Le seul mur infranchissable est celui de notre refus

4 juin 2017 : Solennité de Pentecôte (Fr. Clément-Marie)

L’Esprit-Saint est dynamisme ! Il se manifeste en ce jour de la Pentecôte par le bruit d’un vent violent. Un vent violent qui, curieusement, va remplir la maison. Donc un vent, un souffle, qui traverse les murs du Cénacle… Comme Jésus ressuscité ! C’est un premier effet de ce vent violent : il fait « tomber » les murs : le signe de ce puissant dynamisme est que les apôtres se mettent à parler dans toutes les langues. Et les personnes présentes les comprennent chacun dans leur langue. Mais ceci n’est qu’un signe, car les langues ne sont pas les murs les plus redoutables. En arrière-fond de ce récit se trouve celui de la tour de Babel, que nous avons entendu hier, dans la Messe de la Vigile. Nous avons vu que la séparation des langues était la conséquence du péché. Les hommes avaient voulu construire une tour pour s’élever aussi haut que Dieu. C’est la tentation originelle d’Adam et Ève : être comme Dieu, se faire l’égal de Dieu. Voilà ce qui dresse des murs entre Dieu et les hommes mais aussi des murs entre les hommes… Les seuls murs redoutables sont ceux qui proviennent du péché. Aujourd’hui, Jésus, en envoyant son Esprit au Cénacle, construit l’Église, la maison de Dieu, dont la mission sera d’unir les hommes avec Dieu et d’unir les hommes entre eux.

Ainsi, ce vent violent, ce souffle dynamique de l’Esprit nous est donné pour faire tomber le seul mur qui soit vraiment à craindre : le péché. Le péché qui sépare. Qui sépare les hommes de Dieu, et les hommes entre eux. Le péché qui élève des murs et sème la guerre. L’Esprit-Saint vient poursuivre l’œuvre de Jésus ressuscité qui dit à ses apôtres : « La paix soit avec vous. » Jésus ressuscité avait aussitôt ajouté : « Recevez l’Esprit-Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » L’Esprit-Saint est donné pour remettre les péchés, donc pour abattre les murs qui menacent profondément l’homme. L’Esprit-Saint est donné pour sanctifier. C’est ce que nous dit l’oraison de ce jour : « Aujourd’hui, Seigneur, par le mystère de la Pentecôte, tu sanctifies ton Église chez tous les peuples et dans toutes les nations… » Voilà ce dont nous avons besoin encore aujourd’hui ! Du dynamisme puissant de l’Esprit-Saint qui vient corriger en nous ce qui doit l’être. C’est ce que nous demandons aussi dans le texte magnifique de la séquence de ce jour : « Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé. Assouplis ce qui est raide, baigne ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé. »

La présence de Jésus ressuscité au soir de Pâques dans le cénacle pourtant verrouillé, et celle du vent violent dans le même cénacle en ce jour de la Pentecôte, signifient aussi que Jésus et son Esprit-Saint peuvent pénétrer partout. Il n’existe aucune situation de péché que Jésus et son Esprit-Saint ne puissent  sanctifier. Il n’existe aucune situation où l’Esprit de sainteté et de vérité ne puisse pénétrer pour nous donner la grâce de vivre selon les commandements. Il n’y a pas de murs que Jésus ressuscité et son Esprit-Saint ne puissent traverser. Le seul mur infranchissable est celui de notre refus. Parce que l’Esprit de sainteté est aussi un Esprit de liberté. Mais si nos cœurs sont ouverts à l’Esprit de vérité et de sainteté, si nous croyons que « Jésus est Seigneur », alors le souffle de Dieu, le vent violent de l’Esprit peut réaliser en nous des choses qui paraissent impossibles.

Et particulièrement : la sainteté. C’est sur cette sainteté que nous réfléchissons ce week-end. C’est à la sainteté que Jésus nous appelle. C’est la sainteté que l’Esprit-Saint veut mettre dans nos vies. C’est de sainteté que le monde a besoin pour être changé. C’est de sainteté que l’Église a besoin pour être réformée. Benoît XVI le rappelait aux J.M.J. de Cologne : « Dans les vicissitudes de l’histoire, ce sont les saints qui ont été les véritables réformateurs… (…)  C’est seulement des saints, c’est seulement de Dieu que vient la véritable révolution, le changement décisif du monde. »[1]

Comment participer concrètement à ce changement décisif du monde ? L’Esprit-Saint, pour changer ce monde et sanctifier l’Église par son souffle puissant et dynamique, veut nous donner la force de répondre à l’appel que Dieu nous adresse. Dieu a besoin de chacun à une place bien précise. À ceux qui sont mariés, il veut donner la force de vivre une absolue fidélité. Et si Dieu l’exige, c’est qu’elle est possible, avec la force de l’Esprit-Saint. À ceux qui sont appelés à la vie consacrée ou au sacerdoce, l’Esprit-Saint veut donner la force de répondre généreusement et joyeusement pour prendre la suite des apôtres et des disciples. Que serait l’Église sans eux ? Dans l’évangile de ce jour, il nous est dit que les apôtres avaient peur. Ils avaient peur de la mission à laquelle ils étaient appelés. Et il est vrai qu’elle les dépassait, comme elle nous dépasse encore. Mais Jésus ressuscité et le Saint-Esprit les ont dynamisés par leur souffle, et l’impossible est devenu possible. Croyons-nous que l’Esprit-Saint puisse encore agir ainsi aujourd’hui ? Alors prions pour ceux qui sont appelés, et soyons disponibles pour ce qui est sans doute la plus belle œuvre : collaborer avec le Saint-Esprit à renouveler la face de la terre. La Vierge Marie a vécu dans ce souffle puissant du Saint-Esprit. Demandons-lui de nous rendre disponibles pour nous laisser entraîner là où il veut par ce vent violent, en disant comme elle : « Me voici… Qu’il me soit fait selon ta parole. »

[1] BENOÎT XVI, Homélie pour la veillée avec les jeunes, 20 août 2005

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