Guerre d’Algérie : La mémoire ne peut faire l’impasse de la vérité

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Cérémonie religieuse pour les victimes de la guerre d’Algérie.

A l’occasion de l’accueil de la Fédération nationale des anciens combattants d’Algérie à St Pierre de Colombier

 

Homélie :

Je vous remercie d’avoir accepté ce temps de prière pour toutes les victimes de la guerre d’Algérie, qui ont été évoquées au monument aux morts. St Jean-Paul II, dans son livre «mémoire et identité», paru quelques semaines avant sa mort, soulignait l’importance de la mémoire pour forger l’identité d’une Nation. Notre Père Fondateur n’a pas cessé de nous inviter à participer aux cérémonies du 11 novembre et du 8 mai, qui ravivent, chaque année, la mémoire nationale et façonnent notre identité. Les jeunes Français ne doivent pas oublier ces centaines de milliers de jeunes de leur âge qui ont versé leur sang lors des deux guerres mondiales. Sans eux, nous ne serions pas libres et nous ne connaîtrions ni l’égalité, ni la fraternité.

Les jeunes doivent aussi savoir ce qu’a été la guerre d’Algérie. Je suis mal placé pour en parler car j’étais enfant au moment de cette guerre, mais je me souviens encore d’un jeune appelé qui se cachait pour ne pas partir en Algérie. J’ai vu les gendarmes venir le chercher de force. En 1962, j’avais 11 ans. J’ai entendu le témoignage de chrétiens d’El Goléa, que nous avions accueillis à Laurac en Vivarais dans une grande école inoccupée. Plusieurs avaient été sauvés quasi miraculeusement et avaient failli être assassinés avant de monter dans l’avion. Ils étaient partis avec leurs seuls vêtements ! Ces deux souvenirs m’ont marqué. Aucun Français ne devrait oublier les horreurs de cette guerre d’Algérie. En 1956, sur les 400.000 militaires Français en Algérie, 80% étaient des appelés. Le nom de «guerre» n’a été officiellement utilisé qu’à partir de 1999. Pour beaucoup d’entre vous, elle a été la guerre dont il ne fallait pas parler ! Vous avez souffert et vous souffrez de ne pas pouvoir dire tout ce que vous voudriez dire. Vous avez, nous en sommes convaincus, beaucoup de choses encore à exprimer sur cette guerre, que vous avez vécue et qui vous a fait souffrir. Puisse cette brève cérémonie religieuse vous permettre de confier à Dieu ce qui est le secret de vos cœurs, que vous n’avez même pas pu confier aux membres de vos familles et à vos amis. Toute guerre entraîne avec elle son lot de souffrances et d’horreurs. C’est la raison pour laquelle les derniers Papes ont lancé, à plusieurs reprises, ce cri : « plus jamais la guerre, plus jamais la guerre » !

Ce cri ne veut pas signifier que l’Eglise condamne ceux qui sont engagés dans des opérations militaires. Il est nécessaire de privilégier le dialogue, mais s’il est impossible, la septième Béatitude énoncée par Jésus doit être mise en application : «bienheureux les pacifiques, ils seront appelés fils de Dieu». Le «pacifique» n’est pas le «pacifiste». Ce dernier, le pacifiste, est prêt à toute compromission pour jouir de sa paix égoïste, même si des innocents sont massacrés à quelques kilomètres de chez lui. Le pacifique, quant à lui, est courageux. Il s’engage pour désarmer les injustes agresseurs, protéger les innocents et mettre la paix là où elle n’existe pas et il le fait jusqu’au don de sa vie s’il le faut ! La France doit rendre honneur à tous ces pacifiques qui sont sa gloire et que Jésus appelle « fils de Dieu ». Aujourd’hui, nous sommes appelés au courage pour empêcher l’Etat Islamique de continuer ses actes terroristes barbares !

Puisons en Dieu le courage et l’amour pour que la France retrouve la fidélité à ses valeurs et à son histoire. Elle ne doit pas oublier qu’elle est la Fille aînée de l’Eglise. Sans le baptême de Clovis et de ses soldats Francs, la Gaule romaine ne serait jamais devenue la France ! Saint Jean-Paul II a rappelé, en 1981, à Paris la mission de la France : éducatrice des peuples du fait de son Alliance avec la Sagesse éternelle. Jésus, dont Isaïe disait qu’Il est le Prince de la Paix, nous invite en ce dimanche à L’imiter pour être des artisans de paix. Il a offert sa vie pour réconcilier les hommes avec Dieu. Il a tué la haine et détruit les murs de séparation entre les hommes. Ses premières paroles à ses disciples, le dimanche de Sa Résurrection, ont été : la paix soit avec vous ! Ces paroles, Il vous les redit en ce dimanche où nous fêtons Dieu Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit. Dieu n’a pas créé les hommes pour qu’ils se fassent la guerre, mais pour qu’ils s’aiment comme des frères. Son dessein d’amour est que toutes les Nations s’unissent pour former la Famille des Nations et la civilisation de l’amour. En cette Année Sainte de la Miséricorde, l’Eglise en est convaincue, Dieu veut répandre les flots de Miséricorde dans le cœur de tous les hommes de bonne volonté. N’ayons pas peur de Dieu. Il n’est qu’un Dieu d’Amour, qui ne veut pas le malheur des hommes mais leur bonheur éternel.

Confions-lui à présent toutes les victimes de la guerre d’Algérie : les soldats que vous avez connus et aimés, tous les autres militaires, qui sont morts en cette guerre et que nous ne connaissons pas, tous les Français, qui ont été injustement et violemment dépouillés de tous leurs biens, tous les Harkis qui ont été massacrés et que nous n’avons pas protégés. Puisse la France faire toute la vérité sur les évènements de la guerre d’Algérie en vue de la purification de notre mémoire et de la réconciliation nationale.

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