Des pharisiens et des publicains : un jeune prêtre de la Génération Benoît XVI laisse parler son cœur et son esprit

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Des pharisiens et des publicains…

L’évangile de ce 13 octobre (Lc 11, 47-54) est la conclusion du discours de Jésus aux Pharisiens et aux docteurs de la loi. C’est une occasion de réflexion. Il est de bon ton, aujourd’hui, de pointer du doigt dans l’Église tout ceux qui rappellent la doctrine et la morale, en les accusant de la pire des catégories dont on puisse être : les pharisiens. On dit que les ennemis de Jésus sont les pharisiens. Cela est vrai, même si l’on est parfois un peu binaire – « Les pharisiens sont les méchants ; les publicains et les pécheurs sont les gentils… ». Puisque tout n’est pas noir ou blanc, il faut se souvenir que pour descendre Jésus de la croix, à l’heure la plus sombre, « Matthieu le publicain » (Mt 10, 3) n’était pas là, ni ses amis… Mais un pharisien, Nicodème (cf. Jn 19, 39), et un membre du grand conseil, Joseph (Lc 23, 50-51). Ensuite on fait souvent le syllogisme suivant : « Les ennemis de Jésus sont les pharisiens. Or les pharisiens enseignaient la loi. Donc ceux qui enseignent la loi sont des pharisiens et des ennemis de Jésus » ! Il n’est pas besoin d’avoir eu des cours de logique pour voir que cette pseudo-déduction est un peu rapide !

Qu’en est-il dans l’évangile ? C’est un fait, Jésus n’est pas tendre avec les pharisiens. Le plus grave chez eux réside assurément en ces deux points : leur orgueil : « Je te remercie car je ne suis pas comme les autres hommes… » (Lc 18, 11) ; et leur hypocrisie : « Ils disent et ne font pas » (Mt 23, 3). Sans aucun doute, cela doit être pour nous un avertissement et un motif de sincère examen de conscience. Mais il faut lire correctement et honnêtement l’évangile : à quel moment Jésus reproche-t-il aux Pharisiens d’enseigner la Loi ? Jamais ! Au contraire, Jésus demande à la foule de les écouter et de faire ce qu’ils disent : « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le » (Mt 23, 2-3). Par là, Jésus valide leur enseignement. Jésus, en effet, n’est pas venu abolir la loi, et il dit clairement : « Pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux » (Mt 5, 18-19). Par contre, Jésus leur reproche de ne pas observer la loi qu’ils enseignent : « Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas » (Mt 23, 3). Ailleurs, Jésus nous demande de ne pas vivre non plus comme les publicains : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? » (Mt 5, 46). Donc il n’y a pas de récompense pour ceux qui vivent comme les publicains, c’est-à-dire qui abaissent leurs exigences à la manière de vivre du monde. Jésus ajoute : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48). Si Jésus est venu d’abord pour les publicains et les pécheurs, c’est, comme il le dit explicitement, « pour qu’ils se convertissent » (Lc 5, 32). Ainsi, il n’est pas nécessairement besoin d’être orgueilleux pour enseigner la foi et la morale. Il s’agit simplement de vouloir obéir à Jésus : « Enseignez toutes les nations, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et apprenez-leur à garder tous mes commandements » (Mt 28, 19-20). Même s’il est vrai que l’on n’est pas parfait soi-même, c’est notre mission. On invoque souvent la parabole célèbre du pharisien et du publicain (cf. Lc 18, 9-14), dont on fait en général des interprétations très consensuelles. Voici en revanche comment Jean-Paul II l’interprétait dans Veritatis Splendor : « Une grande vigilance est demandée à tous, afin de ne pas se laisser gagner par l’attitude pharisaïque qui prétend éliminer le sentiment de ses limites et de son péché, qui s’exprime aujourd’hui particulièrement par la tentative d’adapter la norme morale à ses capacités, à ses intérêts propres et qui va jusqu’au refus du concept même de norme. »[2] Autrement dit, le pharisien d’aujourd’hui, c’est celui qui pense qu’il n’a pas de péché, parce que la règle morale, la norme générale, ne s’applique pas à son « cas particulier »…

Ainsi, aujourd’hui, la confusion va jusqu’à la contradiction : ceux qui rappellent la loi morale sont taxés de pharisiens. Mais ils sont exclus et montrés du doigt comme des publicains…

Faisons pour l’Église cette prière que le Père aimait beaucoup, et que Paul VI avait inscrite sur l’image de son ordination : « Mon Dieu, faites l’unité des esprits dans la vérité et l’union des cœurs dans la charité. »

C’est le 13 mai qu’est célébrée la mémoire de Notre Dame de Fatima, mais nous pensons en ce 13 octobre que nous célèbrerons dans un an le centenaire de la dernière apparition et du miracle du soleil. « De ce lieu, disait le Cardinal Ratzinger, fut lancé un avertissement sévère, qui va à l’encontre de la superficialité dominante, un rappel au sérieux de la vie… »[1] Que beaucoup entendent cet appel et que le Cœur Immaculé de Marie triomphe.

[1] Joseph Ratzinger, Entretien sur la foi, Fayard, 1985, page 128

[2] JEAN-PAUL II, Veritatis Splendor, nº 105

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