Les yeux tournés vers le Royaume : serons-nous prêts ?

19 novembre 2017– 33ème dimanche TO (Fr. Clément-Marie)

En cette fin d’année liturgique, la Parole de Dieu tourne nos regards vers les fins dernières. Cette année A est particulièrement riche, avec la lecture du chapitre 25 de l’évangile de saint Matthieu. Ce chapitre comporte trois grands enseignements de Jésus : la parabole des dix vierges, que nous avons lue dimanche dernier ; la parabole des talents, que nous venons d’entendre ; et la grande fresque du jugement dernier, que nous entendrons dimanche prochain, en la solennité du Christ Roi. Ces enseignements sont parmi les derniers de Jésus ; il y attache donc une grande importance. Essayons de regarder les points communs de ces évangiles.

D’abord ils nous parlent d’une venue ou d’un retour : la venue de l’époux, le retour du maître, ou encore le roi qui vient juger. La leçon principale de ces trois évangiles est la même, avec des accents complémentaires : nous devons veiller, porter du fruit, aimer concrètement. D’autre part, les conclusions de ces trois évangiles se ressemblent fortement. Ils se concluent par une séparation finale entre deux groupes de personnes. Le premier groupe est constitué des vierges sages qui ont veillé et sont admises dans la salle des noces ; ou encore des serviteurs qui ont fait fructifié leurs talents avec fidélité et peuvent alors entrer dans la joie de joie maître ; enfin de ceux qui ont exercé l’amour et sont invités à prendre possession du royaume : « Venez, les bénis de mon Père… » La seconde catégorie est formée par les vierges folles qui n’ont pas pris d’huile en réserve, et à qui la porte de la salle des noces est fermée, avec cette injonction sévère : « Je ne vous connais pas. » Il y a également le serviteur mauvais et paresseux qui n’a pas fait fructifier ce que son maître lui avait confié, et qui est jeté dans les ténèbres extérieures où se trouvent les pleurs et les grincements de dents. Enfin on trouve ceux qui n’ont pas pratiqué la charité, et sont désignés comme « maudits », et envoyés « dans feu éternel, préparé pour le diable et ses anges. » Si l’on est honnête, on ne peut que constater le sérieux de l’alternative devant laquelle Jésus nous place. Et l’on ne rend pas raison au texte de l’Évangile ni aux paroles de Jésus si l’on ne considère pas le caractère solennel de cet enseignement : il est répété par Jésus à trois reprises comme pour insister sur le sérieux des choix que nous posons, et qui engagent notre vie éternelle. La tendance actuelle qui relativise ces enseignements ne reçoit tout simplement pas l’Évangile. C’est clair : Jésus, peu avant son départ, par ces trois enseignements sur sa venue comme époux, roi et juge, nous engage à prendre au sérieux notre destinée éternelle. Il tourne nos yeux essentiellement vers le Royaume qu’il est venu nous ouvrir, mais dans lequel nous n’entrerons pas si refusons de suivre la voie qu’il nous a tracée.

Ajoutons encore un mot sur la parabole entendue aujourd’hui. En ce cinquième centenaire de la révolte de Luther, il est intéressant de souligner que Jésus demande notre collaboration à son œuvre. Il est vrai que rien ne vient des serviteurs : les talents leur sont donnés gratuitement, à chacun selon ses capacités. Mais il sera reproché sévèrement à celui qui n’aura pas fait fructifier par ses œuvres les dons de Dieu. Ainsi, les talents sont à la fois, d’abord, le don gratuit de Dieu, mais aussi, ensuite, le fruit de notre collaboration avec Dieu. Tout ce que nous avons gagné par notre travail vient de toute façon de ce que Dieu nous a donné à l’origine. Il est donc vrai que sans lui, nous ne pouvons rien faire. Mais pour autant, Jésus nous demande, ou plutôt exige, que nous agissions concrètement pour faire fructifier ce qu’il nous a donné. C’est l’enseignement donné aussi dans la première lecture, qui nous parle de la femme parfaite, qui agit, et dont le travail porte fruit. De cela nous aurons à rendre compte au retour du Seigneur et, comme le souligne saint Paul dans la seconde lecture, il serait dangereux de se reposer par ces mots illusoires : « Quelle paix, quelle tranquillité ! » D’où son exhortation à rester vigilants et à ne pas nous endormir – ce qui est peut-être notre péché le plus grave aujourd’hui dans l’Église d’occident…

Nous pourrions terminer en nous posant une question. Dans la lecture de matines de ce dimanche, saint Augustin nous demande avec raison : « Est-ce qu’on aime le Seigneur, lorsqu’on redoute sa venue ? » Et il ajoute : « Mes frères, est-ce que nous n’avons pas honte ? Nous aimons, et nous redoutons sa venue ! (…) Il viendra, que nous le voulions ou non. Ce n’est pas parce qu’il ne vient pas maintenant qu’il ne viendra pas. Il viendra, et tu ne sais pas quand. Et s’il te trouve prêt, cela n’a pas d’inconvénient pour toi que tu ne le saches pas. » Demandons à la Vierge Marie qu’elle nous aide à agir en fonction de cette venue. À être tels que nous voudrons être lorsque viendra notre heure. Il dépend de nous, maintenant, d’entendre plus tard cette parole : « Serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton Maître ! »

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