Un religieux sans oraison est un soldat sans armes

28 janvier 2017 : Saint Thomas d’Aquin (Fr. Xavier)

Saint Thomas d’Aquin est né en 1225 dans une noble famille napolitaine, élevé dès l’âge de 5 ans à l’abbaye bénédictine du Mont-Cassin. Sa famille caressait certainement le projet de le voir un jour abbé de la célèbre abbaye. Il n’en fut rien, Thomas choisit à 19 ans, d’entrer chez les Frères Prêcheurs. Ce n’est pas du goût de sa famille. L’ordre dominicain est un ordre mendiant, fondé quelques années plus tôt, et il n’avait pas bonne presse dans l’aristocratie. Sa famille lui opposa une farouche résistance jusqu’à le faire enlever et l’enfermer dans une des tours du château familial. Tous les moyens sont bons pour tenter de le faire plier ! Mais Thomas est imperturbable dans sa décision. La force ayant échoué, on recourt aux séductions d’une courtisane. Mais Thomas saisit un tison enflammé et la met en fuite. Suite à cet épisode, il verra en songe des anges descendre du ciel pour le féliciter et lui ceindre les reins, en lui disant: « Reçois de la part de Dieu le don de la chasteté perpétuelle. » La pureté de Saint Thomas est certainement l’une des caractéristiques de sa sainteté. Elle l’aidera d’ailleurs à pénétrer plus en profondeur dans les mystères de la foi. Après sa mort, son confesseur déclarera que Thomas était mort aussi pur qu’un enfant de cinq ans.

Au bout d’un an, Thomas peut enfin suivre sa vocation. On l’envoie à Paris pour y suivre les cours de la bouillonnante Université. Il a comme professeur saint Albert le Grand. Pour ce dernier, il faut faire confiance à la raison et à l’intelligence de l’homme pour chercher Dieu. Le philosophe le plus approprié à cette recherche est Aristote. Saint Thomas retient la leçon. Devenu professeur, il s’attelle à un gigantesque travail pour la mettre en œuvre. Connaissant très bien Aristote et ses commentateurs, mais aussi la Bible et la tradition patristique chrétienne, il élabore une pensée originale, qu’il expose dans de multiples ouvrages, dont le plus connu est la Somme Théologique. Comme professeur, il doit aussi soutenir de véhémentes controverses avec des intellectuels chevronnés. Son succès est immense. Les universités se l’arrachent ; les papes veulent l’avoir à leurs côtés ; pour cela il doit beaucoup voyager. Un jour, il entend Jésus lui adresser, du fond du Tabernacle, cette parole : « Tu as bien écrit de Moi, Thomas. Quelle récompense désires-tu recevoir? » Pénétré d’amour, Saint Thomas s’écria: « Pas d’autre que Vous, Seigneur! ». Il étudie infatigablement, il écrit beaucoup, il ne perd pas une minute ; jusqu’au jour du 6 décembre 1273, fête de saint Nicolas, célébrant la messe, il a une révélation qui le change tellement, que dès lors il ne lui est plus possible ni d’écrire ni de dicter. « Ou plutôt, dit un auteur ancien, le Docteur brisa sa plume; » il en était à la troisième partie de sa Somme, dans le traité de la Pénitence. Frère Réginald, son secrétaire, voyant son maître cesser d’écrire, lui dit un jour : « Père, comment laissez-vous inachevée une œuvre si grande entreprise, par vous pour la gloire de Dieu et l’illumination du monde ? » Saint Thomas répondit « Je ne peux continuer […] Le terme de mes travaux est venu; tout ce que j’ai écrit et enseigné me semble un brin de paille auprès de ce que j’ai vu et de ce qui m’a été dévoilé. Désormais j’espère de la bonté de mon Dieu que la fin de ma vie suivra de près celle de mes travaux »

 Il meurt sur la route, le 2 mars 1274 à quarante-neuf ans, en se rendant au concile de Lyon, où il avait été convoqué comme expert.

Saint Thomas avait un grand amour de la Sainte Vierge qu’il a magnifiquement baptisée trône de la Trinité. Il avait aussi une très grande dévotion au Saint Sacrement dont il écrivit l’office.

Retenons du docteur angélique sa grande humilité, son profond esprit religieux et son esprit de prière. Il ne se laissa pas griser par ses immenses succès. Voici trois anecdotes qui l’illustrent :

– Un jour, au réfectoire, il est chargé de la lecture. A un moment le frère « correcteur » l’interrompt pour lui demander de prononcer un mot qu’il aurait incorrectement prononcé. Or c’était le correcteur qui avait tort. Saint Thomas s’exécuta. A la récréation, les autres frères lui diront qu’il n’aurait pas dû s’exécuter puisque le frère correcteur avait tort. Saint Thomas répondit : « ce qui importe, ce n’est pas de prononcer un mot de l’une ou de l’autre façon. Pour un religieux c’est de pratiquer l’obéissance et l’humilité ».

– Au couvent de Bologne, le maître était absorbé par la préparation d’un cours et de plus il souffrait des jambes ce qui ne lui permettait pas de se déplacer bien loin. Un nouveau frère auquel le prieur avait donné mission de sortir en ville en se faisant accompagner du 1er religieux qui accepterait, trouva sur son passage Saint Thomas. Celui-ci s’exécuta. Dans la ville tout le monde le salue et accoure vers lui. De retour, le religieux demanda à ses frères qui était le frère qui l’avait accompagné. Le frère alla se jeter aux pieds du Maitre. Saint Thomas répondit : « toute vie religieuse trouve sa perfection dans l’obéissance. C’est par elle que l’homme se soumet à l’homme pour l’amour de Dieu comme Dieu a daigné obéir à l’homme pour l’amour de l’homme ».

– Saint Thomas était un homme de prière : « Une âme qui ne prie pas ne fait aucun progrès dans la vertu, et un religieux sans oraison est un soldat sans armes. Quiconque aspire à la perfection doit, sous peine de ne pas avancer, s’adonner fortement et sérieusement à l’oraison. Et comme le secret d’une bonne oraison dépend du recueillement en Dieu durant le cours des actions ordinaires, une personne vraiment chrétienne doit-être non moins attentive à la présence de Dieu que zélée pour l’exercice de la méditation ». Il était stupéfait qu’un religieux ne pût jamais penser à autre chose qu’à Dieu.

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