Dans l’art de l’éducation, la douceur demande plus de courage que la violence

Vendredi 27 janvier 2017 : Sainte Angèle Merici (Fr. Joseph)

Fondatrice de la congrégation des Ursuline de Brescia (✝ 1540)

Angèle Mérici naît à Desenzano vers 1474. Son enfance, vécue en milieu rural avec trois frères et une sœur, est profondément imprégnée par la foi solide de ses parents vécue dans une condition modeste. Comme la plupart des femmes de son époque, Angèle est peu instruite mais son père lisait aux enfants, le soir, la vie des saints. Angèle sait en profiter et, à l’âge de 9 ans, elle a déjà la volonté de rester vierge. Elle s’exerce aux vertus, en particulier une volonté solide pour aimer chacun, à commencer par les plus proches.

Devenue orpheline vers l’âge de 15 ans, Angèle est accueillie dans la famille d’un oncle. Elle apprend à lire, non à écrire. Il y avait chez son oncle une certaine mondanité, mais Angèle sait y résister. C’est même là qu’elle revêt l’habit des tertiaires de saint François et mène une vraie vie religieuse tout en demeurant dans son milieu de vie. Angèle, devenue sœur Angèle, travaille, jeûne, prie, participe à la Messe et communie le plus souvent possible (fait rare à l’époque). Elle mène désormais la vie simple et au service des autres qu’elle désirait.

Elle a 21 ans quand elle perd sa sœur : c’est un vrai dépouillement pour elle. Elle revient alors à la ferme familiale pour remplacer sa sœur défunte. En 1536, elle a 31 ans, alors qu’elle travaille aux champs, elle reçoit une grâce particulière : dans un rayon de lumière venant du ciel, elle voit défiler un cortège d’anges et de jeunes filles montant et descendant une échelle. Cette vision comporte un appel intérieur dont elle comprendra plus tard toute la portée.

Elle fait plusieurs fois le pèlerinage au mont Varillo, qui était une réplique des Lieux Saints vers lesquels il était dangereux de se rendre. Mais alors qu’elle a près de 50 ans, elle entreprend le pèlerinage en Terre Sainte. Arrivée à l’île de Crète, elle perd la vue et, miraculeusement, la retrouve au même endroit lors de son retour. Elle comprend que Dieu veut la détacher de tout ce qui n’est pas Lui.

Angèle vient demeurer à Brescia. Sa présence et son action éveillent peu à peu l’attention de son entourage. Dans une Italie défigurée par la guerre et ses conséquences, elle fait de plus en plus figure de repère sûr. Par sa sagesse, son discernement, son don de réconcilier les personnes et d’interpréter les Écritures, elle devient «la Madre Suor Angela» que fréquentent des gens de toutes conditions.

Avec de nombreuses amies, elle se dévoue au soulagement des plus pauvres et des sans logis. Etant elle-même affectée d’une grave maladie, elle est guérie miraculeusement lors d’un nouveau pèlerinage au mont Varillo. Elle se dévoue encore davantage.

Mais l’appel intérieur jadis entendu se fait de plus en plus urgent. Bientôt, elle est à nouveau gratifiée de la vision qu’elle avait déjà eue lors de sa jeunesse. Il est clair que Dieu l’appelle à fonder une Compagnie de religieuses. Le but de cette compagnie sera l’enseignement des jeunes filles. L’intuition est claire : la société a besoin d’être réformée par des familles éducatrices, pour cela il faut se consacrer à la formation des femmes qui sont l’âme de la famille. C’est à l’âge de 60 ans qu’elle réalise ce projet. Le 25 novembre 1535, Angèle fonde la Compagnie de sainte Ursule qui compte 28 compagnes. Elles s’engagent dans un état de vie tout à fait nouveau pour l’époque. Ces femmes se consacrent à Dieu, sans être cloîtrées. Elles se mettent sous la protection de sainte Ursule, femme vaillante par excellence, que sainte Angèle affectionnait beaucoup.

Angèle guide sa compagnie durant seulement 5 ans, car Dieu la rappelle à Lui, le 27 janvier 1540, elle a 65 ans. Elle laisse à ses filles un bel héritage spirituel avec la certitude que c’est Dieu qui a planté la Compagnie, et donc que rien ni personne ne saura la déplanter.

Après le Concile de Trente (1545-1563), la Compagnie des Ursulines doit se transformer en Ordre religieux, et les filles de sainte Angèle ont dû entrer dans des cloîtres. Elles ont cependant continué d’être apostoliques en se donnant spécialement à l’éducation de la jeunesse. Elles ont continué à faire fructifier la «pédagogie» d’Angèle, qui excellait dans l’art d’accueillir et de conduire chacun.

Retenons cette exhortation de Sainte Angèle à ses filles : « En tout, soyez aimables ! Gardez-vous de vouloir obtenir par la force. En effet, Dieu donne à chaque être humain le libre arbitre. Le Seigneur ne veut faire violence à personne. Il propose seulement, il invite et conseille. » Comprenons que dans l’art de l’éducation, la douceur demande plus de courage que la violence. Il y a 3 jours, nous fêtions Saint François de Sales qui disait dans le même sens : « on attrape plus de mouches avec un gramme de miel qu’avec un tonneau de vinaigre ». Cela ne signifie pas que l’énergie n’ait pas de place dans l’éducation. Si, bien sûr, mais l’énergie porte du fruit quand elle jaillit d’un cœur qui sait d’abord faire preuve de bonté et de douceur. Nos Père et Mère demandaient d’allier douceur et fermeté, toujours les deux.

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