Choisir le plus parfait…

Jeudi 16 mars 2017 : Saint Jean de Brébeuf (Fr. Joseph)

Jésuite missionnaire chez les hurons au Canada, Jean de Brébeuf est né en Basse-Normandie, le 25 mars 1593. Avec ses sept compagnons martyrs, il a été proclamé patron du Canada, le pape Pie XII.

À 24 ans, il entre au noviciat des Jésuites de Rouen. Ordonné prêtre à 29 ans, 3 ans plus tard, il est nommé pour les missions de la Nouvelle-France et envoyé auprès des Hurons. Des liens déjà anciens unissaient Français et Hurons. Ces derniers formaient un groupe compact, sédentaire, agricole, doué d’un réel génie commercial qui leur conférait une incontestable supériorité sur les tribus avoisinantes. Dès leurs premiers contacts avec les Français, les Hurons comprirent que ceux-ci cherchaient d’abord des fourrures et les affaires marchaient bien. Pour les missionnaires, l’évangélisation de populations sédentaires et amies était incontestablement plus prometteuse que celle des nomades.

Jean de Brébeuf franchit donc en canot les 800 milles qui séparaient Québec de la Huronie : voyage de 20 à 30 jours dans des conditions très dures. Il passe 3 années dans ce pays avant d’être rappelé en France à Rouen, comme prédicateur et confesseur. C’est là qu’il prononce ses vœux solennels. Puis il est renvoyé au Canada, il a 33 ans. Cette fois il est chargé de fonder une véritable mission dont il est le supérieur. Après une phase assez réconfortante, l’évangélisation rencontre bientôt une résistance obstinée et croissante des hurons, due à leur immoralité et aussi à des épidémies venant en partie de virus arrivés d’Europe. En quelques années, la population huronne passe de 30 000 à 12 000 âmes ! Ces fléaux répétés rendirent odieuse la présence des missionnaires. Lors d’une épidémie toute la nation se souleva contre Brébeuf et ses compagnons. Ce fut, durant des mois, un jeu savant d’insinuations hypocrites dirigé par les sorciers, puis des menaces brutales accompagnées de tentatives de meurtre. Brébeuf écrivit une sorte de lettre-testament où il annonçait le massacre possible de tous les missionnaires.

3 ans plus tard, en 1640, les missionnaires jugent bon de commencer des missions dans d’autres tribus. Brébeuf part avec un compagnon, mais il est précédé par des opposants qui présentent les missionnaires comme les plus maléfiques des sorciers. Pendant 5 mois, ils sont partout repoussés, outragés, injuriés. Pour comble, Brébeuf se casse la clavicule. Il est alors renvoyé à Québec. De là, il organise des convois de marchandises pour soutenir les missionnaires (livres, papier, objets de culte, etc.). Pénible épreuve pour Brébeuf, car à deux reprises, les convois sont saisis par les Iroquois et complètement perdus.

Puis, en septembre 1644, Brébeuf est à nouveau envoyé chez les hurons, définitivement cette fois. Il reprend son poste au moment même où commence l’agonie de la tribu. En effet, le conflit depuis longtemps engagé entre Iroquois et Hurons est sur le point de se dénouer. Les Iroquois commencent à bénéficier des avantages du commerce avec les hollandais et leur convoitise s’allume. Naturellement agressifs, ils empêchent les autres tribus de traverser leur pays pour échanger des fourrures, puis ils s’attaquent aux riches convois des Hurons. Face à la faiblesse de ces derniers déjà réduits des deux tiers par l’épidémie, les Iroquois voudraient même les exterminer.

Jean de Brébeuf et un autre jésuite sont faits prisonniers et subissent l’un des martyres les plus atroces des annales du christianisme : bras et jambes décharnés jusqu’aux os, aspersion d’eau bouillante en dérision du baptême, lèvres coupées parce que Jean de Brébeuf parlait toujours de Dieu pendant qu’on le faisait souffrir. Et bien d’autres choses encore.

La mission en Huronie avait duré 15 ans, elle avait commencé avec Jean de Brébeuf et elle s’éteignit avec lui. Mais, par un contraste saisissant, en même temps que la tribu agonisait, elle connut sa régénération spirituelle. Les baptêmes de hurons se comptèrent alors par centaines et même par milliers. Et la dispersion des hurons eut pour effet de répandre la foi chrétienne assez largement. Les convertis hurons formeront les éléments des chrétientés que les Jésuites iront fonder chez les Iroquois et chez d’autres tribus.

La correspondance et le journal spirituel de Jean de Brébeuf ont été en partie conservés. Ils révèlent une âme manifestement engagée dans les voies de l’oraison et même familière des communications divines. Trois engagements importants marquent son ascension spirituelle : en 1631, il fait la promesse de servir le Christ jusqu’au sacrifice de sa vie ; en 1637–1639, le vœu de ne jamais refuser la grâce du martyre ; enfin, en 1645, 4 ans avant son martyre, il fait le vœu du plus parfait : s’il fait ce vœu, c’est que depuis longtemps déjà son âme est toute docilité à Dieu. Plusieurs textes du journal spirituel manifestent que Jean Brébeuf, comme Isaac Jogues, son confrère jésuite martyr des iroquois, fut gratifié d’une vocation spéciale à la croix. Insulté, battu, lapidé, bafoué, meurtri dans sa chair, Brébeuf a été en Huronie, comme saint Paul, la « balayure » du monde.

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