C’est si beau d’être pauvre, de ne rien avoir, de tout attendre du bon Dieu !

30 août 2017 : Sainte Jeanne Jugan (Fr. Jean-Régis)

Jeanne naît à Cancale, en Ille-et-Vilaine, en 1792, et est baptisée le jour même, en pleine tourmente révolutionnaire. Elle connaît un premier dépouillement à l’âge de quatre ans lorsque son père, marin comme la plupart des hommes de son pays, disparaît en mer. Pour aider la famille, Jeanne, à l’âge de 16 ans, part travailler dans un manoir proche de Cancale. Elle y reste jusqu’à l’âge de 25 ans, puis quitte la maison familiale pour Saint-Servan où elle travaille comme aide infirmière à l’hôpital du Rosais. Ayant fait, dès son enfance, l’expérience de la pauvreté, elle est confrontée à une misère plus grande encore. A la demande en mariage d’un jeune marin, elle répond : « Dieu me veut pour lui, il me garde pour une œuvre qui n’est pas encore fondée ». Jeanne ne veut servir que Dieu et les pauvres, surtout les plus faibles, les plus démunis, fidèle à l’idéal de configuration à Jésus par Marie qu’enseigne saint Jean Eudes aux membres du Tiers-Ordre de la Mère Admirable, association qu’elle rejoint en arrivant à Saint-Servan. Durant l’hiver de 1839, elle accueille chez elle, dans son petit logement, une femme âgée, aveugle et paralysée qui survivait seule dans un taudis. Lui donnant son lit, Jeanne se dépouille un peu plus… Ce geste l’engage à tout jamais. Une seconde vieille femme suivra, puis une troisième… En 1843, elles seront quarante avec, autour de Jeanne, trois jeunes compagnes. C’est de là que nait la congrégation des Petites Sœurs des Pauvres. Consciente et joyeuse de sa pauvreté, elle compte totalement sur la divine Providence. « C’est si beau d’être pauvre, de ne rien avoir, de tout attendre du bon Dieu ! » Cette confiance absolue n’est pas pour autant inactive. Avec le courage et la foi, elle n’hésite pas à mendier à la place des pauvres qu’elle accueille. La quête est leur ressource essentielle et l’occasion de demander aux personnes aisées de partager leurs biens avec les pauvres qu’elle appelle les ‘membres souffrants de Jésus-Christ’. Jeanne, devenue Sœur Marie de la Croix, se veut leur sœur, leur “Petite Sœur”. « Regardez le pauvre avec compassion, disait-elle, et Jésus vous regardera avec bonté, à votre dernier jour« . La quête quotidienne est rude et n’est pas si facile, cela lui demande beaucoup. C’est une nouvelle sorte de dépouillement. Cependant, Dieu désire un dépouillement complet, total. Il est difficile d’imaginer plus grand dépouillement que celui demandé à Jeanne. Fondatrice d’une œuvre qui suscitait l’admiration de tous, des journalistes comme de l’académie française et même des francs-maçons, Jeanne se voit dépouillée brusquement de cette œuvre, reléguée à la dernière place, vouée au silence et à l’oubli, alors qu’elle vient d’être réélue supérieure générale. Elle accepte ce dépouillement qui durera vingt-sept ans, jusqu’à sa mort, sans une protestation, mais non sans souffrance. Il n’est jamais facile d’accepter d’être traité comme une personne insignifiante, surtout quand on a été l’artisan d’une telle œuvre ! Plus difficile encore, pour Jeanne, de ne plus voir le visage d’un pauvre. En effet, après avoir été envoyée à la maison de Rennes pour y être simple quêteuse, elle va passer les vingt-trois dernières années de sa vie dans la nouvelle maison-mère à Saint-Pern, vivant dans l’ombre et accomplissant les taches ménagères les plus humbles. Ici se révèle un autre trait de la personnalité spirituelle de Jeanne. A sa charité active s’ajoute le silence et l’humilité d’une foi vivante et forte, profondément unie à son divin maître. A l’injustice, Jeanne ne répond que par le silence, la douceur, l’abandon. Saint Jean Eudes, son maître spirituel, disait : « La vraie mesure de la sainteté, c’est l’humilité ». Grâce à ses exercices quotidiens de piété, participation au Saint Sacrifice de la messe, récitation méditée du rosaire qui ne la quitte pas, et cet agenouillement fervent devant les stations du chemin de la croix, l’âme de Jeanne est véritablement plongée dans le mystère du Christ Rédempteur, spécialement dans sa passion et sa croix. Son nom de religion, Sœur Marie de la Croix, en est le symbole réel et émouvant. Sa vie est comparable à un long et très fécond chemin de croix, vécu dans la sérénité et la joie selon l’Évangile. Jeanne ne laisse rien transparaitre mais prodigue humblement ses conseils aux novices. « Soyez petites, bien petites ! Gardez l’esprit d’humilité, de simplicité ! Si nous venions à nous croire quelque chose, la Congrégation ne ferait plus bénir le Bon Dieu, nous tomberions”. Elle fait part aux jeunes de son expérience : « Il faut prier et réfléchir avant d’agir. C’est ce que j’ai fait toute ma vie. Je pesais toutes mes paroles ». A celles qui bataillent, elle leur dit : « Allez trouver Jésus quand vous serez à bout de patience et de force, quand vous vous sentirez seule et impuissante ; Il vous attend à la chapelle. Dites-lui : « Vous savez bien ce qui se passe, mon bon Jésus, je n’ai que Vous qui sachiez tout. Venez à mon aide ». Et puis, allez, et ne vous inquiétez pas de savoir comment vous pourrez faire ; il suffit que vous l’ayez dit au bon Dieu, il a bonne mémoire ». Avant sa mort, elle connaît une dernière joie. Le 1er mars 1879, Léon XIII accorde l’approbation définitive des constitutions des Petites Sœurs des Pauvres. À sa mort, le 29 août 1879, peu de Petites Sœurs savent qu’elle est la fondatrice. Ses funérailles ont lieu dans la plus grande simplicité.

Rendons grâce à Dieu d’avoir inspiré à Sainte Jeanne Jugan ce charisme de dévouement auprès des personnes âgées qui sont si vulnérables, souffrant de multiples pauvretés et de solitude, étant parfois même abandonnées de leurs familles. Que nos sociétés puissent redécouvrir la place et l’apport unique de cette période de la vie. En ce jour, Sainte Jeanne Jugan nous invite « à communier à la béatitude de la pauvreté spirituelle, acheminant vers le dépouillement total qui livre une âme à Dieu ».

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