Vivre totalement pour la vérité, avec la vérité

28 août 2017 : Saint Augustin (Fr. Clément-Marie)

On ne présente pas Saint Augustin ! On s’inspirera évidemment pour cette homélie de réflexions de Benoît XVI sur celui qu’il désigne comme le « plus grand Père de l’Église latine », un « homme de passion et de foi, d’une très grande intelligence et d’une sollicitude pastorale inlassable… »[1], et « un chercheur passionné de la vérité. »[2]

Nous ne ferons donc pas vraiment sa biographie que nous connaissons, mais essaierons de voir les marques de sa sainteté. Situons seulement le cadre : né en 354 en Afrique du Nord, il a pour mère sainte Monique. SI l’Église nous a fait fêter sainte Monique la veille de la fête de saint Augustin, c’est qu’il n’y aurait pas de saint Augustin sans sainte Monique. Celle-ci, par sa prière, ses larmes, sa claire fermeté aussi face au péché de son fils, a obtenu l’ouverture du cœur de ce fils prodigue.

Dans une belle homélie pour la fête de saint Augustin, Joseph Ratzinger évoque les deux conversions qui ont ponctué sa vie.[3]

La première est celle qui le tira de sa longue quête infructueuse dans les différents courants de pensée de son temps. Après avoir été déçu par la Bible en raison de la pauvreté stylistique de celle-ci qu’il compara aux auteurs latins, il fréquenta les manichéens, qui se présentaient comme des chrétiens et promettaient une religion totalement rationnelle. Après une vie dissipée, il se rapprocha un peu de Dieu, dans sa recherche et, à Milan, fut séduit par les prédications de l’évêque saint Ambroise. C’est là que, dans un jardin, il entendit un jour une voix enfantine lui dire : « Tolle, lege – prends et lis. » Il se leva, trouva la Bible et lut les paroles suivantes : « Revêtez le Seigneur Jésus » (cf. Rm 13, 13-14). Alors, à trente-deux ans, Augustin fut baptisé par Ambroise, le 24 avril 387, au cours de la veillée pascale, dans la cathédrale de Milan. « De retour en Afrique et ayant fondé un petit monastère, il s’y retira avec quelques amis pour se consacrer à la vie contemplative et à l’étude. C’était le rêve de sa vie. A présent, il était appelé à vivre totalement pour la vérité, avec la vérité, dans l’amitié du Christ qui est la vérité. Un beau rêve qui dura trois ans… »[4]

Arrive alors sa deuxième conversion. En visite un jour à Hippone, il écoute dans l’église le vieil évêque Valérius qui demande au peuple de prier pour qu’il trouve quelqu’un pour lui succéder et prêcher. Un brouhaha s’élève alors : « Qu’Augustin devienne notre évêque ! » Il est donc ordonné contre son gré, lui qui ne se destinait pas du tout à une activité pastorale. Il écrit à Valérius : « J’ai l’impression d’être comme quelqu’un qui n’a jamais appris à ramer et qui soudain se retrouve au gouvernail d’un grand navire. C’est la raison pour laquelle j’ai pleuré en silence pendant mon ordination. » Voilà la seconde conversion d’Augustin, qui accueille avec obéissance cette mission qu’il ne désirait pas du tout… Il va alors se faire vraiment pasteur, tout à tous. « Nietzsche a dit un jour qu’il ne supportait pas saint Augustin, qu’il le trouvait vulgaire et ordinaire. Ce n’est pas tout à fait faux, et c’est bien là que se trouve la véritable grandeur chrétienne de saint Augustin. Il aurait pu être un aristocrate de l’esprit, mais par amour du Christ et par amour des hommes en qui il a vu le Christ venir à lui, il a quitté la tour d’ivoire de la haute spiritualité, afin de pouvoir être homme parmi les hommes, serviteur des serviteurs de Dieu. »[5] Il s’est rendu accessible, et a rendu la Parole de Dieu accessible à tous, se faisant ainsi vraiment le serviteur de cette Parole et des hommes auxquels elle est adressée.

Finalement, après 35 années d’épiscopat, saint Augustin mourut le 28 août 430. Concluons par les paroles de Benoît XVI à Pavie, où il s’était rendu sur le tombeau de saint Augustin, en 2007 : « La foi dans le Christ a apporté son achèvement à toute la recherche d’Augustin. Un achèvement, toutefois, au sens où il est resté toujours en chemin. Plus encore, il nous dit : même dans l’éternité notre recherche ne sera pas finie, ce sera une aventure éternelle que de découvrir de nouvelles grandeurs, de nouvelles beautés. Il a interprété la parole du Psaume « Cherchez toujours son visage » et il a dit : cela vaut pour l’éternité ; et la beauté de l’éternité est qu’elle n’est pas une réalité statique, mais un progrès immense dans l’immense beauté de Dieu. Ainsi pouvait-il trouver Dieu comme la raison fondatrice, mais également comme l’amour qui nous embrasse, nous guide et donne sens à l’histoire et à notre vie personnelle. »[6]

[1] BENOÎT XVI, Audience du 9 janvier 2008

[2] BENOÎT XVI, Audience du 27 février 2008

[3] Cf. Joseph RATZINGER, Dogme et Annonce, Parole et silence, 2005, pages 379-385

[4] BENOÎT XVI, Audience du 27 février 2008

[5] Joseph RATZINGER, Dogme et Annonce, Parole et silence, 2005, page 384

[6] BENOÎT XVI, Discours à Pavie au monde de la culture, 22 avril 2007

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