Et pourquoi ne vous feriez-vous pas missionnaire vous-même ?

Vendredi 3 mars 2017 : Sainte Catherine Marie Drexel (Fr. Joseph)

            En ce temps de carême, Sainte Catherine Marie nous donne un exemple de conversion profonde, non une conversion du péché à la vertu, mais la conversion d’une vie bonne à une vie toute donnée au Seigneur et aux autres. Que cela nous donne l’ardent désir de faire du temps de carême un authentique temps de changement, de progrès concret.

            Katharine Drexel naît aux Etats-Unis, à Philadelphie (Pennsylvanie) le 26 novembre 1858. Son père, catholique, est banquier ; c’est un millionnaire philanthrope. Sa mère, protestante, meurt peu après sa naissance, et son père se remarie. Dans sa famille, on lui enseigne que les biens dont ils disposent ne sont pas seulement pour eux, mais doivent être partagés avec les moins chanceux. Au cours d’un voyage en famille dans l’Ouest de Etats-Unis, elle est profondément émue par la pauvreté et les conditions dégradantes de vie des Peaux-Rouges et des Noirs (Afro-américains). Elle utilise alors sa fortune pour financer des œuvres et aider des missionnaires. En 1887, elle crée l’école Sainte Catherine, sa première école, à Santa Fe (Nouveau-Mexique). Elle est bien effleurée parfois par l’idée d’une vocation religieuse, mais la pensée de prendre l’habit et de renoncer au monde à jamais lui fait horreur. Au cours de l’un de ses voyages en Europe, elle va à Rome et expose la situation sociale à Léon XIII en lui demandant d’envoyer des missionnaires. Quelle n’est pas sa surprise quand le Pape lui demande doucement: « Et pourquoi, mon enfant, ne vous feriez-vous pas missionnaire vous-même?  » La première réaction, après l’audience, est la colère. Sur le bateau du retour, son émotion n’est pas encore calmée. Elle projette d’en parler à l’arrivée à son directeur spirituel, l’évêque James O’Connor.

Cet événement constitue sûrement un tournant dans sa vie. Avec un grand courage, elle décide de placer sa confiance dans le Seigneur et elle choisit de donner entièrement non seulement sa fortune, mais toute sa vie au Seigneur. En 1890, à 32 ans, elle entre au Noviciat des Sœurs de la Miséricorde à Pittsburgh avec l’intention de pouvoir fonder, par la suite, une communauté religieuse qui aurait pour finalité l’adoration du Saint Sacrement et l’évangélisation des Américains de couleur et des Indiens. Au terme d’une année de noviciat, elle prononce ses vœux simples qui font d’elle la première Sœur et la supérieure de la communauté du Saint-Sacrement. L’année suivante, les Sœurs achèvent de s’installer dans le couvent Sainte-Elizabeth à Cornwells Heights (Pennsylvanie). Leur spiritualité est basée sur l’union avec le Seigneur-Eucharistie et le service des pauvres et des victimes de discriminations raciales. Son apostolat contribue à diffuser la conscience qu’il faut combattre toutes les formes de racisme au moyen de l’éducation et des services sociaux. En effet, dans les plantations, les gens de couleur sont très mal payés et les enfants ne sont pas scolarisés. Elle crée une soixantaine d’écoles. Sa plus grande œuvre est l’érection en 1925, à la Nouvelle-Orléans, de la « Xavier University » pour les Noirs. (Lorsqu’en 1954 la Cour suprême abolira la séparation des races dans les écoles, cette université ouvrira ses portes à tous les étudiants sans distinction de couleur ou de religion). Elle fonde aussi des dispensaires et des centres catéchétiques.

En 1935, malade et âgée de 75 ans, une crise cardiaque l’affaiblit beaucoup. Deux ans plus tard, au chapitre suivant, une autre supérieure est élue. Elle avait dirigé sa Communauté durant 46 années. Les 18 dernières années de sa vie, devenue presque totalement immobile, elle consacre son temps à une prière intense. Elle meurt le 03 mars 1955 à Cornwells Heights (Pennsylvanie), à 96 ans. Ses dernières paroles sont: « Ô Esprit Saint, je voudrait être une plume, afin que votre souffle m’emporte où bon vous semble. »

Entre l’ardente jeune fille qui regimbait quelque peu contre l’aiguillon (épisode romain qu’elle aimait à rappeler en souriant), et la femme très âgée livrée sans résistance au souffle de l’Esprit, quel chemin parcouru !

            Elle sera béatifiée puis canonisée par Jean Paul II qui a fait cette prière : « Puisse son exemple aider les jeunes en particulier à reconnaître que l’on ne peut pas trouver de plus grand trésor que de suivre le Christ avec un cœur sans partage en utilisant généreusement les dons que nous avons reçus au service des autres afin de collaborer ainsi à l’édifice d’un monde plus juste et plus fraternel.« 

 

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