Se consacrer à la contemplation sans se refuser à la vie active

4 avril 2017 : Saint Isidore de Séville (Fr. Jean)

Nous nous avançons maintenant résolument vers la Semaine Sainte et l’Eglise nous fait entendre des lectures très parlantes qui annoncent la mort salvatrice de Jésus sur la Croix. La lecture des Nombres nous révélait ainsi la nécessité de regarder vers le serpent pour être sauvé. Jésus, celui qui peut dire en toute vérité et avec force : « JE SUIS » est bien celui qui a été élevé de terre pour notre salut. Qu’au début de ce temps de la Passion, nous soyons déterminés pour avancer avec Jésus, celui qui est notre seul Seigneur et seul Sauveur.

En ce jour, nous sommes invités à considérer la vie de Saint Isidore de Séville.[1] Son père avait dû fuir Carthagène pour Séville devant les Wisigoths ariens. Ses quatre enfants deviendront des saints. A la mort de ses parents, Isidore est encore bien jeune, mais son frère ainé, Saint Léandre, devenu évêque de Séville, l’élève comme un fils. Il était « une personne très exigeante, studieuse et austère, qui avait créé autour de son frère cadet un contexte familial caractérisé par les exigences ascétiques propres à un moine et par les rythmes de travail demandés par un engagement sérieux dans l’étude » nous dit Benoît XVI dans son audience qu’il a consacré à St Isidore. St Isidore se nourrit des livres dont regorge la bibliothèque fraternelle. En 599, à la mort de Léandre, Isidore lui succède comme évêque de Séville. Ce fut pour lui une occasion de combat intérieur. A l’instar de Saint Grégoire le Grand (qui était son ami), et de Saint Augustin, son âme fut troublée par les activités que lui demandaient sa charge d’évêque et son désir intérieur de solitude en vue de méditer les Saintes Ecritures. Il écrit : « Les hommes de Dieu ne désirent pas du tout se consacrer aux choses séculières et gémissent lorsque, par un mystérieux dessein de Dieu, ils sont chargés de certaines responsabilités… Ils font tout pour les éviter, mais ils acceptent ce qu’ils voudraient fuir et font ce qu’ils auraient voulu éviter. Ils entrent en effet dans le secret du cœur et, à l’intérieur de celui-ci, ils cherchent à comprendre ce que demande la mystérieuse volonté de Dieu. Et lorsqu’ils se rendent compte de devoir se soumettre aux desseins de Dieu, ils humilient le cou de leur cœur sous le joug de la décision divine ». Cependant il comprit véritablement la richesse de la vie apostolique si celle-ci reste attachée à la contemplation : « le serviteur de Dieu, en imitant le Christ, doit se consacrer à la contemplation sans se refuser à la vie active. Se comporter différemment ne serait pas juste. En effet, de même que l’on aime Dieu à travers la contemplation, on doit aimer son prochain à travers l’action. Il est donc impossible de vivre sans la présence de l’une et de l’autre forme de vie à la fois, et il n’est pas possible d’aimer si l’on ne fait pas l’expérience de l’une comme de l’autre ». Benoît XVI jugeait « qu’il s’agit là de la synthèse d’une vie qui recherche la contemplation de Dieu, le dialogue avec Dieu dans la prière et dans la lecture de l’Ecriture Sainte, ainsi que l’action au service de la communauté humaine et du prochain. Cette synthèse est la leçon que le grand évêque de Séville nous laisse à nous aussi, chrétiens d’aujourd’hui, appelés à témoigner du Christ au début d’un nouveau millénaire. »

En tant qu’évêque, Saint Isidore présidera des conciles et travaillera à la conversion des Goths à la vraie foi. Il fut un artisan dans la préservation de la culture gréco-romaine menacée par les barbares. Il rédigea donc de très nombreux ouvrages, dont le plus connu les Étymologies est une encyclopédie qui transmettra aux siècles suivants l’essentiel de la culture antique. C’est à lui, avant les Arabes, que l’Occident doit sa connaissance d’Aristote. Ce sera une des bases des études en Occident jusqu’à l’époque de la Renaissance. Il occupera le siège épiscopal de Séville durant quarante ans. On le considère aussi comme l’un des initiateurs de la liturgie mozarabe. Il meurt dans sa cathédrale, étendu sur le sol, tout en continuant de parler à l’assistance. Quelques années après sa mort, qui eut lieu en 636, le Concile de Tolède de 653 le définit ainsi : « Illustre maître de notre époque, et gloire de l’Eglise catholique« .

Que Saint Isidore nous aide en ce temps de la passion à grandir dans notre vie intérieure. Mère Marie Augusta nous rappelle que la vie intérieure est plus importante que la vie extérieure, mais cependant il faut les deux.

[1] http://nominis.cef.fr/contenus/saint/915/Saint-Isidore-de-Seville.html et l’audience de Benoît XVI de juin 2008.

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