Où sont amour et charité, Dieu est présent

11 janvier 2017 : Saint Paulin d’Aquilée (Fr. Clément-Marie)

 

En ce 11 janvier, nous fêtons saint Paulin d’Aquilée. On ignore s’il était d’origine allemande ou italienne. On ne sait rien de son enfance ni de sa jeunesse, mais il devint un brillant théologien et professeur, ayant également une très vaste culture profane. Il a laissé de nombreux traités de théologie et de morale, ainsi que de nombreux poèmes. Il passa pour être l’un des hommes les plus savants de son époque, écrivant aussi bien en prose qu’en vers. Alcuin le considérait comme son maître et l’empereur Charlemagne l’appela à sa cour pour en faire l’un de ses conseillers en matière religieuse. Il y fut également « maître de grammaire », et déjà sous ce titre nous pouvons l’invoquer ! On sait que Charlemagne n’entreprenait rien sans le consulter. C’est lui qui le fit nommer évêque d’Aquilée, dans le Frioul italien (Nord Est, frontière avec la Slovénie), en 787.

Il s’illustra aux conciles d’Aix-la-Chapelle (789), de Ratisbonne (792) et de Francfort (794). En 796, il convoque le concile provincial de Frioul. Il y présenta une nouvelle version légèrement remaniée du credo de Nicée-Constantinople, version formulée à la première personne du singulier, de manière à renforcer l’engagement personnel du croyant ; cette version du credo est celle que nous chantons encore aujourd’hui. En annexe, Paulin proposa un second symbole composé d’un énoncé beaucoup plus détaillé relatif à la Trinité et d’un long exposé christologique. Ces deux symboles correspondaient parfaitement aux exigences royales : aux fidèles de mémoriser ce qu’il faut croire ; aux clercs de prendre conscience des dangers d’une christologie viciée ! En imposant la mémorisation du second à tous les membres du clergé de sa province ecclésiastique, Paulin entendait bien faire de cet exposé doctrinal la matrice de l’enseignement catéchétique dispensé sur le territoire soumis à son autorité, sinon dans tout le royaume, comme le suggère l’envoi d’une copie de son œuvre au souverain.

Saint Paulin a également lutté contre l’adoptianisme – hérésie (peut-être pas totalement éteinte…) qui consiste à penser que Jésus a été « adopté » comme fils de Dieu : voici un extrait de ce qu’il fait rédiger dans ce concile provincial : « Il n’est pas fils en apparence, il l’est vraiment. Il ne l’est pas par adoption, mais réellement, car la nature humaine qu’il a prise ne l’a jamais éloigné du Père. C’est pourquoi nous confessons que dans chacune des deux natures, il est le propre fils de Dieu, et non son fils adoptif. »

Selon ses contemporains, il fut « la lumière de la chrétienté » sans pour autant négliger le soin de son propre diocèse. Il fut aussi l’un des grands défenseurs du « Filioque » ajouté dans le texte latin du Concile de Nicée.

En plus de son œuvre théologique et catéchétique, Saint Paulin fut un missionnaire zélé : il évangélisa les Avars (peuple originaire du Caucase, installé alors vers l’actuelle Hongrie) et les Slovènes. Et en même temps que pour la foi, il lutta beaucoup pour la paix. Il mourut dans sa résidence de Cividale, le 11 janvier 802.

Saint Paulin est l’auteur de plusieurs poèmes, et notamment de celui-ci, bien connu : Ubi caritas et amor, Deus ibis est – où sont amour et charité, Dieu est présent. Prions donc avec ces mots qu’il nous a donnés : « Ne soyons pas divisés de cœur, prenons garde. Que cessent les querelles méchantes, que cessent les disputes. Et que le Christ soit au milieu de nous. Là où sont la charité et l’amour, Dieu est présent. Qu’avec les bienheureux, nous voyions ton glorieux visage, ô Christ Dieu, Joie immense et divine, pendant la durée infinie des siècles. »

Laissez un commentaire