Nec laudibus, nec timore !

22 mars 2017 : Bx Clemens August Graf von Galen (Frère Xavier)

Le Bx Clemens August von Galen est né en 1878 dans une famille chrétienne. Après un voyage à Rome et une audience avec Léon XIII, il décide d’être prêtre. Ordonné prêtre, il est envoyé à Berlin. Il puise sur ses revenus personnels pour secourir les familles touchées par la crise financière de 1923 : «Il me serait vraiment inutile qu’il me reste encore des biens après ma mort !».

En 1933, le siège épiscopal de Münster se retrouva vacant. Deux candidats pressentis se désistèrent et ce fut finalement le curé de la paroisse Saint-Lambert, Clemens August Graf von Galen, qui fut nommé. Ce choix n’était pas pour déplaire aux autorités nazies, arrivées depuis peu au pouvoir : issu d’une vieille famille noble de Westphalie, le nouvel évêque, aux convictions conservatrices et patriotiques, n’avait pas l’apparence d’un opposant irréductible. Un signe aurait dû néanmoins les alerter : Mgr von Galen avait choisi comme devise épiscopale « Nec laudibus, nec timore ». Dès sa première lettre pastorale en octobre 1933, il tint à l’expliquer à ses diocésains: « Ni la louange, ni la crainte des hommes ne m’empêcheront de transmettre la Vérité révélée, de distinguer entre la justice et l’injustice, les bonnes actions et les mauvaises, ni de donner avis et avertissements chaque fois que cela sera nécessaire. »

De fait, le nouvel évêque fut très vite amené à s’élever contre la « néfaste doctrine totalitaire » du national-socialisme, « duperie religieuse », « nouveau paganisme ». Dès 1934, il condamne un ouvrage de Rosenberg qui exalte la race et la culture allemande comme supérieure. Il exhorte à la fidélité à l’Eglise. Les Nazis font une campagne contre lui mais tous les diocésains font bloc derrière leur évêque. Mgr von Galen se bat encore pour le maintien des crucifix et des cours de religion à l’école : sermons, pétitions, prières. Le préfet de la région est obligé de retirer la mesure projetée par crainte de plus grands troubles.

Avec le cardinal Pacelli (futur Pie XII), Mgr von Galen participe à la rédaction de l’encyclique « Mit brennender Sorge » qui condamne le nazisme. Il la fait imprimer, lire en chaire et distribuer dans toutes les paroisses du diocèse, prenant de vitesse la Gestapo. Mais ce furent surtout 3 sermons qu’il prononça en 1941 qui eurent un retentissement mondial ; ils seront distribués jusqu’aux lignes du front. Il y condamne courageusement l’exclusion des religieux, l’élaboration d’une culture sans Dieu. Il y révélait au monde l’effroyable programme « T4 » des nazis visant à tuer les infirmes et les malades mentaux.

« Soyons comme l’enclume qui reçoit les coups de marteaux mais reste inébranlable. Elle dure d’ailleurs plus longtemps que le marteau. » « S’il est autorisé de tuer celui qui est improductif, malheur à nous tous quand nous serons vieux et séniles ! Aucun homme ne sera en sûreté ! » Mgr von Galen ne se contente pas de prêcher, il va voir les autorités locales et la police, téléphone, écrit. Hitler devra renoncer à son plan T4. Un jour, on vient l’arrêter. Il demande à se changer et revient vêtu de ses habits épiscopaux avec sa mitre et sa crosse. L’arrestation n’eut pas lieu. Hitler voulut le pendre mais différa son exécution après la guerre à cause de son grand impact sur le peuple. Les Nazis se vengent en arrêtant une quarantaine de prêtres et religieux du diocèse de Münster. Dix moururent en camp de concentration.

Après la guerre, celui que l’on appelait le « Lion de Münster » n’hésita pas à intervenir avec force auprès des Alliés afin de défendre ses concitoyens contre certaines injustices. Créé cardinal par Pie XII en février 1946, Clemens August Graf von Galen s’éteignit le mois suivant. En le béatifiant en 2005, l’Église a glorifié un « modèle de courage chrétien » (Benoît XVI).

Réfléchissant sur ce qui s’était passé alors, le Cardinal von Galen reparcourut tout cela plus tard en esprit, en mars 1946, en disant: « Le bon Dieu m’a donné une position qui m’obligeait à appeler noir ce qui était noir, et à appeler blanc ce qui était blanc, comme il est dit dans l’ordination épiscopale. Je savais que je pouvais parler au nom de milliers de personnes qui étaient convaincues, comme moi, que ce n’est que sur le fondement du christianisme que notre peuple allemand peut vraiment être uni et aspirer à un avenir béni ». Notons qu’il ne put accomplir ce qu’il fit que grâce à une spiritualité profonde et en même temps très simple, fondée de manière évidente sur l’Eucharistie et sur la dévotion à la Mère de Dieu.

Demandons à ce courageux confesseur de la foi et de la dignité de l’homme, de nous aider à avoir le même courage pour dénoncer toutes les atteintes à la vie qui aujourd’hui sont légalement perpétrées. Demandons-lui aussi d’aider les pasteurs de l’Eglise à pratiquer les vertus du chrétien et du pasteur, de façon éminente et héroïque en ces temps où nous sommes soumis aux dictatures du relativisme.

« Prions pour que la rémission et la pitié de Dieu puissent descendre sur nous, sur notre ville, notre pays et notre cher peuple allemand. Mais avec ceux qui continuent à provoquer le jugement de Dieu, qui blasphèment notre foi, qui dédaignent les commandements de Dieu, qui font cause commune avec ceux qui éloignent nos jeunes du christianisme, qui volent et bannissent nos religieux, qui provoquent la mort d’hommes et de femmes innocents, nos frères et sœurs, avec tous ceux-là nous éviterons toute relation, nous nous maintiendrons, nous et nos familles, hors de portée de leur influence, de peur que nous soyons infectés par leur manière athée de penser et d’agir, de peur que nous devenions des complices de leurs fautes et soyons ainsi exposés au jugement que le Dieu juste doit rendre et infliger à tous ceux qui, comme la ville ingrate de Jérusalem, ne veulent pas ce que Dieu veut. O Dieu, faites nous reconnaître à tous aujourd’hui ce qui nous apporte la paix avant qu’il soit trop tard ! » (Sermon du 3 août 1941)

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