Coupez-moi les jambes mais n’attendez pas que j’outrage mon Dieu !

Vendredi 24 novembre 2017 : Saint André Dung Lac (Fr. Joseph)

Les martyrs du Vietnam

Prêché pour la première fois au Tonkin (aujourd’hui Vietnam) en 1582, le catholicisme y a fait de rapides progrès. Mais il y a eu aussi beaucoup de persécutions. Des milliers de chrétiens ont été martyrisés, des missionnaires venus d’Occident ou des autochtones, et nombreux sont ceux qui sont morts dans les montagnes, dans les forêts, dans les régions insalubres où ils avaient été relégués et exilés.

117 d’entre eux ont été officiellement déclarés martyrs et canonisés par Jean-Paul II, le 19 juin 1988, et déclarés Patrons du Viêt-Nam le 14 décembre 1990. Parmi eux, huit évêques, beaucoup de prêtres et un grand nombre de laïcs, de toute condition, de tout âge, qui ont tous préféré souffrir l’exil, la prison, les tortures et enfin les derniers supplices plutôt que de fouler aux pieds la croix et faillir à la foi chrétienne.

André Dung Lac et Pierre Pham Van Thi

Nous célébrons particulièrement aujourd’hui saint André Dung Lac et saint Pierre Pham Van Thi, 2 prêtres indigènes, qui ont été décapités ensemble, le 21 décembre 1839.

Pierre Pham Van Thi avait 76 ans et avait été ordonné en 1806. On a témoigné à son sujet : « C’était un homme de grande vertu. Trois à quatre fois par jour, il récitait de très longues prières, disait la messe avec gravité, mangeait peu et jeûnait ordinairement le vendredi ». Le vicaire apostolique du Tonkin attestera : « Je fis sa connaissance en 1835 ; j’ai admiré en lui une grande piété, une exacte fidélité à observer le règlement de la mission, beaucoup de douceur et de prudence ».

Le P. André Dung Lac nait de parents païens, reçoit le baptême à 12 ans. Il est catéchiste pendant 10 ans, puis est ordonné prêtre en mars 1823. Arrêté une première fois, en 1835, il est racheté au Mandarin.

Quatre ans plus tard, le 10 novembre 1839, alors qu’il est chez le père Pierre Pham Van Thi pour se confesser, ils sont arrêtés tous les deux par le maire du village de Ke-song où ils se trouvaient. Pour les relâcher, le maire demanda une rançon de 300 ligatures. 100 sont réunies : le Père André Dung Lac est relâché, tandis que le Père Pierre Pham Van Thi est gardé jusqu’au paiement intégral de la somme. Mais comme il s’en retourne, le Père André Dung Lac est capturé par des soldats. Ceux-ci le conduisent à la sous-préfecture, tandis que le maire en fait autant pour le Père Pierre Pham Van Thi. Ainsi sont-ils réunis à nouveau pour souffrir ensemble et être conduits ensemble à Ha-noï.

Le 17 novembre le juge leur commande de fouler la croix. Comme ils refusent, des soldats tentent de les porter sur le crucifix. Mais le Père Pierre Pham Van Thi saisit le crucifix et l’embrasse, tandis que le Père André Dung Lac replie les jambes disant aux persécuteurs : « Coupez-moi les jambes ; j’y consens, mais n’attendez pas que j’outrage mon Dieu. » Le Père Pierre Pham Van Thi est mis au cep tandis que le Père André Dung Lac reçoit la cangue. Finalement, ils sont condamnés à la décapitation.

Le 20 décembre, un prêtre autochtone, le Père Trân, peut leur porter la communion. Le même jour arrive la ratification royale de la sentence portée contre les deux prêtres et le lendemain, le 21 décembre, ils sont conduits à la mort. Durant la marche vers le supplice, le Père Pierre Pham Van Thi tombe sur un sous-officier qui s’approche et lui dit : « Je suis chrétien. Permettez-moi de vous porter pour alléger votre fatigue ». Le Père lui offre alors ses sandales, s’excusant de n’avoir rien d’autre à lui donner. Quant au Père André Dung Lac, ne pouvant contenir sa joie, il chante des psaumes et des hymnes. Tous deux ont la tête tranchée. Quant au maire qui les avait livrés, il devint fou, tous ses enfants sont morts rapidement et il n’est resté personne de cette famille.

Les persécutions n’ont jamais vraiment cessé au Vietnam. Ce pays que l’on appelle « la fille aînée de l’Eglise en Extrême-Orient » demeure persécuté et ne manque pas de courageux fidèles qui persévèrent héroïquement dans la foi. La canonisation des 117 martyrs par Jean Paul II voulait, au Nom de Notre Seigneur, leur apporter réconfort et encouragement, afin que leurs souffrances soient semence de vie chrétienne authentique.

Puissent ces martyrs nous rappeler sans cesse que la fidélité à Notre Seigneur ne va pas sans souffrance portée avec amour. Puissent-ils nous faire percevoir que la souffrance aimante, que l’amour souffrant sont le chemin de prédilection pour enfanter et éduquer les âmes sur le chemin du véritable amour.

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