Le mystère de Noël est un mystère de lumière

Classé dans : Actualité Domini, Homélies | 0

25 décembre 2016 : Messe du Jour de Noël (Fr. Clément-Marie)

Nous venons de relire le même évangile que cette nuit. Ce ne sont pas tout à fait les mêmes mots, mais c’est vraiment le même évangile, le même mystère, le même événement qui nous est rapporté. « La gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière » nous a dit saint Luc cette nuit en nous parlant de l’apparition des anges aux bergers. « Le Verbe était la vraie lumière qui éclaire tout homme en venant en ce monde » nous dit saint Jean ce matin. Le mystère de Noël est un mystère de lumière. Mais c’est, pour le moment encore, une lumière fragile, discrète, dont la lueur n’est visible que par les humbles. C’est pourquoi le signe qui est donné est si surprenant. Là encore, le récit de saint Luc et le prologue de saint Jean sont si proches. Saint Luc nous rapporte la parole des anges aux bergers : « Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Ainsi, le signe de la naissance du Messie-Roi est la pauvreté… Notons que la pauvreté n’est pas un but en soi, elle est un signe. D’abord un signe éloquent : ce Roi n’a pas été reçu par les siens. Mais aussi un signe de son abaissement volontaire. Pourquoi la pauvreté ? La pauvreté n’est pas la misère. Mais elle est l’élimination du superflu. Par là, elle est la manifestation de ce qui est vrai. Elle est une garantie de vérité. Jésus ne vient rien apporter d’autre. Il dira à Pilate : « Je ne suis né et venu dans le monde que pour ceci : rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37). C’est ce que dit saint Jean aujourd’hui au commencement de son évangile : « La grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. » Il y a un lien étroit entre la pauvreté et la vérité, qui toutes les deux s’opposent à ce qui est factice. L’une et l’autre sont exigeantes. Voilà pourquoi celui qui vient dans la pauvreté pour rendre témoignage à la vérité n’est pas reçu. Saint Luc, cette nuit, nous disait : « Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. » Saint Jean nous révèle ce matin la même réalité, mais avec des mots plus larges, comme pour montrer que la réalité de cet événement d’il y a deux mille ans englobe aussi notre époque et continue à se vivre aujourd’hui : « Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu. » Rien n’a changé. Parce que la vérité est exigeante, elle n’est pas la bienvenue chez les hommes. La paganisation de la fête de Noël en est une belle illustration. Cette paganisation de Noël, disait Joseph Ratzinger, est « une tentative de conserver ce que cette fête a de beau et de touchant, et de se débarrasser de ce qu’elle a d’exigeant. »[1] Ainsi, on fête Noël avec de bons repas, avec des lumières sur nos balcons et nos fenêtres, avec une réunion de famille, mais sans Jésus… Noël sans Jésus… « Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu. » Mais saint Jean ajoute aussitôt : « Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu… » Tous ceux qui l’ont reçu ? Ils sont bien peu nombreux, en ce matin de Noël. Mais ils sont là, et l’évangéliste rejoint une fois encore le témoignage de saint Luc : c’est vrai, Dieu leur a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu. Il leur a donné des cœurs d’enfants. Qui sont-ils, en ce matin de Noël, à la crèche ? La Vierge Marie et Saint Joseph, d’abord, les témoins privilégiés de l’Incarnation du Verbe. Sont aussi arrivés les bergers. Parfois caricaturés comme des marginaux simplets, ils sont en réalité les fidèles, ceux qui vivaient dans la discrétion, loin du bruit et de l’agitation. Enfin, l’évangile ne les mentionne pas, mais la Tradition a gardé très tôt le souvenir de leur présence dans la crèche : l’âne et le bœuf. Ils ne sont pas le produit d’une imagination folklorique, mais le témoignage de la foi de l’Église dans l’unité de l’Ancien et du Nouveau Testament.[2] Isaïe avait écrit : « Le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne, la crèche de son maître. Israël ne le connaît pas, mon peuple ne comprend pas » (Is 1, 3). Ils sont les représentants de ceux qui, malgré la faiblesse de l’intelligence devant un tel mystère, ont su reconnaître en Jésus la vérité faite chair, le Verbe qui est la vraie lumière. Soyons donc aussi intelligents que le bœuf et l’âne, avait dit un jour pour Noël Monseigneur Léonard ![3]

Ces quelques témoins privilégiés de la naissance du Sauveur peuvent nous dire avec saint Jean : « Tous, nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce. » Ils ont vu le Verbe, qui est la vraie lumière, qui est la vérité. La réalisation de la Promesse commence en ce jour de Noël, où la lumière du soleil va désormais gagner un peu chaque jour sur la nuit. Cette victoire, lente mais certaine, de la lumière se poursuit jusqu’à son retour. Prenons part nous aussi à cette plénitude de grâce que vient apporter cet Enfant, qui est « une grande joie pour tout le peuple. » Dans la première lecture, nous avons entendu Isaïe nous exhorter à accueillir cette joie : « Éclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem ! » Oui, malgré les ruines de Jérusalem, et le combat grandissant entre les ténèbres et la lumière, réjouissons-nous profondément. Car elle est sûre, cette parole de saint Jean, et elle s’accomplit dès aujourd’hui : « La lumière a brillé dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. »

[1] Joseph RATZINGER, Voici quel est notre Dieu, Plon-Mame, 2000, p. 154

[2] Cf. Joseph RATZINGER, La grâce de Noël, Parole et Silence, 2007, p. 61

[3] https://fr.zenit.org/articles/aussi-intelligents-que-l-ane-et-le-boeuf-de-la-creche/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *