Il est mon Dieu : j’ai décidé de le suivre et je le ferai toute ma vie.

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14 janvier 2017 : Bx Devasahayam (Lazare) (Fr. Jean-Régis)

Nilakandan est un hindou né en 1712 dans le royaume de Travancore (pointe sud de l’Inde), dans une famille de la caste Nair, celle juste en-dessous des Brahmanes. Sa famille est très enracinée dans la foi hindoue. Il reçoit une très bonne éducation, formé à l’étude des langues ainsi que dans l’art de la guerre. Il commence sa carrière en tant que simple soldat où il excelle par sa maturité du jugement et sa fermeté d’esprit. Il sera ensuite fonctionnaire dans un temple Hindou avant de finir comme fonctionnaire au palais royal, travaillant dans le trésor du roi. De nature active et énergique, il est très apprécié de ses supérieurs pour son intelligence vive et son éducation dans les arts martiaux. Comme ses parents, il observe fidèlement les pratiques religieuses hindoues des castes supérieures.

Jouissant d’une place importante dans le royaume, étant sérieux et consciencieux à son devoir, le roi l’aimait beaucoup. Il avait une situation aisée avec une importante propriété foncière, sans pour autant avoir toutes les habitudes inconvenantes d’une bonne personne.

Un petit mot sur l’instrument providentiel qui aura une grande importance dans le cheminement spirituel de Nilakandan. Eustache de Lannoy, commandant de la marine néerlandaise, fut chargé de mener une expédition navale néerlandaise pour s’emparer du port de Colachel qui était sous le contrôle de Travancore pour y établir un poste de traite. Mais l’expédition tourne au désastre, les forces néerlandaises sont vaincues. Eustache et quelques autres soldats néerlandais sont capturés et emprisonnés. Ils seront ensuite graciés par le roi, à condition qu’ils servent dans l’armée Travancore. E. de Lannoy, gagnant la confiance du roi, devint le commandant des forces armées Travancore, remportant beaucoup de batailles et annexant différents territoires voisins. Eustache était catholique. Nilakandan le rencontrait souvent et lui posait beaucoup de questions sur la foi catholique. C’est alors qu’une épreuve survint pour Nilakandan. Après de mauvaises récoltes et une mauvaise intendance, il perd une grande partie de ses biens. Il se demande avec angoisse pourquoi les dieux sont en colère contre lui, malgré le fait qu’il ait rempli tous ses devoirs religieux. Il a également peur que certaines personnes soient contre lui et aient procédé à une sorte de magie noire contre lui, alors qu’en réalité il n’avait pas d’ennemis. Une autre inquiétude le hante : « Qui me respectera à présent que je suis pauvre ? ». Il partage alors ses profondes préoccupations avec Eustache qui l’éclaire sur le sens de la souffrance à la lumière du livre de Job. Pour Nilakandan, l’exemple de Job et sa confiance absolue en Dieu est décisif, et il demande le baptême. Etant d’une tribu noble, il lui était dangereux d’être baptisé au sein du royaume de Travancore, puisque le roi menaçait d’emprisonnement et de mort tout homme noble qui devenait chrétien. En outre, il n’y avait personne de sa caste qui s’était converti. Le tribunal royal dans lequel il travaillait était dominé par les brahmanes, qui détestaient les chrétiens. Mais il était ferme dans sa décision affirmant être prêt à renoncer à servir le roi pour connaître le vrai Dieu. Il était prêt à sacrifier tous les avantages sur la terre, et même la vie elle-même. Il est baptisé en 1745 et prend alors le nom de Devasahayam, traduction tamoule du prénom biblique de Lazare, qui signifie « Dieu a secouru ». Le jour de son baptême, Lazare se consacre solennellement au Christ : « Personne ne m’a forcé à venir, je suis venu par ma propre volonté. Je connais mon cœur : Il est mon Dieu. J’ai décidé de le suivre et je le ferai toute ma vie ». Sa vie ne sera plus jamais la même. Il reprit ses fonctions dans le palais mais les leaders de la religion hindoue ne voient pas sa conversion d’un bon œil. En effet, il cesse de fréquenter les temples hindous et au lieu de cela il fréquente les églises. Il annonce avec flamme l’Evangile, son épouse et plusieurs officiers demandent à leur tour le baptême. Et surtout, il parle et mange avec des gens de toutes les castes, dénonçant les superstitions et les injustices perpétrées par les brahmanes et la classe dirigeante. Furieux, les brahmanes insistent auprès du roi qui fait arrêter Devasahayam en février 1749. On lui intime de revenir à l’hindouisme. Il est menacé, frappé, maltraité, mis en prison, et torturé en continu durant trois ans. Mais Devasahayam demeure ferme dans sa foi. Constatant que son exemple crée des émules, influencé par de faux témoins, le roi ordonne sa mise à mort le 14 janvier 1752. Sa dépouille, jetée dans une forêt, est retrouvée par les chrétiens et inhumée devant l’autel de l’église Saint-François-Xavier, qui deviendra la cathédrale du diocèse de Kottar. Il est très vite vénéré dans la région. Si, dès 1756, sa béatification est souhaitée, ce n’est qu’en 1993 que sa cause est introduite. Il est béatifié durant l’année de la foi en 2012, juste après le synode sur la nouvelle évangélisation.

Devasahayam est le premier laïc hindou martyr à être béatifié. Confions à son intercession son immense pays, l’Inde, où l’inculturation du christianisme n’en est qu’à ses débuts. Alors que beaucoup aujourd’hui sont attirés par les scintillements du monde et les promesses matérielles, la vie de Devasahayam (Lazare), à la suite de Job, dans le dépouillement accepté, au service du Seigneur, est un signe pour les temps modernes et peut être un bon antidote au matérialisme. Confions-lui enfin tous les chrétiens persécutés, qu’ils restent comme lui fermement attachés au Christ. Qu’il nous transmette sa flamme et sa foi ardente pour annoncer sans peur le Christ, seul rédempteur des hommes.

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