Quand j’ai communié le matin, je n’ai plus de peur, je me sens forte !

6 avril 2017 : Bienheureuse Pierina Morosini (Fr. Clément-Marie)

Au début du synode sur les laïcs, le 4 octobre 1987, le Saint-Père béatifie trois jeunes laïcs martyrs, dont Pierina Morosini. Pierina naît en 1931 dans une petite ferme vers Albino, en Lombardie (Italie). Elle est l’aînée d’une famille de 9 enfants. Son père est veilleur de nuit dans une usine de filature, et la famille vit dans une relative pauvreté. Pierina ne peut pas aller plus loin que l’école primaire malgré son désir et, ayant pris des leçons de couture, elle devient ouvrière tisseuse à la filature de coton. Elle est respectée par ses compagnes dans ses convictions religieuses, ce qui n’est pas si courant à l’époque. Quand elle arrive devant sa machine à tisser, elle commence son travail par un signe de croix. C’est une bonne ouvrière, ponctuelle, aimable avec tous, peu bavarde, réservée. A l’heure de la pause, elle va prier. Elle assiste tous les jours à la messe de grand matin et communie. Si ses parents ou ses amies l’exhortent à dormir un peu plus, elle répond : « Je ne peux pas rester un seul jour sans communion. Sans Jésus dans le cœur, je ne peux pas vivre. Quand j’ai communié le matin, je n’ai plus de peur, je me sens forte. » Elle vit pauvrement car son salaire est pour toute la famille.

Le grand événement qui marque sa vie est le pèlerinage à Rome en avril 1947 pour la béatification de Maria Goretti. Elle est choisie pour y aller comme déléguée de l’Action catholique des jeunes filles dont elle s’occupe. Pour ce pèlerinage auquel elle tient malgré sa pauvreté, elle veut se mettre en fête. C’est une semaine entière de fête pour celle qui n’a jamais quitté sa région. A Rome, elle est enthousiasmée par les cérémonies et lorsqu’elle voit le Pape Pie XII et assiste à la béatification, elle se croit au ciel. Elle dit à ses amies : « Comme je voudrais faire la mort de Maria Goretti ! » Elle le répétera souvent ensuite.

Elle songe à la vie religieuse, mais on lui fait comprendre qu’il faut rester pour aider sa mère financièrement et pour l’éducation de ses frères et sœurs. A l’occasion d’une hospitalisation pour deux accidents de travail, elle fait connaissance avec l’aumônier des Sœurs, le Père Luciano Mologni, capucin. Il devient son directeur de conscience. Ayant découvert qu’elle « peut devenir une sainte sans devoir entrer au couvent », elle s’ouvre avec encore plus d’amour à la vie paroissiale, à l’Action catholique et à l’apostolat pour les vocations sacerdotales. Par exemple, elle quête de maison en maison des châtaignes pour les séminaristes pauvres. Elle fleurit l’église. Dans sa chambre, elle a mis un tableau de Maria Goretti avec une petite veilleuse. Entre les mains de son directeur, elle fait des vœux privés de pauvreté d’abord, puis de chasteté et d’obéissance.

Pour aller à l’usine, distante de 4 kilomètres, il y a une demi-heure de chemin par un sentier muletier escarpé et le plus souvent solitaire. Un jour (en 1957), des camarades provoquent un certain Julien Schena, chômeur de vingt ans, déjà connu par les gendarmes. Ils lui disent en voyant passer Piérina : « On te donnera 5000 lires si tu réussis à l’avoir. » A plusieurs reprises, il se poste sur son chemin et lui fait des avances qu’elle repousse fermement. Excédé, il finit un jour par la saisir par le bras. Elle se débat, mais il la jette à terre. Pierina saisit une pierre pour se défendre ; c’est lui qui s’en empare et la frappe avec et la blesse à la tête tandis qu’elle lui dit : « Je te pardonne. » Il se sent comme impuissant et dira plus tard : « Elle était plus forte que moi. » Puis il la rejette de côté pour cacher son forfait, mais on l’a vu. Pierina a le crâne fracassé et le chapelet qu’elle disait en chemin encore à la main. On l’emmène inanimée. Deux jours après, elle meurt sans avoir repris connaissance. Immédiatement, un pèlerinage s’organise autour de la tombe de cette nouvelle Maria Goretti. Jean-Paul II, faisant allusion à ses marches à pieds quotidiennes, conclut par ces mots : « Ses pas ne se sont pas arrêtés pour autant, ils continuent à indiquer un sentier lumineux pour tous ceux qui sont attirés par les combats évangéliques. »

En ce même jour, nous fêtons aussi le Bienheureux Michel Rua, successeur de Don Bosco, qui est lui aussi une belle figure de sainteté.

Un point commun est frappant entre ces deux saints, c’est que tous deux sont devenus saints en suivant, chacun à sa façon, un autre saint : la bienheureuse Pierina a suivi une sainte qu’elle n’a pas connu de son vivant, mais qu’elle a comprise en profondeur, et qu’elle a imitée, non pas seulement dans son ultime victoire, mais dans sa simplicité quotidienne, son esprit de service, son amour d’enfant pour Jésus. Michel Rua, lui, a vraiment médité et intériorisé l’exemple qu’il a eu sous les yeux ; il s’est laissé former, éduquer par lui non seulement de son vivant, mais également après que Don Bosco eut rejoint le ciel. Que ces deux exemples nous fassent réfléchir et méditer au cœur de notre neuvaine du 2 au 11 avril : que l’exemple de sainteté du Père et de notre Mère, soit source de sainteté pour nous. Que nous les ayons connus ou pas sur cette terre, nous pouvons les connaître et développer avec eux une intimité profonde, qui nous entraîne à marcher à leur suite.

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