La miséricorde a coûté cher à Dieu : la vie de son Fils !

23 avril 2017 – 2ème dimanche de Pâques – Fête de la Miséricorde (Fr. Clément-Marie)

La grande neuvaine à la divine Miséricorde a commencé le vendredi saint, et s’achève en ce dimanche de la Miséricorde. Elle va de la mort de Jésus sur la Croix à ce deuxième dimanche de Pâques. Entre ces deux dates a eu lieu l’événement le plus décisif de l’histoire : la Résurrection du Seigneur. Cet événement constitue une nouveauté radicale, il apporte un changement fondamental. Pourtant, il est aussi en profonde continuité avec le vendredi saint. Aux apôtres, et à nous aujourd’hui, est donné le signe de cette continuité, qui est aussi le signe de la miséricorde : les plaies de Jésus. Saint Thomas ne s’y est pas trompé : quand les autres apôtres lui disent avoir vu Jésus ressuscité, la preuve qu’il demande est celle-ci : voir et toucher les plaies de Jésus. Parce qu’alors il sera sûr que c’est bien Jésus. Que c’est bien celui qui a donné sa vie pour lui, pour nous. Il sera sûr qu’il est bien ressuscité, qu’il a été plus fort que la mort. Et que l’on peut mettre sa foi, toute sa foi, en lui.

Méditons sur ce signe des plaies de Jésus. Que nous disent-t-elles ? Deux choses inséparables. Tout d’abord l’amour de Jésus pour nous. Elles sont le signe qu’il nous a aimés jusque là. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » C’est ce qu’il a fait, et ses plaies, les marques des clous et de la lance, en sont le signe tangible, signe de son amour, signe de la grâce : « C’est par grâce que vous êtes sauvés. » Mais aussi, et inséparablement, ces plaies sont la marque du prix de notre salut, du prix de cette grâce. Elles sont le signe permanent que cette grâce a coûté cher. Voilà pourquoi elles sont le signe de la miséricorde. Parce que la miséricorde, c’est la grâce qui nous est donnée, et qui a coûté cher à Dieu : la vie de son Fils. Nous oublions souvent cela aujourd’hui, et cet évangile nous le rappelle. La miséricorde, révélée dans tout l’Évangile, mais qui a son sommet dans le mystère pascal – la Croix et la résurrection – est une grâce qui coûte. Un pasteur luthérien, Dietrich Bonhoeffer, assassiné en 1945 par le régime nazi, parlait de manière très belle de cette grâce qui coûte : « Elle coûte, parce qu’elle appelle à l’obéissance ; elle est grâce parce qu’elle appelle à l’obéissance à Jésus-Christ ; (…) elle coûte parce qu’elle condamne les péchés, elle est grâce parce qu’elle justifie le pécheur. La grâce coûte cher d’abord parce qu’elle a coûté cher à Dieu, parce qu’elle a coûté à Dieu la vie de son Fils – « Vous avez été acquis à un prix élevé » – parce que ce qui coûte cher à Dieu ne peut être bon marché pour nous. »[1]

Voilà ce que nous lisons dans ces plaies de Jésus ressuscité : l’amour infini de Jésus, jusqu’à l’extrême ; le sérieux, la souffrance, le prix que nous lui avons coûté, et qui nous interdit de prendre à la légère le péché ; enfin la puissance de Jésus, qui est vraiment ressuscité. Voilà pourquoi, devant ces plaies, nous pouvons nous exclamer comme saint Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu. » Ces signes nous sont donnés pour  que nous croyions que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, nous ayons la vie en son nom. C’est à cela que Jésus invite Thomas encore incrédule : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté. » C’est-à-dire : entre dans cette dynamique de mes plaies, cette dynamique de l’amour, et du sérieux, du prix de ce que j’ai souffert pour toi. Là – et là seulement – jaillit la vraie foi ; la foi qui a vu, qui a touché dans les plaies de Jésus cette grâce qui coûte, et qui n’est autre que la miséricorde divine. Cette foi véritable ne pourra plus coexister avec le péché. Alors seulement nous croirons vraiment. Alors seulement, nous aurons la vie en son nom. Comme en saint Thomas, les plaies de Jésus ressuscité vont faire grandir en nous la foi, et nous permettre de faire cette prière : « Jésus, j’ai confiance en toi. » Et en même temps, devant ces plaies, on comprend que banaliser ou dédramatiser le péché, comme on le fait aujourd’hui, est une insulte à Dieu, parce que le péché a coûté la vie de son Fils. Voilà pourquoi « la miséricorde du Christ n’est pas une grâce à bon marché, elle ne suppose pas la banalisation du mal. »[2] Au contraire, la vraie miséricorde exige le rejet absolu du péché.

En ce dimanche, nous prions aussi la divine Miséricorde pour la France. Qu’elle suive le chemin de saint Thomas qui, après s’être éloigné des apôtres, a retrouvé la foi en touchant les plaies de Jésus, et reconnu en Jésus son Seigneur et son Dieu. Nous invoquons cette miséricorde par l’intercession des saints. Nous ne pouvons pas oublier, en ce dimanche de la miséricorde, le grand Pape Jean-Paul II, qui nous a donné cette fête. Nous fêtons aussi en ce 23 avril un illustre martyr de l’antiquité chrétienne, saint Georges. Que la fermeté de sa foi et son courage nous entraînent dans le combat d’aujourd’hui pour la défense de la foi. Nous fêtons aussi la bienheureuse Marie-Gabrielle, qui offrit sa vie pour l’unité des chrétiens ; qu’elle nous aide à faire l’unité des esprits dans la vérité et l’union des cœurs dans la charité. Et que la Vierge Marie, Mère de Miséricorde et Reine de France, intercède pour nous.

[1] Dietrich BONHOEFFER, Le prix de la grâce ; sermon sur la montagne, Éditions Delachaux et Niestlé, Neuchâtel, 1967, pages 11, 12, 20, 21 et 23

[2] Joseph RATZINGER, Homélie de la Messe Pro eligendo Romano Pontifice, 18 avril 2005

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