Voilà bientôt 86 ans que je sers le Christ, et il ne m’a fait aucun mal : comment pourrais-je outrager mon Roi et mon Sauveur ?

23 février : Saint Polycarpe de Smyrne (Frère Xavier)

Aujourd’hui, nous fêtons un des derniers personnages ayant connu les apôtres. Saint Polycarpe (dont le nom grec signifie fruit abondant) est donc un des derniers Pères apostoliques. Saint Irénée de Lyon qui écrivait à un prêtre tombé dans l’hérésie gnostique, nous a laissé ce précieux témoignage : (Eusèbe, Hist. eccl., 1. V, c. XX, P. G., t. XX, col. 483) : Lorsque j’étais encore enfant, je vous ai vu en compagnie de Polycarpe […]. Je me rappelle fort distinctement les événements de cette époque, car les souvenirs d’enfance sont plus vivaces que ceux d’un âge avancé. Je pourrais marquer distinctement la place où le très saint homme Polycarpe discourait, étant assis ; je pourrais dépeindre son attitude, la forme de ses traits, rappeler les enseignements qu’il donnait au peuple, exposer les entretiens qu’il nous disait avoir avec saint Jean et les autres disciples qui avaient vu le Seigneur ; je pourrais vous dire enfin comment il répétait leurs paroles et celles qu’ils avaient recueillies de la bouche même de Jésus. J’en prends Dieu à témoin, si ce saint et apostolique vieillard entendait ce que nous entendons maintenant, il se boucherait les oreilles et répéterait cette parole qui lui était familière : O Dieu bon ! Pour quels temps m’avez-vous conservé jusqu’à ce jour ! Et il quitterait sans retard le lieu où il aurait entendu de pareils propos.

Saint Polycarpe naquit donc vers l’an 70. Il est attaché à l’Eglise de Smyrne, aujourd’hui Izmir en Asie Mineure. Il est un disciple de l’apôtre Saint Jean qui, vers la fin de sa vie, s’était établi non loin de là, à Éphèse et à Patmos. Il semblerait qu’il fut nommé évêque de Smyrne par Saint Jean lui-même avant son exil sur l’île de Patmos ; dans ce cas, les éloges de l’Apocalypse (Ap 2, 8-10) au sujet de l’ange de l’Eglise de Smyrne s’appliqueraient à Saint Polycarpe. Notons que dans l’Apocalypse, il est le seul de tous déclaré irrépréhensible ! Saint Polycarpe remplit les fonctions de son ministère pendant 50 ans voir plus. Il combattit de nombreuses sectes hérétiques, en particulier les gnostiques représentés par Marcion. Polycarpe accueillit en sa ville de Smyrne Ignace, célèbre confesseur de la foi et évêque d’Antioche condamné aux bêtes dans les arènes de Rome. Les deux évêques deviennent amis et Saint Ignace d’Antioche lui écrira de Troas une lettre le remerciant de son accueil et lui demandant d’envoyer des missionnaires soutenir sa communauté à Antioche. C’est vraisemblablement grâce à Saint Polycarpe que l’on a conservé le corpus des sept lettres d’Ignace, en les répandant dans les communautés d’Asie mineure. Lorsqu’éclate la persécution commandée par l’empereur et philosophe Marc-Aurèle, saint Polycarpe est très âgé. Il tient tête au proconsul qui l’interroge : « Voilà bientôt quatre-vingt six ans que je sers le Christ, et il ne m’a fait aucun mal. Comment pourrais-je outrager mon roi et mon sauveur? »

Il est condamné à être brûlé vif. Quand il eut prononcé son Amen, les bourreaux allumèrent le feu. Une grande flamme s’éleva; mais c’est alors que le feu prit soudain l’apparence d’une voûte, à la manière d’une voile de navire gonflée par le vent, qui entourait comme d’un rempart le corps du Martyr. Saint Polycarpe se tenait au milieu, non comme une chair qui brûle, mais comme un pain qui cuit ou comme de l’or ou de l’argent brillant dans la fournaise, en dégageant un merveilleux parfum. Nous sommes en 155 !

Le récit de son martyre nous est parvenu par une lettre mémorable de l’Eglise de Smyrne à la communauté chrétienne de Philomelium et ‘à toutes les chrétientés du monde appartenant à l »Eglise catholique’ écrite moins d’un an après le martyre.

Rendons grâce pour ce glorieux martyr qui nous montre la puissance du Christ ressuscité qui se déploie dans la faiblesse.

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