La joie qui vient toute entière de l’amour de Dieu

26 mai 2017 : Saint Philippe Néri (Fr. Clément-Marie)

Philippe Néri est né à Florence en 1515. À l’âge de 18 ans, il est envoyé chez un oncle commerçant près du Mont Cassin, où il fréquente un peu les moines bénédictins. Très vite dégoûté par le commerce, Philippe se rend à Rome l’année suivante, en 1533, et ne quittera plus la ville éternelle jusqu’à sa mort. Quand il arrive dans la Ville Sainte, il va vivre assez seul pendant une dizaine d’années : logé chez un compatriote florentin, dont il aide les fils dans leur éducation, Philippe va d’église en église, prie et soigne les malades à l’hôpital. Pendant une année au moins, il suit des cours de philosophie et de théologie à l’université romaine. Il passe souvent la nuit dans les catacombes Saint Sébastien au milieu de la campagne romaine, tout près des martyrs : dans l’Eglise tiède, divisée, païenne de son temps, Philippe a besoin d’exemples ardents. C’est dans ce lieu fréquenté assidûment chaque nuit que se situe l’événement marquant de la vie intérieure de St Philippe : la Pentecôte de 1544. « Philippe avait aussi pour habitude quotidienne de prier spécialement le Saint-Esprit et de lui demander en toute humilité ses grâces et ses dons… Tandis qu’il priait ainsi un jour de l’an 1544 avec grande ardeur, il sentit soudain dans son coeur une telle explosion du grand amour du Saint-Esprit qui le submergeait, que le coeur se mit à battre si fort dans sa poitrine qu’on pouvait l’entendre du dehors. » Cette expérience de l’amour emplit Philippe d’une joie folle, « une joie qui lui vient tout entière de l’amour de Dieu. »

Durant la journée, il est un apôtre ardent. Il a le contact facile. Et va avoir sur la jeunesse une influence considérable. Pour cela, il va fonder l’œuvre de l’Oratoire. Il veut pour elle des moyens simples : des temps d’oraison et de prière silencieuse, la dévotion à l’Esprit-Saint et à la Sainte Vierge, les pèlerinages aux saints, la vie fraternelle et joyeuse, les oraisons jaculatoires, la lecture de la vie des saints, des Pères du désert… l’échange sur le livre permettant à tous les participants de donner son avis et d’approfondir la vie spirituelle…

En 1551, St Philippe est ordonné prêtre. L’Oratoire grossit rapidement : il faut quitter la chambre de Philippe où les réunions avaient commencé et s’installer dans les combles de l’église ! Mais bientôt saint Philippe n’y arrive plus, il y a trop de monde ! Alors il invite quelques-uns des plus anciens disciples à recevoir eux aussi les ordres pour se consacrer aux fidèles de l’Oratoire. Chaque jour ont lieu des rencontres de prière, des confessions, la direction spirituelle, des visites à domicile pour les malades et les pauvres. Le martyrologe romain décrit ainsi son œuvre : « Pour sauver du mal la jeunesse, il fonda l’Oratoire, où les leçons spirituelles succédaient aux chants et aux œuvres de charité et il s’illustra par son amour du prochain, sa simplicité évangélique et son cœur plein de joie, dans un zèle extrême et un fervent service de Dieu. » Sa joie et sa bonne humeur sont conquérantes.

Les dernières années de sa vie, il mène une vie assez retirée. Il est tellement ravi en extase quand il célèbre la messe qu’il ne peut plus célébrer en public ; il célèbre la messe dans une petite chapelle et cela lui prend désormais la matinée. Il ne peut plus non plus prêcher sans être ravi en extase : toute sa vie, Philippe dut se « distraire » pour échapper aux extases et ainsi arriver à prêcher ou à célébrer la messe ! Bien des aspects un peu originaux de son comportement s’expliquent non seulement par son humour naturel mais aussi par son désir de fuir la concentration qui conduit à l’extase, ou à dissimuler à ceux qui l’entourent ses expériences mystiques. Les dernières années, il reçoit les siens et de nombreux visiteurs dans sa chambre et se retire souvent dans la petite loggia qu’il a fait construire sur le toit de la maison pour y méditer et y prier de longues heures. Il s’éteindra paisiblement le 26 mai 1595 après avoir confessé les siens tard dans la soirée et avoir annoncé calmement à son entourage l’heure de sa mort.

Pour son action auprès des jeunes et sa gaîté contagieuse, il fut avec saint François de Sales l’un des saints préférés de saint Jean Bosco. Demandons à saint Philippe sa joie conquérante, intérieure et extérieure, pour entraîner à Jésus, et méditons ces conseils de saint Augustin, que la liturgie nous a fait entendre dans l’office des lectures : « Que la joie dans le Seigneur augmente toujours. Que la joie selon le monde diminue toujours jusqu’à ce qu’elle disparaisse. Je ne dis pas cela parce que, vivant en ce monde, nous ne devrions jamais nous réjouir. Mais afin que, même vivant en ce monde, nous soyons joyeux dans le Seigneur. »

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