La charité ne passera jamais !

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Homélie de la cérémonie des engagements Foyers amis. 23 octobre 2016

Bien chers foyers amis, bien chers amis, la Parole de Dieu, que nous avons choisie en cette année jubilaire de la Miséricorde, veut d’abord souligner le primat de l’amour de charité, qui est la source à laquelle vous devez sans cesse puiser pour nourrir et fortifier votre amour conjugal. Saint Paul vient de nous dire : « La charité est longanime; la charité est serviable; elle n’est pas envieuse; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal; elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. La charité ne passe jamais » (1Co 13,4-8).

Au numéro 43 de Gaudium et Spes, les Pères du Concile Vatican II enseignaient : « Cet amour (conjugal), par un don spécial de sa grâce et de sa charité, le Seigneur a daigné le guérir, le parfaire et l’élever. Associant l’humain et le divin, un tel amour conduit les époux à un don libre et mutuel d’eux-mêmes qui se manifeste par des sentiments et des gestes de tendresse et il imprègne toute leur vie ; bien plus, il s’achève lui-même et grandit par son généreux exercice. Il dépasse donc de loin l’inclination simplement érotique qui, cultivée pour elle-même, s’évanouit vite et d’une façon pitoyable ». L’amour conjugal a absolument besoin d’être guéri, parfait et élevé par la Grâce de Dieu et la vertu théologale de charité. Le Père ne craignait pas de parler de la grande misère de la sexualité, lorsqu’elle est vécue sans Dieu et contre la Loi de Dieu.

Le Bx Paul VI a eu le très grand courage de donner l’Encyclique prophétique « Humanae Vitae », qui a porté à son accomplissement l’enseignement du Concile Vatican II sur l’amour conjugal. Cette Encyclique n’était pas un « non » de l’Eglise au bonheur des époux, mais un « oui » de l’Eglise au véritable amour conjugal, qui pour ne pas être esclave de la Loi de la chair, doit, pour les époux chrétiens, se laisser animer par l’Amour supérieur qu’est l’Amour qu’est Dieu. L’amour conjugal, animé par l’amour de charité, n’est pas anéanti, il est, bien au contraire, transfiguré. Merci à Paul VI d’être allé si courageusement à contre-courant en l’année 1968 où des théologiens parlaient dans l’Eglise de révolution sexuelle. Merci à vous, bien chers Foyers amis, d’être en ce monde où l’amour est défiguré les témoins courageux de l’Encyclique Humanae Vitae. Vous n’êtes pas les derniers des Mohicans, mais les prophètes de la civilisation de l’amour dans laquelle beaucoup de couples voudront vivre leur amour conjugal en associant leur amour humain et l’amour divin qu’est l’Amour de Dieu !

Saint Jean-Paul II, le Grand Pape de la Famille et de la théologie du corps, a donné une argumentation plus personnaliste encore à l’enseignement de Paul VI. Il a également développé Gaudium et Spes et montré que lorsque l’amour conjugal était vraiment associé à l’Amour divin, alors les époux ne devaient pas avoir peur de s’aimer amoureusement. Benoît XVI, dans sa première Encyclique sur Deus Caritas, a magnifiquement parlé de Dieu Amour. Il n’a pas craint d’attribuer à Dieu la dimension passionnelle de l’Amour : éros. Mais cette attribution a été faite après avoir soigneusement redonné à éros sa pureté originelle et divine. Ce grand Pape théologien a parlé de l’eros rabaissé simplement au «sexe», qui est une marchandise, une simple «chose» que l’on peut acheter et vendre; plus encore, disait Benoît XVI, l’homme devient une marchandise. En réalité, l’éros rabaissé et dégradé, ce n’est pas vraiment le grand oui de l’homme à son corps. L’éros a besoin d’être racheté par Jésus rédempteur et d’être purifié et élevé par les grâces du sacrement de mariage. Alors et alors seulement, il peut être avec agapé une dimension indispensable à l’amour conjugal.

Notre Pape François a reproduit, dans Amoris laetitia, plusieurs riches développements des membres des deux derniers Synodes sur la famille. Les numéros 95 à 119 développent l’enseignement de Saint Paul que nous venons d’entendre. Amoris laetitia conclut ainsi : « L’hymne de saint Paul, que nous avons parcouru, nous permet de passer à la charité conjugale. C’est l’amour qui unit les époux, sanctifié, enrichi et éclairé par la grâce du sacrement de mariage. C’est une «union affective», spirituelle et oblative, mais qui inclut la tendresse de l’amitié et la passion érotique, bien qu’elle soit capable de subsister même lorsque les sentiments et la passion s’affaiblissent. Le Pape Pie XI enseignait que cet amour  imprègne tous les devoirs de la vie conjugale et «a une sorte de primauté de noblesse». En effet, cet amour fort, répandu par l’Esprit Saint, est un reflet de l’Alliance inébranlable entre le Christ et l’humanité qui culmine dans le don total, sur la croix : «L’Esprit, que répand le Seigneur, leur donne un cœur nouveau et rend l’homme et la femme capables de s’aimer, comme le Christ nous a aimés. L’amour conjugal atteint cette plénitude à laquelle il est intérieurement ordonné, la charité conjugale». Ce passage d’Amoris laetitia révèle l’herméneutique de continuité : l’inspiration du Saint-Esprit donnée à l’Eglise depuis sa Fondation pour éclairer les hommes et les conduire sur la voie du véritable et bel amour !

L’évangile que nous avons choisi est celui des Béatitudes. Il nous prépare à la prochaine année que nous voulons centrer sur la Justice Sainteté. Nous pouvons remarquer que Jésus utilise deux fois le mot Justice : dans la 4e et la 8e Béatitudes. Cela ne signifie pas, bien évidemment, que la Justice serait supérieure à la Miséricorde. Nous devons toujours revenir au Psaume 84 : «Amour et vérité se rencontrent, paix et justice s’embrassent ! » Le Père et Mère Marie-Augusta, nous en sommes convaincus, désirent que nous mettions en relief, au cours de l’année prochaine, le grand appel de Dieu dans l’AT, mais aussi celui de Jésus et celui des saints tout au long de l’Histoire de l’Eglise : « Soyez saints parce que, Moi, le Seigneur, Je suis saint ». Il est évident que, sans la Miséricorde divine, nous serions toujours esclaves des conséquences du péché originel et de nos péchés personnels. Mais nous avons été justifiés par le sacrement du baptême. Alors, pour témoigner auprès de vos contemporains que vous avez été renouvelés par la Miséricorde, allez de l’avant dans vos découvertes de l’Amour et soyez les témoins de l’Amour divin en vous efforçant d’être de saints époux avec la grâce de Dieu !

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