Chantre de l’Incarnation du Verbe !

11 mars 2017 : Saint Sophrone de Jérusalem (Fr.Clément-Marie)

Sophrone est né à Damas vers l’an 550, vraisemblablement de famille melkite. Toute sa vie durant, il sera un patient défenseur de l’orthodoxie chalcédonienne. Doué de talents poétiques, il fait de brillantes études à Damas. Il est probable qu’il ait été familier des deux cultures, syriaque et grecque. Il va se rendre en pèlerinage en Terre sainte dans le but de vénérer les Lieux saints et de s’entretenir avec des ascètes vivant dans les monastères et dans les déserts. Il se rend en Judée, et entre dans le monastère de saint Théodose où il rencontre son père spirituel et aîné Jean Moschus, un moine, grand spirituel, avec lequel il va être lié d’une très profonde amitié pendant quarante ans, jusqu’à la mort de ce dernier. Pendant de longues années, les deux amis passeront par les monastères de Palestine, du Sinaï, de l’Égypte, et finalement de Rome, parfois pour y demeurer un certain temps, parfois en pèlerins de passage. En Égypte, il est atteint d’une grave maladie des yeux, dont il sera guéri miraculeusement par l’intercession de saint Cyr et Saint Jean. En tous les lieux où ils passent, Sophrone et Jean Moschus sont d’ardents défenseurs du concile de Chalcédoine (451), et ils vont essayer, au cours de leurs voyages à travers l’Asie Mineure, l’Égypte et l’Afrique du Nord, d’évangéliser les communautés monophysites qui y vivaient.

À la mort de Jean Moschus, en 619 à Rome, Sophrone retourne en Palestine, dans son monastère de Saint Théodose, où il restera jusqu’en 629 environ. C’est sans doute à cette période qu’il se lie d’amitié, intellectuelle et spirituelle, avec saint Maxime le Confesseur. Tous deux vont surtout s’employer à combattre une hérésie soutenue par l’empereur Héraclius, le monothélisme et le monoénergisme. Ces hérésies consistent à ne considérer qu’une seule volonté (en grec : thêlema) et une seule puissance, activité (en grec : « energeia ») dans le Christ ; elles sont donc proches du monophysisme, qui ne voyait en Jésus qu’une nature divine, absorbant sa nature humaine. C’est seulement en 681 que le 3ème concile de Constantinople proclamera un nouveau dogme énonçant que le Christ est doté de « deux volontés, non pas opposées l’une à l’autre mais une volonté humaine subordonnée à la volonté divine. »

Ils se rendent ainsi à Constantinople et à Alexandrie, afin d’éclairer les patriarches et de les inciter (avec plus ou moins de succès) à se démarquer de la ligne impériale.

De retour en Palestine, alors qu’il a déjà plus de 80 ans, il est élu patriarche de Jérusalem, à cause de l’intégrité de sa foi. Il succède à un autre saint, saint Modeste. Là, d’autres événements tragiques l’attendent : l’arrivée des Musulmans qui détruisent de nombreuses édifices religieux et profitent des divisions entre chrétiens. En 638, Jérusalem tombe entre leurs mains, et Sophrone doit négocier avec le calife Omar : il obtient qu’il rentre dans la cité sainte en pèlerin et non en conquérant.

Il meurt l’année suivante, le 11 mars 639, à près de 90 ans.

Moine, théologien, évêque, défenseur de la foi, il fut un passionné et un chantre du mystère de l’Incarnation : du Christ pleinement Dieu et pleinement homme (d’où son combat contre monothélisme et monoénergisme) ; ses homélies célèbrent la rencontre entre Dieu et l’homme. Il est inséparablement un passionné des lieux de l’Incarnation, des lieux saints, et nous avons par lui bien des renseignements sur leur état en son siècle.

Il a laissé une œuvre théologique et spirituelle importante : lettres, sermons, poèmes, textes liturgiques… Nous avons dans l’office des Lectures deux très beaux textes de saint Sophrone, l’un au commun de la Vierge Marie, et l’autre pour le 2 février.

Sa vie est donc une poursuite passionnée de la vérité, le Verbe fait chair. Passionnée et priante. Demandons-lui, en particulier pour les théologiens, de ne jamais séparer l’étude de la foi et de la prière.

Enfin, mentionnons, en ce temps de Carême, ses Tropaires des heures du vendredi saint, qui pourraient être la source des Impropères de la liturgie romaine : « Ô mon peuple, que t’ai-je fait, en quoi t’ai-je contristé ? J’ai rendu la lumière aux aveugles, j’ai purifié les lépreux, j’ai relevé l’homme qui gisait sur son grabat. Ô mon peuple, en quoi t’ai-je contristé, et que m’as-tu accordé en retour ? Pour la manne, tu m’as donné du fiel, pour l’eau du vinaigre ; pour mon amour, tu m’as cloué à la croix. »

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