Nous n’avons pas de maître qui soit en mesure de nous expliquer la véritable foi dans notre langue

14 février 2017 : Saints Cyrille et Méthode[1] (Fr. Jean)

 

« St Cyrille naquit à Thessalonique en 826/827. Dans son enfance, il apprit la langue slave. A l’âge de 14 ans, il fut envoyé à Constantinople pour y être éduqué. Après avoir refusé un brillant mariage, il décida de recevoir les ordres sacrés. Peu après, désirant se retirer dans la solitude, il alla se cacher dans un monastère, mais il fut bientôt découvert et on lui confia l’enseignement des sciences sacrées et profanes, une fonction qu’il accomplit si bien qu’elle lui valut le surnom de « philosophe ». Entre-temps, son frère Michel (né aux alentours de 815), après une carrière administrative en Macédoine, abandonna le monde vers 850 pour se retirer dans la vie monastique sur le mont Olympe en Bithynie, où il reçut le nom de Méthode.

Attiré par l’exemple de son frère, Cyrille aussi décida de s’[y] rendre pour méditer et prier. Quelques années plus tard le gouvernement impérial le chargea d’une mission auprès des khazars de la Mer d’Azov, qui demandèrent que leur soit envoyé un homme de lettres qui sache dialoguer avec les juifs et les sarrasins. [Cyrille et Méthode furent envoyés.] Arrivés à Constantinople, les 2 frères furent envoyés en Moravie par l’empereur Michel III, auquel le prince moldave Ratislav avait adressé une requête précise : « Notre peuple – lui avait-il dit – depuis qu’il a rejeté le paganisme, observe la loi chrétienne; mais nous n’avons pas de maître qui soit en mesure de nous expliquer la véritable foi dans notre langue« . La mission connut très vite un succès insolite. En traduisant la liturgie dans la langue slave, les 2 frères gagnèrent une grande sympathie auprès du peuple.

Toutefois, cela suscita à leur égard l’hostilité du clergé franc, qui était arrivé précédemment en Moravie et qui considérait le territoire comme appartenant à sa juridiction ecclésiale. Pour se justifier, les 2 frères se rendirent à Rome. Ils furent reçus par le Pape Adrien II, qui alla à leur rencontre en procession, pour accueillir dignement les reliques de St Clément [qu’ils avaient ramenées de Crimée]. Le Pape avait également compris la grande importance de leur mission exceptionnelle. Il comprit que les peuples slaves auraient pu jouer le rôle de pont, contribuant ainsi à maintenir l’union entre les chrétiens de l’une et l’autre partie de l’Empire. Il n’hésita donc pas à approuver la mission des 2 Frères dans la Grande Moravie, en acceptant l’usage de la langue slave dans la liturgie. Les livres slaves furent déposés sur l’autel de Sainte-Marie de Phatmé (Sainte-Marie-Majeure) et la liturgie en langue slave fut célébrée dans les Basiliques Saint-Pierre, Saint-André, Saint-Paul.

A Rome, Cyrille tomba gravement malade. Sentant la mort s’approcher, il voulut se consacrer entièrement à Dieu dans l’un des monastères grecs de la Ville et prit le nom monastique de Cyrille. Il s’adressa à Dieu à travers cette invocation : «Seigneur, mon Dieu…, exauce ma prière et conserve dans la fidélité le troupeau auquel tu m’avais envoyé… Libère-les de l’hérésie des trois langues, rassemble-les tous dans l’unité, et rends le peuple que tu as choisi concorde dans la véritable foi et dans la droite confession« . Il mourut le 14 février 869.

Méthode revint en 870 en Moravie et en Pannonie (aujourd’hui la Hongrie), où il retrouva à nouveau la violente aversion des missionnaires francs qui l’emprisonnèrent. Il ne perdit pas courage et lorsqu’il fut libéré en 873, il se prodigua activement dans l’organisation de l’Eglise, en suivant la formation d’un groupe de disciples. Cyrille demanda au Christ de vouloir parler en slave à travers lui. Il introduit son œuvre de traduction par l’invocation solennelle : « Ecoutez, ô vous tous les peuples slaves, écoutez la Parole qui vint de Dieu, la Parole qui nourrit les âmes, la Parole qui conduit à la connaissance de Dieu« . Cyrille et Méthode étaient convaincus que chaque peuple ne pouvait pas considérer avoir pleinement reçu la Révélation tant qu’il ne l’avait pas entendue dans sa propre langue et lue dans les caractères propres à son alphabet.

Le rôle historique qu’ils jouèrent a été officiellement proclamé par le Pape Jean-Paul II qui les a déclarés co-patrons de l’Europe avec saint Benoît. En effet, Cyrille et Méthode constituent un exemple classique de ce que l’on indique aujourd’hui par le terme d' »inculturation » : chaque peuple doit introduire dans sa propre culture le message révélé et en exprimer la vérité salvifique avec le langage qui lui est propre. Cela suppose un travail de « traduction » très exigeant, car il demande l’identification de termes adaptés pour re-proposer, sans la trahir, la richesse de la Parole révélée. Les 2 saints Frères ont laissé de cela un témoignage significatif au plus haut point, vers lequel l’Eglise se tourne aujourd’hui aussi, pour en tirer son inspiration et son orientation.

[1] Ensemble d’extrait de l’audience de Benoît XVI le mercredi 17 juin 2009

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