliers. » ( Appelés à la communion p.11)

Bien sûr, un résumé de la réflexion écclésiologique de J.Ratzinger-Benoît XVI dépasserait (et de loin) les possibilités d’un article…Néanmoins, observons que pour J.Ratzinger, « l’origine d’une bonne partie des équivoques et des véritables erreurs qui mettent en péril la théologie aussi bien que la conscience commune catholique » se trouve dans une  » crise du concept de l’Eglise« , considérée comme construction humaine. L’écclésiologie de J.Ratzinger pourrait se résumer dans la certitude que l’Eglise est oeuvre de Dieu, dans laquelle humain et divin se compénètrent pour réaliser l’unité des hommes dans le Christ Jésus.

C’est pourquoi J Ratzinger se refuse à considérer les réformes sous un angle purement pratique. Il donnait cette comparaison avec Michel Ange qui ne se considérait pas comme « créateur de son oeuvre d’art », mais qui voyait, avant d’agir, dans le bloc de pierre la forme idéale qu’il fallait dégager et mettre à nu. Pour celui qui n’était encore « que » le cardinal Ratzinger, cela reflétait l’essence de toute réforme ecclésiale : non point créer mais pratiquer une « ablatio » dans les structures humaines, nécessaires mais dont certaines sont devenues caduques, et ce, pour révéler dans sa beauté et sa pureté l’oeuvre de Dieu, le plan de Dieu sur l’Eglise. D’où la nécessité de scruter sa nature…

Certains considèrent J Ratzinger comme un « progressiste devenu conservateur », « un réformateur qui se serait figé à mi-parcours ». Il n’en n’est rien, comme en témoigne cet aveu : « Même si, dans les configurations historiques ou autres auxquelles je me suis trouvé- et ,naturellement aussi à travers les âges de la vie et leurs différents états d’esprit des nuances de ma pensée ont changées et se sont développées, mon impulsion fondamentale à toujours été  de dégager le coeur de la foi sous les couches sclérosées et de donner à ce coeur force et dynamisme. cette impulsion est la constante de ma vie. »(le sel de laterre p.78 79  114)

Ni progressiste ni conservateur, il discerne ce qui est institution divine (par exemple l’épiscopat, le sacerdoce, la primauté du pape, le lien eucharistie-sacerdoce ministériel…) de ce qui est structure humaine à renouveler (par ex. organisation de la Curie, institution des conférences épiscopales…, d’ailleurs tout n’est là non plus pas forcément à remettre sur le tapis.) pour mettre en valeur le centre divin de l’Eglise. Telle est la tâche du vrai réformateur. Il ne s’agit donc ni de course au progrès – J.Ratzinger note avec lucidité qu’à ce jeu-là l’Eglise aura toujours un temps de retard, même (et peut être surtout) avec la meilleure « bonne volonté progressiste »…(cf Le nouveau peuple de Dieu p. 127) – ni de se modeler sur le monde présent. La façon dont on doit concevoir les réformes doit s’appuyer sur ce que le théologien allemand écrivait sur le véritable peuple de Dieu : non pas parlement démocratique où les hommes ont l’initiative mais communauté en prière qui veut faire la volonté de son Dieu, son maître et seigneur, volonté bien plus belle que toutes nos élucubrations humaines.

D’une certaine façon, l’oeuvre ecclésiologique de J.Ratzinger-Benoît XVI, pleinement dans le sillage de Vatican II, a labouré le terrain au niveau théologique et dogmatique pour de futures vraies réformes, réformes qui nécessitent, comme il l’a si souvent rappelé, une vague de sainteté.

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