Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé

9 Janvier 2017 : Baptême du Seigneur (Fr. Jean-Régis)

Dans le sillage de la solennité de l’Epiphanie célébrée hier, nous fêtons aujourd’hui une autre épiphanie du Seigneur : son baptême dans le Jourdain. En effet, « dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. » ». De même que dans la vie de notre Seigneur Jésus son baptême dans le Jourdain fut un évènement charnière puisque sa vie publique commence avec cet important évènement, de même dans la liturgie, cette fête du baptême de notre Seigneur marque et la fin du temps de Noël et le début du temps ordinaire. Le Baptême de notre Seigneur Jésus est vraiment à plus d’un titre une épiphanie, une manifestation. Essayons d’entrer plus en profondeur dans le mystère de ce jour à l’aide du catéchisme de l’Eglise catholique[1] et des homélies de Benoit XVI[2].

Le premier acte public de Jésus, comme nous venons de l’entendre, a été de descendre au Jourdain, au milieu des pécheurs pénitents, pour recevoir ce baptême. Naturellement Jean ne voulait pas, mais Jésus insista, car telle était la volonté du Père (Mt 3, 13-15). C’est donc l’acceptation et l’inauguration de sa mission de Serviteur souffrant. Jésus se laisse compter parmi les pécheurs, Il est déjà « l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » ; déjà, il anticipe le « baptême » de sa mort sanglante (Mc 10, 38). Il vient déjà « accomplir toute justice » (Mt 3, 15), c’est-à-dire qu’il se soumet tout entier à la volonté de son Père : il accepte par amour le baptême de mort pour la rémission de nos péchés (Mt 26, 39). A cette acceptation répond la voix du Père qui met toute sa complaisance en son Fils. Le baptême de Jésus est donc bien une manifestation de son « anéantissement » (Ph 2, 7).

Le mot « baptême », qui en grec signifie « immersion » peut être vu comme le résumé du mystère du Christ dans le monde. Le Fils de Dieu, qui partage depuis toute éternité avec le Père et avec l’Esprit Saint la plénitude de la vie, a été « immergé » dans notre réalité de pécheurs, pour nous faire participer à sa vie elle-même : il s’est incarné, il est né comme nous, il a grandi comme nous et, parvenu à l’âge adulte, il a manifesté sa mission en commençant précisément par le « baptême de conversion » donné par Jean Baptiste. En cette circonstance, pour la première fois de l’histoire, le mystère trinitaire se manifeste de façon claire et complète : « les cieux s’ouvrirent » que le péché d’Adam avait fermés ; l’Esprit qui planait sur les eaux de la première création, et que Jésus possède en plénitude dès sa conception, vient « reposer » sur lui et le Père manifeste Jésus comme son « Fils bien-aimé » (Mt 3,16-17).

Il existe une étroite corrélation entre le Baptême du Christ et notre Baptême. Les cieux ouverts indiquent que le Sauveur nous a ouvert la voie du Salut et que nous pouvons la parcourir précisément grâce à la nouvelle naissance « d’eau et d’esprit » (Jn 3, 5) qui se réalise lors du baptême. Par le Baptême, nous sommes sacramentellement assimilés à Jésus qui anticipe en son baptême sa mort et sa résurrection ; nous devons donc entrer dans ce mystère d’abaissement humble et de repentance, descendre dans l’eau avec Jésus, pour remonter avec lui, renaître de l’eau et de l’Esprit pour devenir, dans le Fils, fils bien-aimé du Père et « vivre dans une vie nouvelle ». Par le baptême, nous sommes insérés dans le Corps mystique du Christ, qui est l’Église, nous mourons et nous ressuscitons avec Lui, nous nous revêtons de Lui, comme le souligne à plusieurs reprises l’apôtre Paul (1 Co 12, 13 ; Rm 6, 3-5; Gal 3, 27). Le fruit du Baptême ou grâce baptismale est donc une réalité riche qui comporte : la rémission du péché originel et de tous les péchés personnels ; la naissance à la vie nouvelle par laquelle l’homme devient fils adoptif du Père, membre du Christ, temple du Saint-Esprit. Par le fait même, le baptisé est incorporé à l’Eglise, Corps du Christ, et rendu participant du sacerdoce du Christ. L’engagement qui découle du Baptême est celui d’ « écouter » Jésus : c’est-à-dire de croire en Lui, et de Le suivre docilement en faisant sa volonté. C’est de cette façon que chacun peut tendre à la sainteté, un but qui, comme l’a rappelé le Concile Vatican II, constitue la vocation de tous les baptisés.

Rappelons que pour assurer l’entrée dans la béatitude éternelle, l’Eglise ne connaît pas d’autre moyen que le baptême ; c’est pourquoi elle se garde de négliger la mission qu’elle a reçue du Seigneur de faire « renaître de l’eau et de l’Esprit » tous ceux qui peuvent être baptisés : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28, 19-20).

En nos temps de néo-paganisme, les anniversaires civils ont beaucoup d’importance et prennent parfois des proportions démesurées mais en contrepartie, l’anniversaire de notre adoption comme fils adoptif de Dieu opéré par le baptême est trop facilement oublié et négligé. Que nos saints protecteurs dont nous avons reçu le nom nous aident à tendre à la sainteté en restant fidèles aux promesses de notre Baptême. Que la Vierge Marie nous rende dociles à écouter son Fils unique pour mériter le nom de fils de Dieu et l’être vraiment.

[1] C.E.C n° 535 à 537 ; 1223 à 1225 ; 1257 ; 1279.

[2] Homélies du pape Benoit XVI les dimanches 7 janvier 2007 et 13 janvier 2008.

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