Je passerai devant vous pour vous montrer l’exemple

23 octobre 2017 : Saint Jean de Capistran et Bienheureuse Clotilde (Fr. Clément-Marie)

Nous célébrons en ce 23 octobre Saint Jean de Capistran. Originaire d’une famille noble dans le royaume de Naples, Jean étudie le droit et commence une carrière juridique. Gouverneur et capitaine de Pérouse, il se marie, et mène une vie à certains égards légère. Mais la mort de son épouse l’anéantit, alors qu’il a 29 ans. Il se convertit alors, et parcourt Pérouse, monté à l’envers sur un âne, coiffé d’une mitre en carton où il avait écrit ses plus gros péchés. Il peut alors entrer, après cette preuve de son repentir et de son humilité, chez les franciscains de Pérouse. Ses qualités de juriste et son grand souci d’une vie religieuse plus rigoureuse lui valent de rédiger les nouvelles Constitutions de la branche « observante » de l’Ordre franciscain. Formé à la prédication par Saint Bernardin de Sienne, il devient un grand prédicateur populaire et prêche lui aussi la dévotion au nom de Jésus. Fin diplomate, il est employé par plusieurs papes pour des missions délicates, en particulier pour la conversion des milieux hussites en Bavière, en Saxe, et en Pologne. La grande affaire de sa vie sera la prédication de la croisade contre les Turcs qui, par la prise de Constantinople en 1453, ont anéanti l’empire des chrétiens d’Orient sous le regard indifférent des chrétiens d’Occident. Mais voilà qu’ils menacent aussi l’Europe. Jean consacre toute son ardeur à convaincre les Occidentaux de l’urgence des temps. Les Hongrois le suivent. Il accompagne leur armée, dirige la bataille et l’avance turque est stoppée près de Belgrade en 1456. Saint Jean de Capistran mourra de la peste noire sur les bords du Danube quelque temps après.

Le rôle de Jean de Capistran au service de la réconciliation des peuples d’Europe autant que sa prédication pour conseiller les chefs militaires et ranimer l’espérance des chevaliers lui ont valu d’être choisi comme saint patron des aumôniers militaires.

Nous célébrons également la bienheureuse Clotilde et ses compagnes, martyres de la Révolution française. Quand, le 18 août 1792, les congrégations religieuses enseignantes furent contraintes de se disperser, les Ursulines durent abandonner leur couvent de Valenciennes, où elles enseignaient.  Elles décidèrent de partir plus au Nord, pour la ville de Mons, appartenant alors à la couronne autrichienne (aujourd’hui en Belgique). Au printemps 1793, les troupes autrichiennes occupèrent Valenciennes. Les religieuses revinrent alors dans leur couvent, rouvrirent leurs classes et reprirent leur apostolat auprès de la jeunesse de la ville, pendant plus d’un an. Mais, en août 1794, l’armée autrichienne dut abandonner la ville qui fut investie par les troupes révolutionnaires, qui firent de nombreuses arrestations, dont les ursulines. Elles étaient alors 32. 21 religieuses parvinrent à s’échapper, mais 11 furent arrêtées et jugées. Les jours précédents, des prêtres et des religieuses avaient déjà été exécutés. Le 17 octobre, lors du procès, Mère Clotilde, la Supérieure, avait démontré aux juges que les Sœurs n’avaient pas pris la fuite en émigration, puisqu’elles avaient été munies de sauf-conduits réglementaires, et qu’elles étaient parties pour enseigner, leur couvent ayant été confisqué… Rien n’y fit. La République leur reprochait d’avoir enfreint la loi d’octobre 1792, et surtout d’avoir repris leur vie cloîtrée, en abandonnant la République… La sentence vaut la peine d’être lue : « Les susnommées se sont rendues coupables du crime d’émigration en abandonnant, de leur propre et entière volonté, le territoire de la République. Au mépris des lois elles y sont revenues exercer, sous la protection de l’ennemi, des fonctions qui leur avaient été interdites. Nous avons jugé à l’unanimité qu’elles ont encouru la peine de mort prononcée par les décrets des 23 et 25 octobre 1792. » Elles furent donc condamnées pour « fanatisme », « trahison » (pour avoir émigré) et « port d’habit prohibé ». C’est ainsi que la Révolution vivait la belle devise : « liberté, égalité, fraternité ». Après le jugement, l’une des Sœurs avoua à Mère Clotilde, la supérieure, sa frayeur d’être guillotinée ; la Mère Supérieure lui répondit calmement : « Je passerai devant vous, pour vous montrer l’exemple. » Cinq furent guillotinées le 17 octobre, les six autres le 23 octobre, parmi elles la Supérieure, Mère Clotilde. Elle déclara aux soldats de l’escorte : « Nous vous sommes fort obligées, c’est le plus beau jour de notre vie ! » Elle monta la première sur l’échafaud, en chantant le Magnificat, et montra, en ce suprême instant, toute la force d’âme dont elle avait donné tant de preuves durant sa vie. Avec elles fut aussi guillotinée une Clarisse, Joséphine Leroux, qui avait trouvé refuge dans leur couvent. Elle fut béatifiée avec les Ursulines. Ces onze religieuses martyrisées furent béatifiées le 13 juin 1920 par le pape Benoît XV.

Demandons à ces saintes religieuses d’intercéder pour notre pays, et de nous donner du courage pour vivre dans la sérénité et la joie les épreuves de notre temps.

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